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Poésie

Posts Tagged ‘absence’

Le gant rouge (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019




    
Le gant rouge

Le gant rouge perdu par un enfant
et sans doute oublié,
un passant sur la place
l’a suspendu à une branche

Chaque matin, je le regarde,
le salue des yeux et du coeur.
Un instant, je m’attarde
rêvant de son éclat
dans le vert du feuillage,
rêvant de la main nue et du visage
de cet enfant, ailleurs,
dans l’inconnu du monde.

Reviendra-t-il un jour,
soudain joyeux reprendre
le gant perdu?

Il y aurait alors comme un vide,
une absence,
une flamme envolée de la muraille verte.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Bris de vers Les émeutiers du XXè siècle
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Le moment bleu (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2019



 

Illustration: Stéfane Gautier
    
Le moment bleu

Quand un martin-pêcheur
à ras de l’eau était passé
on s’appelait on se criait :
« Tu l’as vu ?
Il vient juste de passer. »

Mais très souvent l’un d’entre nous
n’avait rien vu
et c’était l’un – ou alors l’autre –
qui gardait seul
le moment bleu.

Ce moment bleu du grand courant
(on remontait jusqu’à la nuit
on se perdait on s’attendait)
tu l’as sur toi.

Dans tes papiers
contre ta carte d’identité
la petite plume
tu l’as glissée.

Elle est pour toi
comme mon poème :
éclair reflet présence absence
doigt sur la bouche.

Nos moments bleus
ils ont filé.

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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TON CORPS… (Robert Goffin)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2019



 

Alain Bonnefoit -Nu_avec_Dentelle

Ton corps enveloppé d’absences de caresses
Dont le souvenir brûle au bûcher des mémoires
A voyagé longtemps sur la route des hommes
Avant ce jour venu de plus loin que la chair
Décembre rage dans les rouges floraisons
Les caresses naissent au seuil de tes cheveux
Où le poète las de traîner ses abîmés
Décelait les secrets continents de tes hanches
Dans des senteurs d’aurore et de Patagonie
Ton visage revient de plus loin que lui-même
Par des brûlantes plages d’ombre et d’azalée
Où ton corps appelait la déroute des, hommes
Tes paumes d’archipels baignent au clair de lune
Tes yeux mélodieux d’ambre et de forêt vierge
Et tes hanches de puits profond dans le désert
Offrent leur orchidée de sable à la folie
Du poète hésitant devant le crépuscule
Il se tait d’écouter ton murmure d’absence
Il sollicite l’aube et l’ombre et l’orchidée
Il épelle l’azur le temps et les savanes
Il baise l’Orénoque et la Patagonie
De ses lèvres de source aux pistils de tes doigts

Et le bruit de ton sang et tes baisers perdus
Et ta saveur d’embrun de filtre et de rosée
Et tes automnes roux de feuillages rouillés
Ne sont plus que les mots de deux vies arrachées
Au poème de ceux qui râlent pour fleurir

L’ombre, l’ambre, la hanche, l’aube et tes savanes
Ne sont plus que les mots d’une flore interdite
Que le poète cueille au vif de ta blessure
Femme nouée enfin à la chair de ta vie.

(Robert Goffin)

Illustration: Alain Bonnefoit

 

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Les mots ont fui ma forêt solitaire (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2019


 


Sarolta Bán   j-07 [1280x768]

Les mots ont fui ma forêt solitaire
Perdus d’espace, privés d’eau,
Les arbres ont encor toutes leurs feuilles
Mais sur les branches plus un oiseau.

Leur chant rythmait un silence sans fond
Et l’immobilité des jours où le vent tombe.
Le vent peut agiter les feuilles, le silence
De mort n’en est que plus profond.

L’obscurité bougeait au bruissement des ailes
Et chaque feuille était le mirage d’un mot
Aujourd’hui plus une aile pour réveiller l’écho
De ma sombre forêt solitaire.

*

Les eaux de la mémoire ont délaissé mes plages,
Le temps de marée haute est bien fini,
Je suis de sable sec où de blancs coquillages
Rappellent le passé dans le sol endormi.

Des pas dans mon désert marquent seuls le passage
D’une vie qui m’échappe, et de qui, de quels dieux
Inconnus, de quel temps, de quels âges ?
J’avance avec ces mêmes pas, mais d’autres yeux

*

Le silence est si dur qu’on marcherait dessus,
Le sol est un pain sec tout rond, tout noir, mon âme
Si de ce corps tout sec aussi, durci, fourbu,
Tu trouves la sortie va-t’en à coups de rames
Sur le grand fleuve roux de soleil qui voisine
Et dans ce fond d’eau claire et de fraîcheur chemine
Jusqu’au retour de pluie on terre et ciel fondus
Dans une même chair au printemps revenus
Comme deux amoureux que le soleil marie
Voient la croûte changée en nourrissante mie.

Le silence est si blanc qu’on écrirait dessus.
La page luit comme un morceau de glace lisse.
Ma plume retiens-toi de glisser, n’écris plus,
C’est un piège tendu par la froide malice
Qui du plaisir d’aller plus vite fait un don.
Ne sais-tu pas que la vitesse est sans pardon
Quand l’âme ne suit plus, quand l’esprit se dérobe,
Arrête-toi, retiens ta chute, enfonce-toi
Par la pointe en ce papier glissant qui nous daube,
L’heure viendra de rompre un silence si froid.

Le silence est si lourd qu’on se pendrait à l’arbre.
Pas une feuille, un fruit, ne bouge, on les dirait
Comme le tronc qui les porte construits en marbre
Et l’absence du bruit damne à mort la forêt.

