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Poésie

Posts Tagged ‘absorber’

Midi (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019



Midi

Midi, Roi des étés, épandu sur la plaine,
Tombe en nappes d’argent des hauteurs du ciel bleu.
Tout se tait. L’air flamboie et brûle sans haleine ;
La Terre est assoupie en sa robe de feu.

L’étendue est immense, et les champs n’ont point d’ombre,
Et la source est tarie où buvaient les troupeaux ;
La lointaine forêt, dont la lisière est sombre,
Dort là-bas, immobile, en un pesant repos.

Seuls, les grands blés mûris, tels qu’une mer dorée,
Se déroulent au loin, dédaigneux du sommeil ;
Pacifiques enfants de la Terre sacrée,
Ils épuisent sans peur la coupe du Soleil.

Parfois, comme un soupir de leur âme brûlante,
Du sein des épis lourds qui murmurent entre eux,
Une ondulation majestueuse et lente
S’éveille, et va mourir à l’horizon poudreux.

Non loin, quelques boeufs blancs, couchés parmi les herbes,
Bavent avec lenteur sur leurs fanons épais,
Et suivent de leurs yeux languissants et superbes
Le songe intérieur qu’ils n’achèvent jamais.

Homme, si, le coeur plein de joie ou d’amertume,
Tu passais vers midi dans les champs radieux,
Fuis ! la Nature est vide et le Soleil consume :
Rien n’est vivant ici, rien n’est triste ou joyeux.

Mais si, désabusé des larmes et du rire,
Altéré de l’oubli de ce monde agité,
Tu veux, ne sachant plus pardonner ou maudire,
Goûter une suprême et morne volupté,

Viens ! Le Soleil te parle en paroles sublimes ;
Dans sa flamme implacable absorbe-toi sans fin ;
Et retourne à pas lents vers les cités infimes,
Le coeur trempé sept fois dans le Néant divin.

(Leconte de Lisle)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Les yeux (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2019



les yeux seuls creux permis
absorbent l’excès d’incandescence

(Marc Alyn)


Illustration

 

 

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Union des corps (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2019



Illustration: Christophe Merlot
    
Union des corps

Chaque membre réclame chaque membre.
L’union de l’esprit appelle l’union des corps.
Le corps possédé par le coeur sous la pression du coeur
Languit de s’évanouir dans ton corps.
Les yeux sans cesse attirés par tes yeux,
Les lèvres cherchent à mourir à l’intérieur de tes lèvres.
L’âme assoiffée qui gémit amèrement
Pour te contempler avec chaque membre.
Le coeur dissimulé dans la mare du corps,
Sur son bord éternellement je verse mes larmes.
Remplissant de tous mes membres la soif du coeur
Je plongerai au fond du mystère du corps.
Jour et nuit mon esprit, mon corps pour toujours
Seront absorbés par chacun de tes membres.

***

Bodies meeting

Each limb craves for every limb.
Ûnion of spirit looks for union of bodies.
Body possessed by heart with the weight of heart
Longs to faint into your body.
Eyes endlessly drawn by your eyes,
Lips want to die inside your lips.
Thirsty the soul is bitterly wailing
To contemplate you with every limb.
Heart concealed in the pool of body,
Eternally I keep on weeping on its bank.
Pouring all my limbs in the yearning heart
I shall plunge into the mystery of body.
Day and night, my mind, my body for ever
Will get absorbed in each of your limbs.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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JAMAIS ATTEINTE (Annie Salager)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    

JAMAIS ATTEINTE

Des paquets de lumière
à portée de la main
le sable les arrête,
tu n’en atteindras
jamais la musique,
absorbée jour à jour
nuit à nuit par l’espace

Lui, il efface le temps
dans ses plis, ses envolements,
la lumière seule l’occupe,
il joue d’elle sur tes saisons
et chante avec les astres
renouveau, disparition
audible dans les larges étoiles
ou le déchirement du bleu
sous les soleils jaunes à midi

Tel serait le rivage que tu suis
ses visages, ses vies,
il est la lumière même, l’absente
livrée en toi où tu la cherches,
on dirait celle des hirondelles
enlacées au parfum des myrtes
qui luiraient sous la mer

(Annie Salager)

 

