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Poésie

Posts Tagged ‘abri’

Nell (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2020



Nell

Ta rose de pourpre, à ton clair soleil,
O Juin, étincelle enivrée ;
Penche aussi vers moi ta coupe dorée :
Mon coeur à ta rose est pareil.

Sous le mol abri de la feuille ombreuse
Monte un soupir de volupté ;
Plus d’un ramier chante au bois écarté,
O mon coeur, sa plainte amoureuse.

Que ta perle est douce au ciel parfumé,
Etoile de la nuit pensive !
Mais combien plus douce est la clarté vive
Qui rayonne en mon coeur charmé !

La chantante mer, le long du rivage,
Taira son murmure éternel,
Avant qu’en mon coeur, chère amour, ô Nell,
Ne fleurisse plus ton image !

(Leconte de Lisle)

 

 

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L’INSTANT (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2019




L’INSTANT

Jamais, jamais plus
Cet instant, jamais
Ces lentes rides
A travers l’eau lisse,
Et jamais plus ces
Nuages blancs et gris
Dans le ciel cristallin vif
Bleu comme le cri du sterne,
Strident parmi l’air léger,
Salé par l’océan,
Adouci par les fleurs.

Ici coïncident
Les longues histoires
Des formes récurrentes
Qui se touchent en un point
Et se quittent dans l’instant,
Les vagues rapides
Du vent et de l’eau,
Le rythme plus lent
De l’usure des roches,
De l’enfoncement des terres.

Dans les lacs fertiles
Le cycle de vie
Des algues brunes
Entrecroise
Les fréquences
Des divers coquillages
Chacun avec son arc
Sa spirale singulière
Filée à partir d’un point
En ton et demi-ton
D’une octave formelle.

Ici viennent planer
Les mouettes blanches
Qui lentement tournent
Au-dessus des îles
OEillets de mer et herbe salée,
Eider et fou de Bassan,
Courlis et cormoran,
Chacun a son mode .
Personnel d’extase
Nouée dans le dessin,
Le courant incessant
De l’espèce perpétuelle,
Répétée, renouvelée
Par le vouloir de la joie
Dans des oeufs mis à l’abri
De corniches escarpées.

Le soleil qui se lève
Sur une terre, se couche
Sur une autre.
Rapidement les fleurs
Croissent et se flétrissent,
Le grand iris jaune
Déploie sa corolle
Quand les primevères se fanent,
Les volutes des fougères
Se déroulent, les moucherons
Dansent le temps d’une heure
Dans l’air du soir,
La phalène brune émerge
De sa chrysalide
Et les os de l’alouette
Tombent épars dans l’herbe.

Le soleil qui s’est levé
De la mer ce matin
Ne reviendra jamais,
Car la lumière diffuse
Qui fait briller les feuilles
Et miroite sur l’eau
Poursuivra cette nuit
Son très long voyage
Hors de l’univers.
Jamais plus ce soleil,
Ce monde, jamais plus
Cet unique témoin.

***

THE MOMENT

Never, never again
This moment, never
These slow ripples
Across smooth water,
Never again these
Clouds white and grey
In sky sharp crystalline
Blue as the tern’s cry
Shrill in light air
Salt from the ocean,
Sweet from flowers.

Here coincide
The long histories
Of forms recurrent
That meet at a point
And part in a moment,
The rapid waves
Of wind and water
And slower rhythm
Of rock weathering
And land sinking.

In teeming pools
The life cycle
Of brown weed
Is intersecting
The frequencies
Of diverse shells
Each with its variant
Arc or spiral
Spun from a point
In tone and semitone
Of formal octave.

Here come soaring
White gulls
Leisurely wheeling
In air over islands
Sea pinks and salt grass,
Gannet and eider,
Curlew and cormorant
Each a differing
Pattern of ecstasy
Recurring at nodes
In an on-flowing current,
The perpetual species,
Repeated, renewed
By the will of joy
In eggs lodged safe
On perilous ledges.

The sun that rises
Upon one earth
Sets on another.
Swiftly the flowers
Are waxing and waning,
The tall yellow iris
Unfolds its corolla
As primroses wither,
Scrolls of fern
Unroll and midges
Dance for an hour
In the evening air,
The brown moth
From its pupa emerges
And the lark’s bones
Fall apart in the grass.

The sun that rose
From the sea this morning
Will never return,
For the broadcast light
That brightens the leaves
And glances on water
Will travel tonight
On its long journey
Out of the universe,
Never this sun,
This world, and never
Again this watcher.

(Kathleen Raine)

Illustration: Andrew Judd

 

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Le bonheur? (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2019


 


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Le bonheur?

Je revenais des autres
chaque fois guéri de moi

A l’abri d’un sourire
D’un geste qui donnait champ
Des moissons d’une parole

Je quittais citernes et mirages du chagrin
pour une sorte de bonheur

Le bonheur?

