Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘abrupt’

La fuite (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017



Illustration: Vladimir Kush
    
La fuite

Mon désir tout puissant, tendu comme une voile,
Entraînera la nef aux lointains archipels,
Je bercerai mon rêve à l’océan du ciel
Effleurant les soleils, abordant aux étoiles.

J’oublierai pour jamais les sentiers tortueux
De l’abrupte falaise où s’égarait mon âme,
Que sournoise fleurit dans l’ombre la jusquiame
Répandant jusqu’au flot son parfum vénéneux.

Je serai dédaigneux du port et de la rade
Dont la sécurité pèse comme un fardeau,
De la ville brutale alignée au cordeau,
Où l’humanité passe en mornes cascades.

J’oublierai le chardon, la ronce, les gramens,
Les sous-bois sans clarté et les chaumes arides;
Je cueillerai le soir au creux des flots humides
Des bouquets languissants de mauves cyclamens.

Mon amour chantera, debout dans quelque hune,
Savourant à plein coeur l’odeur de l’inconnu,
Grisé de l’idéal baiser des clairs de lune,
Au frisson de l’azur ouvrant ses deux bras nus.

(Marie Dauguet)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il s’est assis dans son vertige les yeux blancs (Jacqueline Saint-Jean)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2017



Il a veillé la Tour prend garde aux cavaliers obscurs
quand le premier s’enfuit des portes de la ville
cheval tendu comme un violon dans les câbles du soir
Cavales rousses rallumant les soifs
Oklahomas ouverts jusqu’à la fin des terres
Il a tenté le raccourci l’abrupt
haleté comme un chien à l’équerre du vide
Derviche du silence
il a saoulé l’absence
il a brûlé les étapes du sens
et parfois corps fumant
il s’est assis dans son vertige
les yeux blancs

(Jacqueline Saint-Jean)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

Par l’ermitage du maître-d’éveil Fou (Wang Wei)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2017



Par l’ermitage du maître-d’éveil Fou

Abrupts et ravins tordent le subtil sentier,
Le bois des nuages cèle une salle de prédication.
Des hommes ailés volent en jouant de la musique,
Les filles rallument à genoux l’encens.

Les sommets scintillent derrière les bambous,
L’eau fraîchit à l’ombre des lianes.
Est-il resté assis longtemps? –
Sur son chemin s’étire le parfum du printemps.

(Wang Wei)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Lit de neige (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



Lit de neige

Yeux, aveugles au monde, dans la faille du mourir : je viens,
pousse rude au cœur.
je viens.

Mur de l’abrupt, miroir de la lune. En bas.
(Lueur tachée de souffle. Sang strié.
Âme nuageuse qui encore une fois est proche d’une figure.
Ombre des dix doigts-enserrés)

Yeux, aveugles au monde
yeux dans la faille du mourir,
Yeux, yeux ;
Le lit de neige sous nous deux, le lit de neige.

Cristal sur cristal,
au temps profond emprisonné, nous tombons,
nous tombons et gisons et tombons,
et tombons :

Nous fûmes, nous sommes.
Nous sommes une chair avec la nuit,
à la lisière, à la lisière.

(Paul Celan)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

C’est l’hiver (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2017



C’est l’hiver, les mains supportent à peine leurs doigts,
quatre syllabes de neige,
c’est le nom que m’apporte le vent.

Sur le désert du mur, sur le désert abrupt et blanc,
la trace d’une larme
ou quelque chose de semblable,
infime, effacé.

La main écrit sur la terre :
il n’y a pas d’autre lieu pour mourir,
la lumière
moissonnée fleur après fleur.

(Eugénio de Andrade)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

Signe d’infini (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2016


brussel_schmitt-antoine_christ-mourant_06_numerusclausa_imal

Signe d’infini,
l’abrupt silence du mort
après son dernier mot

(Michel Camus)

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , | Leave a Comment »

LIES (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2016



LIES

Cette après-midi il pleut, comme jamais; et je n’ai pas
envie de vivre, mon petit coeur.

Cette après-midi est douce. Pourquoi ne le serait-elle pas?
Comme une femme, elle s’habille de grâce et de peine.

Cette après-midi il pleut sur Lima. Et je me souviens
des cavernes cruelles de mon ingratitude;
de mon pain de glace sur son pavot,
plus fort que son « Ne sois pas comme ça! »

Mes violentes fleurs noires ; et l’affront
barbare et énorme ; et le trajet glacial.
Et le silence de sa dignité qui mettra
point final avec huiles brûlantes.

C’est pourquoi cette après-midi, je marche comme jamais,
avec ce hibou, avec ce petit coeur.
D’autres après-midi pussent; me voyant si triste,
elles prennent ce petit peu de toi
dans la ride abrupte de ma douleur profonde.

Cette après-midi il pleut, il pleut à verse. Et je n’ai pas
envie de vivre, mon petit coeur.

***

HECES

Esta tarde llueve como nunca; y no
tengo ganas de vivir, corazón.

Esta tarde es dulce. Por qué no ha de ser?
Viste gracia y pena; viste de mujer.

Esta tarde en Lima llueve. Y yo recuerdo
las cavernas crueles de mi ingratitud;
mi bloque de hielo sobre su amapola,
más fuerte que su “No seas así!”

Mis violentas flores negras; y la bárbara
y enorme pedrada; y el trecho glacial.
Y pondrá el silencio de su dignidad
con. óleos quemantes el punto final.

Por eso esta tarde, como nunca, voy
con este búho, con este corazón.

Y otras pasan; y viéndome tan triste,
toman un poquito de ti
en la abrupta arruga de mi hondo dolor.

Esta tarde llueve, llueve mucho. ¡Y no
tengo ganas de vivir, corazón!

(César Vallejo)


 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La falaise (Jacques Charpentreau)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2016



La falaise

Du bord fleuri de la falaise
On voit la mer plate et sans rides,
Le tumulte du cœur s’apaise,
L’obscur de l’âme s’élucide.

Au bord venteux de la falaise
On respire un souffle rapide,
On s’allège, et plus rien ne pèse
Quand le rêve au vent se débride.

Au bord abrupt de la falaise
La terre sous mes pieds s’élide.
Les voix aimées soudain se taisent.
Devant moi s’est ouvert le vide.

(Jacques Charpentreau)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ecrire pour nous rappeler à l’évidence (Gérard Pfister)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2016



Ecrire pour nous rappeler à l’évidence.
A ce qui est en nous, et plus vaste que le langage.
Plus grand que nous, et qui n’a pas de nom.

Faire sentir, abrupt, ce qui en nous dépasse tout de nous.
A nouveau, la lumière. La belle lumière.

Comment le langage dirait-il le toucher de l’ange ?
Quel langage pour ce saisissement, pour cette étreinte ?
Quel langage pour cet amour ?
Est-ce poésie le balbutiement qui en témoigne,
ces mots qui tentent en vain de retrouver ?

Il n’y a rien d’autre à écrire, à récrire toujours que cela.
Et, toujours, le langage comme une tombe se referme.
Où était le surgissement, ne reste que les fines bandelettes du discours.

(Gérard Pfister)

Illustration: Viviane-Josée Restieau

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Silence sur l’abrupt (Claude Adelen)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2016




Coeur qui connaît la halte et
l’élan dans la halte
traces
douloureuses
d’à-coups
épars
plus debout et soleil
éboulé
de parole à l’immense
inachèvement
ni mots ni larmes non
vivre
ce dieu en moi
silence
sur
l’abrupt

(Claude Adelen)

Illustration: Antoine Schmitt

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :