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Poésie

Posts Tagged ‘accablé’

GRIS (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



GRIS

Aux fenêtres, soudain, des pleurs, funèbres cris…
Et un plomb lourd, d’hiver, descendit sur le monde ;
« Les corbeaux » soupirai-je, alors, sans qu’on réponde…
Et dans l’air lourd, chargé de plomb,
Il neige en gris.

Tout comme l’horizon, mon esprit s’obscurcit…
Toujours plus esseulé, perdu, plein d’amertume,
Je balaie, accablé, l’âtre avec une plume…
Et dans l’air lourd, chargé de plomb,
Il neige en gris.

(George Bacovia)

Illustration

 

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Dors ! (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

Odd Nerdrum  Man in a Boat [1280x768]

Dors !

L’orage de tes jours a passé sur ma vie ;
J’ai plié sous ton sort, j’ai pleuré de tes pleurs ;
Où ton âme a monté mon âme l’a suivie ;
Pour aider tes chagrins, j’en ai fait mes douleurs.

Mais, que peut l’amitié ? l’amour prend toute une âme !
Je n’ai rien obtenu ; rien changé ; rien guéri :
L’onde ne verdit plus ce qu’a séché la flamme,
Et le coeur poignardé reste froid et meurtri.

Moi, je ne suis pas morte : allons ! moi, j’aime encore ;
J’écarte devant toi les ombres du chemin :
Comme un pâle reflet descendu de l’aurore,
Moi, j’éclaire tes yeux ; moi, j’échauffe ta main.

Le malade assoupi ne sent pas de la brise
L’haleine ravivante étancher ses sueurs ;
Mais un songe a fléchi la fièvre qui le brise ;
Dors ! ma vie est le songe où Dieu met ses lueurs.

Comme un ange accablé qui n’étend plus ses ailes,
Enferme ses rayons dans sa blanche beauté,
Cache ton auréole aux vives étincelles :
Moi je suis l’humble lampe émue à ton côté.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Odd Nerdrum

 

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L’ARBRE (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2018



Illustration:Laura Zollar
    
L’ARBRE

Enseigne-lui l’étude des arbres. (Georges Séféris)

L’arbre est un fleuve d’étoiles qui s’écoule,
L’arbre tord ses mains, s’apaise, l’arbre est inflexible, l’arbre
N’est rien que la matière qui respire, et la matière est bonne.

L’arbre est la sentinelle du temps.
Il vibre au passage amoureux du soleil, déploie
Ses feuilles, nous invite à veiller aux quatre nuits de l’an qui passe,
Et quand la terre accablée renouvelle
L’inépuisable fécondité de son ventre, il annonce
Le jour qui vient, la montée de la sève jusqu’à la gloire.

[…]

L’arbre semble dormir,
Ne dort jamais, offre aux abeilles
Un refuge au repli de ses branches,
Un trou dans sa cuirasse aux colombes.
Sans jamais divertir, ayant reçu
Nativement sagesse et jugement.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Notre parole a-t-elle assez de soir (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
notre parole a-t-elle assez de soir
pour apprendre les cris retenus
des lieux accablés de durée
le silence toujours en partance
sur les couleurs pose un dernier glacis
une seule gorgée nous enivre
au bord des larmes se risque le sourire
les mains prononcent leurs voeux
définitif l’air bénit

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Joies escarpées
Traduction:
Editions: Obsidiane

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On s’amusait sous la lumière jaune (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



    
On s’amusait sous la lumière jaune,
Le cercle, près des murs, rétrécissait,
La masse des danseurs se dédoublait sans cesse,
Et j’avais l’illusion qu’un ami me suivait.

Le désir faisait se soulever les poitrines,
Sur les visages la chaleur se reflétait.
Je déambulais rêvant de miracle,
Et j’étais accablé par leurs désirs lascifs…

On eût dit que, derrière le voile de poussière,
Quelqu’un vivait, caché parmi la foule,
Et son étrange regard épiait sans cesse,
Et sa voix s’élevait, et chantait et parlait…

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Je revois l’instant merveilleux (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017




Je revois l’instant merveilleux
où devant moi tu apparus,
vision à peine ébauchée,
claire image de la beauté.

Accablé jusqu’au désespoir,
assourdi par le bruit du monde,
j’entendis longtemps ta voix tendre
et rêvai de tes traits aimés.

Les ans passèrent. Les tempêtes
au vent jetèrent tous mes rêves
et j’en oubliai ta voix tendre
et les traits purs de ton visage.

Mes jours se traînaient silencieux
dans une sombre réclusion,
sans génie, sans inspiration,
sans vie, sans amour et sans larmes.

Quand sonna l’heure du réveil,
devant moi tu réapparus,
vision à peine ébauchée,
claire image de la beauté,

et mon coeur s’est remis à battre,
ivre de voir ressusciter
le génie et l’inspiration,
la vie et l’amour et les larmes.

(Alexandre Pouchkine)

Illustration

 

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Accablé (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 1 novembre 2017



Illustration: Andrew Murray
    
Accablé par les blessures, par la nuit, ligoté
Dans mes doutes, livré à ma flamme
Je loue ma migration en toi, dans ta nudité
Dans le secret de ta toute-puissante faiblesse
Nul choix : entre ma liberté et toi
Je vis dans la félicité
Crucifiée sur mes remparts

(Adonis)

 

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Pour le Lys (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration: Malinowski
    
Pour le Lys

O Toi, Femme que j’aime ! O Lys irréprochable !
Très chère qu’on ne peut approcher qu’à genoux,
Lève sur moi tes yeux si doux et ton front doux !
Et que le repas soit comme la Sainte Table.

Réveille, avec ta voix, mes rêves somnolents.
Voyant mon front fiévreux, accablé par les rêves,
Toute droite, dans la pourpre et l’or tu te lèves,
Toujours silencieuse, avec tes gestes lents.

O l’Image divine ! O la Femme que j’aime !
Qui fais que je m’éveille avec la face au jour
Et qui, par le pouvoir immense de l’amour,
As fait que le matin m’est apparu moins blême.
O puissance ! ô beauté de la Femme que j’aime !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Retouche à la clairière (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2017



retouche à la clairière

en plein bois dans les feuilles à l’affût
le jour a posé sa lanterne
la lumière est seule et reste à rebrousse-poil
accablée de murmures

(Daniel Boulanger)

 Illustration

 

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Saisons (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2016



saisons [1280x768]

 

Saisons

Le jour est à sa place et coule à fond de temps,
A moins que l’être monte à travers des espaces
Superposés dans la mémoire et délestant
La cervelle et le coeur de souvenirs tenaces.

Étés, puissants étés, votre nom même passe,
Être et avoir été, passe-temps et printemps,
Il passe, il est passé comme une eau jamais lasse,
Sans cicatrices, sans témoins et sans étangs.

Saisons, vous chérissez du moins le grain de blé
Qui doit germer aux jours de dégel et la clé
Pour ouvrir aux départs les portes charretières.

Les astres dans le ciel par vous sont rassemblés,
L’an va bientôt finir et des pas accablés
Traînent sur les chemins ramenant aux frontières.

(Robert Desnos)

 

 

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