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Posts Tagged ‘absoudre’

TÉMOIGNAGE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



blé d'hiver

 

TÉMOIGNAGE

Dans le haut blé d’hiver
qui nous poussait au travers
de ce no man’s land,
dans les corps à corps de notre colère
sous ces orties blanches sans nom,
et parce que j’ai abrité pour toujours
une fleur en enfer, je te dis
l’ouverture de mon oeil,
mon être au-delà du fait
d’être un,
et combien j’ai pu t’absoudre
de cette dérobade, et te prouver
que je ne suis
plus seul,
que je ne suis
même plus
proche de moi-même.

(Paul Auster)

Illustration

 

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Highgate (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



Anne Brigaud  bruyère e [800x600]

Highgate

Un ange passe – :
toi, près du livre non ouvert,
tes paroles
en retour m’absolvent.

Par deux fois la bruyère trouve sa nourriture.
Par deux fois elle s’étiole.

(Paul Celan)

 Illustration: Anne Brigaud  

 

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Ballade en rêve (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017



 

Marie Laurencin

Ballade en rêve

J’ai rêvé d’elle, et nous nous pardonnions
Non pas nos torts, il n’en est en amour,
Mais l’absolu de nos opinions
Et que la vie ait pour nous pris ce tour.

Simple elle était comme au temps de ma cour,
En robe grise et verte et voilà tout,
(J’aimai toujours les femmes dans ce goût),
Et son langage était sincère et coi.

Mais quel émoi de me dire au débout:
J’ai rêvé d’elle et pas elle de moi.

Princesse elle est, sans doute, à l’autre bout
Du monde où règne et persiste ma foi.
Amen, alors, puisqu’à mes dam et coût,
J’ai rêvé d’elle et pas elle de moi.

Elle ni moi nous ne nous résignions
À plus souffrir pas plus tard que ce jour.
Ô nous revoir encore compagnons,
Chacun étant descendu de sa tour

Pour un baiser bien payé de retour!
Le beau projet! Et nous étions debout,
Main dans la main, avec du sang qui bout
Et chante un fier ‘donec gratus’. Mais quoi?

C’était un songe, ô tristesse et dégoût!
J’ai rêvé d’elle et pas elle de moi.

Et nous suivions tes luisants fanions,
Soie et satin, ô Bonheur vainqueur, pour
Jusqu’à la mort, que d’ailleurs nous niions.
J’allais par les chemins, en troubadour,

Chantant, ballant, sans craindre ce pandour
Qui vous saute à la gorge et vous découd.
Elle évoquait la chère nuit d’Août

Où son aveu bas et lent me fit roi.
Moi, j’adorais ce retour qui m’absout.
J’ai rêvé d’elle et pas elle de moi!

(Paul Verlaine)

Illustration: Marie Laurencin

 

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Reflétées par la parole-tente (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2017



 

Reflétées par la parole-tente
de notre année prochaine,
la quarantaine sombre, aux teintes allodiales
les images,
polies dans l’après-lumière
des yeux, les images
égarées t’absolvent : (dunes
qui libres tournoyaient, — mots-éboulis
passés au
tamis du sable, — les autres
heures de sablier, redoublant
dans le souvenir). Et dans
ma main — (comme, après la nuit, — la nuit) —
je tiens ce que tu as pris
pour le donner : cette allée
de cris en échos, et grain
après grain, l’inépuisable
désert, brûlant sur tes lèvres
qui gèlent en violence.

(Paul Auster)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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Nuit d’été (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2016



Nuit d’été

Un dîner pour les dieux habitant l’air
Nos doublures en cette nuit que garde le jour
Des pensées nous protègent, une haie de fleurs
Au balcon sombre s’éclaire en papillons
Cueillant en rêve leur miel au fond du ciel
Tout baigne dans une paix sans bord
La porte de verre suspend l’image du monde
Nos traces nous tiennent: un chapeau et des gants
Le vin non bu des heures brille dans les verres
Notre absence nous absout laissant la place
À ce qui est dehors sans fermer l’oeil
Quand passe au loin l’aile rapide de la nuit

(Heather Dohollau)

 Illustration: Francine Van Hove

 

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Dans le jardin les roses cessent d’être les roses et veulent devenir la Rose (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2016



Déjà les eaux lustrales de la nuit m’absolvent
des multiples couleurs et des multiples formes.
Déjà dans le jardin les oiseaux et les astres
exaltent le retour vivant des vieilles normes
de l’ombre et du sommeil. Déjà l’ombre a scellé
les miroirs qui redoublent la fiction des choses.
Goethe le disait mieux : le proche se dérobe.
Ces quatre mots chiffrent le crépuscule.
Dans le jardin les roses cessent d’être les roses
et veulent devenir la Rose.