La vie dans ce trépas ne trouve plus d’issue,
Plus d’oiseaux pour l’ouïe et le bonheur des yeux,
Plus un bourdonnement d’insecte, tout est vieux,
Sourd et muet dans l’écorce, le bois, la nue
D’où ne tombera plus une goutte de pluie,
Et dans ma chair aussi l’âme ne chante plus.

*

Je n’ai pas moins de force en mon hiver
Que la pomme de jus après l’automne,
Je marcherai jusqu’au bord de la mer
Comme le fleuve au versant s’abandonne.
Nul au monde parmi ceux qui voient clair
Ne trouvera l’endroit de ma présence,
Je serai, mort, comme le vent de mer
Qui semble finir là et plus loin recommence.

(Franz Hellens)

Illustration: Sarolta Bán

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FERMER LES YEUX (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2019




FERMER LES YEUX

Et puis cette ombre au fond de l’ombre
Et puis ces deux mains qui se nouent
Ces gestes faits et refaits sans en voir le bout
Et puis cette ombre encore debout

Le cri d’une sirène
Quand le jour a déteint
Parenthèse de peine
L’oubli jusqu’à demain

Longues secondes inertes
Le corps à l’abandon
Gestes lents, cigarettes
Puis s’essuyer le front

Vague regard au ciel
Pour l’heure ou pour le temps
Trop de pluie, de soleil
C’est tout c’qu’il en attend

Déjà loin de ses haines
Aussi loin qu’il le peut
Où ses rêves l’entraînent
Quand il ferme les yeux

Et puis cet otage sans cage
Et puis tous ces hommes en essaim
Son grave visage, maquillage, sans âge
Et puis ces billets dans ta main

Tu peux prendre ses lèvres
Tu peux goûter sa peau
Décider de ses gestes
Même dicter ses mots

Soumettre à tes plaisirs
Tant que le compte est bon
Arracher des sourires
Même changer son nom

Maître d’une apparence
Possédant de si peu
D’un vide, d’une absence
Dès qu’elle ferme les yeux

Quand la peine est trop lourde
Quand le monde est trop laid
Quand la chance est trop sourde
La vérité trop vraie

Comme au dernier voyage
Pour y voir enfin mieux
Enfin d’autres images
Quand on ferme nos yeux
Quand on ferme nos yeux

(Jean-Jacques Goldman)

 

 

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Survivre à l’absence (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2019



 

Nos yeux se renvoient la lumière
Et la lumière le silence
A ne plus se reconnaître
A survivre à l’absence.

(Paul Eluard)

 

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Les arbres aussi versent des larmes (Alain Mabanckou)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2019



il est encore dit
dans le village d’où je viens
que les arbres aussi versent des larmes
lorsque perdure
l’absence des oiseaux
sur leurs branches

(Alain Mabanckou)

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Ce n’est pas le manque de richesses qui est à redouter (Guanzi)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2019



Illustration:Paul Baringou
    
Ce n’est pas le manque
de richesses qui est
à redouter sous le ciel,
C’est l’absence de partage.

(Guanzi)

 

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Ô quelle grande solitude (Adam Mickiewicz)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019



 

Ô quelle grande solitude tu as fait dans ma maison,
Ma petite Ursule bien-aimée, par ton rapide départ;
Nous sommes nombreux, et pourtant, notre maison est déserte;
L’absence d’une petite âme a fait chez nous un grand vide.
Tu babillais tout le temps, et tu chantais pour tous,
Ta personne remplissait tous les coins de notre demeure.
Du front de ta mère tu chassais la chagrine tristesse,
De la tête de ton père tu chassais les noirs soucis,
Prenant un tel par le bras, et étreignant un autre,
Déridant toute la maisonnée par ton rire joyeux.
Maintenant tout se tait : la maison est un désert :
Pas un jeu; personne n’a envie d’éclater de rire.
Et dans chaque coin le regret saisit l’homme par le coeur;
C’est en vain que l’on cherche la moindre trace de bonheur.

(Adam Mickiewicz)

Illustration: Henry Raeburn

 

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Chèvre-feuille (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019



Chèvre-feuille

[Le prince Charmant épousa Chevrette, une jeune chevrière,
et l’emmena à la cour, où l’étiquette et le cérémonial
la rendirent très malheureuse. Elle se décida à s’enfuir.]

En quittant la cour, Chevrette se demanda ce qu’elle allait faire.
Parbleu, se dit-elle, je garderai encore les chèvres.
Mais où trouver un troupeau?
Elle était au milieu de ces perplexités,
lorsqu’un joyeux bêlement se fit entendre derrière elle.
C’était sa chèvre, sa chèvre favorite qu’elle avait emmenée avec elle à la cour,
et qui, la voyant partie, s’était échappée du palais pour la suivre.

— Tu m’aimes bien, lui disait-elle, ma pauvre chèvre, tu es heureuse de me revoir;
hélas! je n’ai rien à te donner, pas même un brin de luzerne
ni un petit toit pour te mettre le soir à l’abri du loup.

Non loin de Chevrette, un jeune chevrier nommé Jasmin errait dans les bois,
triste et désolé, parce qu’il avait perdu Chevrette qu’il aimait.
Mais Chevrette ne le savait pas.
En le voyant elle se sentit rassurée; elle l’appela: Jasmin!
Il s’approcha et elle lui raconta son malheur. Jasmin, à son tour,
lui parla en pleurant de tout ce qu’il avait souffert pendant son absence.
Chevrette essuya ses larmes, et lui dit de se consoler:
si elle avait su son amour, jamais elle n’eût consenti à épouser le prince Charmant.
Le chevrier suivit le conseil de la chevrière.
Il essuya ses larmes et se consola.
Chevrette lui permit de la suivre au fond de la forêt;
ils y vécurent heureux, chevrier et chevrière, Jasmin et Chèvre-Feuille, mais après s’être mariés.

(J.J. Grandville)

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