Recueil: La Mémoire et l’Archet
Traduction:
Editions: La rumeur libre

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Cela s’efface (Véronique Joyaux)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



 

Brad Kunkle

Cela s’efface
Une parole un mot sur le papier
Cela ressemble au vent marin qui fane les herbes
Résister
Ecrire
En vain
On ne fait pas assez
De cela on est sûr
Que faudrait-il pour parvenir aux mots qui sauvent
Une ligne un rien une obole
pour laisser trace
Le papier absorbe l’encre
mais on écrit
A perte de vue la mémoire s’astreint
Frapper aux portes ouvrir les croisées
Offrir sa poitrine à l’orage
Dans le bruissement des feuilles
nous laisser conduire.

(Véronique Joyaux)

Découvert ici chez laboucheaoreilles

Illustration: Brad Kunkle

 

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Mer et brume (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




Illustration
    
Mer et brume
fusion laiteuse

Chacune se nourrit
de l’autre
l’absorbe

Au loin la corne
dite de brume
tente de les séparer

De glisser entre elles
le tranchant aigu
de la différence

N’y parvient pas

Brame
insistante
impuissante

Profil bas
le jour
et pesanteur du ciel

Brume de mort
infiltrée
dans le crépuscule
des cellules

Ni lame
ni corne
sachant disjoindre

Fusion morne

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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AVEU (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2018




    
AVEU

Je vous aime, quoique j’enrage,
que ce soit ridicule et vain.
En outre il faut qu’à vos genoux
j’avoue ma sottise et ma honte.
Avec ma figure ! A mon âge !
Il serait temps de s’assagir.
Mais tous les indices sont clairs :
je suis atteint du mal d’amour.
Loin de vous je m’ennuie,— je bâille —
près de vous la langueur m’est douce
et je n’en peux mais : je dois dire,
cher ange, combien je vous aime.
Quand j’entends, venant du salon,
vos pas, le bas de votre robe
ou votre voix juvénile et candide,
je perds d’un seul coup la raison.
Souriez-vous ? Je suis aux anges.
Vous m’ignorez ? J’ai le coeur lourd.
Tout un jour de peine s’efface
si vous m’offrez votre main pâle.

Quand, absorbée par votre ouvrage,
vous laissez ruisseler vos boucles
indolemment, les yeux baissés,
je m’attendris, ne dis plus mot,
vous contemplant comme un enfant.
Vous conterai-je ma détresse,
ma tristesse, ma jalousie,
quand par tous les temps vous allez
au loin, trop loin, vous promener ?
Ou bien vos larmes solitaires,
les propos à deux dans un coin,
ou les petits voyages en ville
ou les soirées près du piano ?
Aline, ayez pitié de moi !
Je n’ose exiger de l’amour.
Il se peut que, pour mes péchés,
je sois indigne d’être aimé.
Faites semblant ! Votre regard
exprime si bien tant de choses.
Je suis si facile à tromper!
Et voudrais tant l’être par vous !

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Louis Martinez
Editions: Gallimard

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L’enfant (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018


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L’enfant voit tout en nouveauté;
il est toujours ivre.
Rien ne ressemble plus à ce qu’on appelle l’inspiration,
que la joie avec laquelle l’enfant
absorbe la forme et la couleur.

(Charles Baudelaire)

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TERRES ÉTRANGÈRES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2018



 

Steve Cieslawskis (17)

TERRES ÉTRANGÈRES

Nos tombes semées de par la terre
Brouillent les traces du passé

Sous les soleils
Sous les nuées
Nos corps s’effritent
Loin des mémoires
Nos vies s’estompent
Loin des regrets

Le temps hésite
Puis se retire
Laissant l’oubli nous absorber.

(Andrée Chedid)

Illustration: Steve Cieslawskis

 

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Je crois à le mémoire des pierres (Sylvain Tesson)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Je crois à le mémoire des pierres.

Elles absorbent l’écho des conversations, des pensées.
Elles incorporent l’odeur des hommes.

Les pierres sauvages des grottes et les pierres sages des églises
rayonnent d’une force mantique (en rapport avec la divination)

On est toujours saisi
quand on pénètre sous une voute de pierres
qui a abrité des hommes.

(Sylvain Tesson)

 

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