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Poésie

Posts Tagged ‘absence’

Passé et futur (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2021




    
Passé et futur se disputent
une même image d’absence.

(Edmond Jabès)

 

Recueil: Un étranger avec, sous le bras, un livre de petit format
Traduction:
Editions: Gallimard

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UN DUO (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2021



Illustration: Giorgio de Chirico
    
UN DUO
(Le duo)

Un couple de mannequins en bois utilisé dans les ateliers de sculpture :
habitants typiques du monde chiriquien.
Qu’attendre des amours d’un tel couple
si ce n’est un rituel d’insectes rigides, une pariade de robots ?

— Étant sans bras pour nous étreindre, rien ne pourra nous séparer.
— Étant sans sexe pour aimer, rien ne pourra nous désunir.
— Sans yeux et sans nez, mon visage. je suis une élégie de cire.
— Sans front; sans bouche, mon partage. je suis un brouillon de sourire.
— Mannequins au torse d’absence ?
— Simulacres que l’éther encense ?
— Appelants du plus grand silence ?
— Aubiers d’être enfantés du tremble ?

Le savez-vous qu’ainsi livrés à la rigidité dorienne des momies,
vous êtes entrelacés à l’énigme du monde?
Le savez-vous qu’en cette terrasse ensoleillée
s’ébauche en vous une théologie des automates ?

(Jacques Lacarrière)

 

Recueil: A l’orée du pays fertile
Traduction:
Editions: Seghers

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LE MIRADOR (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2021



Illustration: Giorgio de Chirico
    
LE MIRADOR
(La nostalgie de l’infini)

Je le sais maintenant :
inutile pour apercevoir l’infini
de dénuder le bleu du ciel car l’infini est
une tour
une forteresse apatride
un phare inassouvi
un silo cerclé d’oriflammes

Je le sais maintenant :
inutile pour apercevoir l’infini
d’apprivoiser la Voie lactée car l’infini est
un parcours austère
une géométrie sans pitié
une rectitude hantée d’absence

Peut-être est-il aussi un mirador
surveillant les coulées d’étoiles entre les barbelés des galaxies ?

Mais alors qui veille en son extrémité, juste au-dessous des oriflammes,
et quel souffle les fait battre immobiles sous une éternité d’orage ?

(Jacques Lacarrière)

 

Recueil: A l’orée du pays fertile
Traduction:
Editions: Seghers

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VAGABONDAGE (Pascale Finck)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2021



 

David Hockney -lg

VAGABONDAGE

Pur est le moment d’un vagabondage
Glisser sur un sentier sans savoir où aller
Les pas comme points de suspension
Tous ces éclats de liberté, jaillissent, pétillent…

Cueillir le chant d’un coucou, susurrer l’odeur du sous-bois
Admirer l’oraison des arbres, goûter l’air frais sur sa peau
Enfouir ses mains au fond d’une poche et serrer très fort
Tous ces trésors…

Voyager entre sens et absence…
Réveiller l’essence de son être

Vivre en transparence dans la clarté du jour.

(Pascale Finck)

Illustration: David Hockney

 

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Un râteau a tracé ces tranquillités immobiles (Brigitte Sensevy)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2021




    
Un râteau a tracé ces tranquillités immobiles.
L’espace clos médite à présent.
Montagnes immenses sur des îles lointaines, elles seules
se permettent de sursauter au bruissement des ginkgos.
De rêveries en absence de soi, les cercles concentriques
du silence s’emparent du coeur de celui qui ne fait que passer.

Il pense qu’il ne fait que passer sur la terrasse surplombante
mais cet espace longtemps encore s’insinuera dans ses pensées.

(Brigitte Sensevy)

 

Recueil: Bruissement d’elles
Traduction:
Editions: L’Harmattan

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Narcisse charmeur (Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2020



Illustration: John William Waterhouse
    
Narcisse charmeur

Dors-tu, mon narcisse charmeur ?
Ce n’est certes pas sans raison.
Ta chevelure est en désordre ?
Ce n’est pas non plus sans raison.
Que dire du lait de tes lèvres,
De leur sel et de leur douceur ?
Ce n’est pas non plus sans raison.
Ta bouche est source de jouvence,
Mais tes cils me percent le coeur :
Ce n’est pas non plus sans raison.
Ton absence me fait souffrir.
Si j’éprouve tant de douleur,
ce n’est pas non plus sans raison.
Le vent du soir émeut les roses.
S’il effeuille toutes les fleurs,
ce n’est pas non plus sans raison.

Même si tu caches ta peine, ô Hâfez,
quand je vois tes pleurs,
ce n’est pas non plus sans raison.