(Jorge Luis Borges)

Illustration: Salavador Dali

 

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RONDE (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2016



 Cyril Leysin La-ronde.- c [800x600]

 

RONDE

Avec du soleil ou du clair de lune,
Et des voix de femme, et des pas de danse,
Mêlez les rêves en ronde d’enfance:
La brise est neigeuse, l’herbe saupoudrée
Des pétales blancs que sèment les branches;
Passe la blonde et passe la brune!
Elles tournoient; vous n’en aimez qu’une;
Embrassez celle que vous voudrez.

Les bouquets levés comme des torches
Essaiment, comme des étincelles,
Le sang des roses que la brise mêle
A la neige des lys effeuillés sous le porche;
Je sais le balustre où vous accouderez
Ce rire timide qui voile un émoi;
La ronde tourne et vous faites un choix;
Embrassez celle que vous voudrez.

On sonne du fifre et tous les rires
Vont tournant, encore, comme au vent les feuilles;
Vous avez peur de son baiser d’accueil,
Vous cherchez le mot que vous vouliez dire;
La coquette d’un rire vous absoudrait,
A vous voir au coeur cette honte d’amour:
Ne dites rien si vous êtes à court;
Embrassez celle que vous voudrez.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Cyril Leysin

 

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Conte d’amour IV (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2015



Conte d’amour IV

Dans les jardins mouillés, parmi les vertes branches,
Scintille la splendeur des belles roses blanches.
La chenille striée et les noirs moucherons
Insultent vainement la neige de leurs fronts :
Car, lorsque vient la nuit traînant de larges voiles,
Que s’allument au ciel les premières étoiles,
Dans les berceaux fleuris, les larmes des lutins
Lavent toute souillure, et l’éclat des matins
Fait miroiter encor parmi les vertes branches
Le peplum virginal des belles roses blanches.

Ainsi, ma belle, bien qu’entre tes bras mutins
Je sente s’éveiller des désirs clandestins,
Bien que vienne parfois la sorcière hystérie
Me verser les poisons de sa bouche flétrie,
Quand j’ai lavé mes sens en tes yeux obsesseurs,
J’aime mieux de tes yeux les mystiques douceurs
Que l’irritant contour de tes fringantes hanches,
Et mon amour, absous de ses désirs pervers,
En moi s’épanouit comme les roses blanches
Qui s’ouvrent au matin parmi les arbres verts.

(Jean Moréas)

 

 

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LA VUE, LE TOUCHER (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2015




LA VUE, LE TOUCHER

La lumière soutient – impondérables, réels –
la colline blanche et les rouvres noirs,
le sentier qui avance,
l’arbre qui ne bouge;

la lumière naissante cherche son chemin,
fleuve titubant qui dessine
ses doutes et les mue en certitudes,
fleuve de l’aube sur des paupières closes;

la lumière sculpte le vent sur le rideau,
fait de chaque heure un corps vivant,
entre dans la chambre et glisse lentement,
pieds nus, sur le fil du couteau;

la lumière naît femme dans un miroir,
nue sous des feuillages diaphanes :
un regard l’enchaîne,
un cillement la dissipe;

la lumière palpe les fruits, palpe l’invisible,
jarre où les yeux boivent des clartés,
flamme coupée en fleur, flamme qui ne sommeille
où le papillon brûle ses ailes noires;

la lumière ouvre les plis du drap,
les replis de la pubescence,
flambe dans la cheminée, ses flammes sont des ombres,
grimpent au mur, lierre du désir;

la lumière n’absout pas, ne condamne pas,
elle ignore justice et injustice,
la lumière dresse de ses mains invisibles
les édifices de la symétrie;

la lumière s’échappe dans un couloir de reflets
et retourne à elle-même :
c’est une main qui s’invente,
un oeil qui se surprend à inventer.

La lumière est temps qui se pense.

(Octavio Paz)

Illustration: Giovanni Bellini

 

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