(Andrée Chedid)

Illustration: Alex Colville

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LE TANAH DIT (Joseph Rolnik)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




    
LE TANAH DIT
(extrait)

Des tuiles, des planches, des vitres,
Et martèle, et façonne, et bats,
Assemble-les, plus vite, vite,
Le jour s’assombrit et s’en va.

Le jour s’assombrit et s’en va,
Et tout à coup surgit la nuit,
Tu restes perdu dans ton champ
Sans avoir fini ton abri.

Des tuiles, des planches, des vitres,
Rien ne peut sortir de cela,
Le vent disperse ta demeure
Avant que monte le soleil.

(Joseph Rolnik)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Du rien (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2019




    

Du rien
où le sens se perd dans l’espace
l’amour surgit, reste étranger
plus vaste que ce que nous imaginions,
plus haut.

Y a-t-il dans ses braises un abri ?

(Adonis)

 

Recueil: Lexique amoureux
Traduction: Vénus Khoury-Ghata Issa Makhlouf Houria Abdelouahed
Editions: Gallimard

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ÉPHÉMÉRIDE DES NUAGES (Georges Cathalo)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2019



ÉPHÉMÉRIDE DES NUAGES

entre deux nuages
l’éclair d’une étoile
et la nuit

voyage immobile
au creux des nuages
le jour se lève

oiseaux de passage
griffent les nuages
et disparaissent

nuage furtif
où le ciel se cache
ouvrir l’oeil

cache-toi nuage
moule roule coule
indocile et fier

aussitôt vu
aussitôt disparu
nuage fantôme

élan d’amour fou
amour de nuages
se laisser aimer

et la pluie soudain
invente des fenêtres
dans un mur de nuages

avec patience
à l’abri à l’affût
un nuage veille

plus loin plus près
visible invisible
simple nuage

dire qu’ils sont là
n’est pas innocent
innocents nuages

et la nuit se pose
et le temps s’arrête
un nuage passe

(Georges Cathalo)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Prends le rêve comme abri (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2019



Illustration: Michel-Ange 
    
Prends le rêve comme abri
et tisse pour ton immensité
un manteau d’amour.

Puis, transgresse …

(Adonis)

 

Recueil: Toucher la lumière
Traduction: Anne Wade Minkowski
Editions: Imprimerie Nationale

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Chèvre-feuille (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019



Chèvre-feuille

[Le prince Charmant épousa Chevrette, une jeune chevrière,
et l’emmena à la cour, où l’étiquette et le cérémonial
la rendirent très malheureuse. Elle se décida à s’enfuir.]

En quittant la cour, Chevrette se demanda ce qu’elle allait faire.
Parbleu, se dit-elle, je garderai encore les chèvres.
Mais où trouver un troupeau?
Elle était au milieu de ces perplexités,
lorsqu’un joyeux bêlement se fit entendre derrière elle.
C’était sa chèvre, sa chèvre favorite qu’elle avait emmenée avec elle à la cour,
et qui, la voyant partie, s’était échappée du palais pour la suivre.

— Tu m’aimes bien, lui disait-elle, ma pauvre chèvre, tu es heureuse de me revoir;
hélas! je n’ai rien à te donner, pas même un brin de luzerne
ni un petit toit pour te mettre le soir à l’abri du loup.

Non loin de Chevrette, un jeune chevrier nommé Jasmin errait dans les bois,
triste et désolé, parce qu’il avait perdu Chevrette qu’il aimait.
Mais Chevrette ne le savait pas.
En le voyant elle se sentit rassurée; elle l’appela: Jasmin!
Il s’approcha et elle lui raconta son malheur. Jasmin, à son tour,
lui parla en pleurant de tout ce qu’il avait souffert pendant son absence.
Chevrette essuya ses larmes, et lui dit de se consoler:
si elle avait su son amour, jamais elle n’eût consenti à épouser le prince Charmant.
Le chevrier suivit le conseil de la chevrière.
Il essuya ses larmes et se consola.
Chevrette lui permit de la suivre au fond de la forêt;
ils y vécurent heureux, chevrier et chevrière, Jasmin et Chèvre-Feuille, mais après s’être mariés.

(J.J. Grandville)

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Quelque part (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019




    
Quelque part

Entre la flamme et la fumée
la page blanche et le cerveau
une clarté – bien à l’abri sous mes épaules
Où la journée vient s’appuyer
s’éveille

un duvet de secret bouge
à faire battre le silence
très timidement retiré
dans l’aube chaude de mon sang.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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L’instant (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2019



L’instant nous dilapide.
L’instant nous établit.
L’instant se consume
A l’abri des clôtures.
L’instant s’épuise
Aux façades de nos vies.
L’instant s’avive
Pour te nommer,
Chimère.

L’instant n’est plus
Et tu te lèves,
Amour.

(Andrée Chedid)

Illustration

 

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