***

(Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

 

Recueil: L’amour, l’amant, l’aimé
Traduction: Vincent-Masour Monteil
Editions: Actes Sud

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L’AMOUR TOUJOURS ATTEND (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2020



L’AMOUR TOUJOURS ATTEND

L’amour toujours attend et même la présence
N’a pour lui que l’éclat de ce qui va finir.
Fiancée à tes bras j’épouse la distance.
L’enfant portant ma traîne est né de mes soupirs.

Délaissant le présent aux mains de ton amante,
Oubliant la chaleur qui te fit accourir,
Sur ta paume tu suis le chemin qui l’enchante,
Tu chasses le mirage au bord de l’avenir.

Ne suis-je pas mirage et n’ai-je plus d’emblèmes,
Plus de lac en mes yeux où ton rêve baignait,
Ne suis-je pas des nuits l’aube en chemise blême ?
L’aube que tu poursuis est liée à mon poignet.

Rapporte-moi la fleur qui guérit de l’absence,
Les seuls anneaux forgés au feu des préférences
Et prisonnier le temps qui te rendit chasseur,

Reviens à mon amour dans les eaux de la vie.
Reviens-moi, c’est notre heure et la chasse est finie.
Mais notre heure à la porte est pendue et se meurt.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: Audrey Kawasaki

 

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Plus jamais de chambre pour nous (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2020



Plus jamais de chambre pour nous,
Ni de baisers à perdre haleine
Et plus jamais de rendez-vous
Ni de saison, d’une heure à peine,
Où reposer à tes genoux.

Pourquoi le temps des souvenirs
Doit-il me causer tant de peine
Et pourquoi le temps du plaisir
M’apporte-t-il si lourdes chaînes
Que je ne puis les soutenir ?

Rivage, oh ! rivage où j’aimais
Aborder le bleu de ton ombre,
Rives de novembre ou de mai
Où l’amour faisait sa pénombre
Je ne vous verrai plus jamais.

Plus jamais. C’est dit. C’est fini
Plus de pas unis, plus de nombre,
Plus de toit secret, plus de nid,
Plus de lèvres où fleurit et sombre
L’instant que l’amour a béni.

Quelle est cette nuit dans le jour ?
Quel est dans le bruit ce silence ?
Mon jour est parti pour toujours,
Ma voix ne charme que l’absence,
Tu ne me diras pas bonjour.

Tu ne diras pas, me voyant,
Que j’illustre les différences,
Tu ne diras pas, le croyant,
Que je suis ta bonne croyance
Et que mon coeur est clairvoyant.

Mon temps ne fut qu’une saison.
Adieu saison vite passée.
Ma langueur et ma déraison
Entre mes mains sont bien placées
Comme l’amour en sa maison.

Adieu plaisirs de ces matins
Où l’heure aux heures enlacée
Veillait un feu jamais éteint.
Adieu. Je ne suis pas lassée
De ce que je n’ai pas atteint.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: Edvard Munch

 

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OH! MES AMOURS (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2020



OH! MES AMOURS

Dans un beau palais de regrets,
Dans un beau palais tout de même,
Ma belle est morte d’un secret,
La tempe bleue. Oh! mes amours.

Aux colonnes du souvenir
Refleurit la plante première,
Liane aux feuilles de plaisir,
Feuille à cueillir. Oh! mes amours.

Froide à mes voeux un rêve lent
Guida ses pas jusqu’à l’absence.
Elle riait en m’écoutant,
Elle riait. Oh! mes amours.

Sur la table ses gants posés,
Son éventail de perfidie
Gardent le geste apprivoisé
Qu’elle a perdu. Oh! mes amours.

Voyez, voyez l’oiseau du temps
S’envole de sa main lassée.
Va-t-elle rire en son drap blanc
Sur l’autre rive ? Oh! mes amours.

Aux colonnes de l’avenir
Fleurira la plante dernière
Liane aux feuilles à mourir
Feuille à cueillir. Oh! mes amours.

(Louise de Vilmorin)

 

 

 

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L’étendue grise (Michel Houellebecq)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2020



Illustration: Gilbert Garcin
    

l’étendue grise
Par la mort du plus pur
Toute joie est invalidée
La poitrine est comme évidée,
Et l’œil en tout connaît l’obscur.

Il faut quelques secondes
Pour effacer un monde.

Disparue la croyance
Qui permet d’édifier
D’être et de sanctifier,
Nous habitons l’absence.

Puis la vue disparaît
Des êtres les plus proches.

(Michel Houellebecq)

 

Recueil: Configuration du dernier rivage
Traduction:
Editions: Flammarion

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