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Posts Tagged ‘accablement’

TOUTES LES ÂMES (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2018



 

TOUTES LES ÂMES

Anonymat et banquise : novembre
par son seul nom, dansé
à mort
dans la parole brisée
de la houe et du sillon
tracé
des gouttières d’accablement — ces
marteaux adorés
vomissures
projetées
dans les zones du sang.

Une transfusion de ténèbres,
la paix fertile, empiétant
sur la tuerie.

Vie égale à la vie.

(Paul Auster)

Illustration: Volker Birke

 

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Du calme, vieux fou (William Faulkner)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2018



    

Du calme, vieux fou: ce n’est pas pour toi.
Quelque part c’est le printemps avec du vert et de l’or pur
Et cruel avril ensemencé par une vallée encaissée,
Quelque part l’amère lune décroissante pâlit
Et le jour de colline en colline s’éveille dans un froid féroce.

Sur la terre déjà alerte et pleine de vent et de soleil
Où les printemps refécondent leur mouvement vernal,
Où je dors maintenant, je gis et m’accroche,
Mais sauvage la terre qui m’abrita à mes vingt et un ans.

Quelque part une lune croissante qui ne me trouvait pas
Priva ensuite du bleu les jardins sans vent,
Quelque part une verte blessure perdue (mais c’est mieux
Qu’un accablement totalement oublié)
Quelque part une jeunesse, une bouche charmante à embrasser…

***

Somewhere is spring with green and simple gold
And cruel April spawned by loined vale,
Somewhere the dying bitter moon grows pale
And day from hill to hill wakes fie ry-cold.

In earth yet quicked and filled by wind and sun
Where springs rewomb their vernal gesturing,
Where I now sleep, I closer lie and cling,
But wild were earth housed me at twenty-one.

Somewhere a moon that waxed and found me not
Then waned the windless gardens of the blue,
Somewhere a lost green hurt (but better this
Than in rich desolation long forgot)
Somewhere is youth, a grave sweet mouth to kiss —
Still, you fool, lie still: that’s not for you.

(William Faulkner)

 

Recueil: Hélène: ma cour
Traduction: Michèle Plâa et Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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Le poète (René Char)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2017



Le poète en traduisant l’intention en acte inspiré,
en convertissant un cycle de fatigues en fret de résurrection,
fait entrer l’oasis du froid par tous les pores de la vitre de l’accablement
et crée le prisme, hydre de l’effort, du merveilleux, de la rigueur et du déluge,
ayant tes lèvres pour sagesse et mon sang pour retable.

(René Char)

Illustration

 

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(Chanson) (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Andrew Wyeth
    
(Chanson)

Lorsque la lune vient pleurer
Sur les tombes des fleurs fidèles
Mon souvenir vient t’effleurer
Dans un enveloppement d’ailes.

Il se fait tard, tu vas dormir
Les paupières déjà mi-closes…
Dans l’air des nuits on sent frémir
L’agonie ardente des roses —

Sur ton front lourd d’accablement
Tes cheveux font de légers voiles…
Dans le ciel brûle infiniment
La flamme blanche des étoiles

Et la Déesse du Sommeil
De ses mains lentes fait éclore
Des fleurs qui craignent le soleil
Et qui meurent avant l’aurore —

(Renée Vivien)

 

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Que le vent du soir emporte mon sanglot (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Abbot Anderson Thayer
    
Que le vent du soir emporte mon sanglot
Vers l’accablement des cités et des plaines ;
Qu’il l’emporte, afin de le mêler au flot
Des douleurs lointaines.

Qu’il l’emporte, ainsi qu’un pitoyable appel,
Plus grave et plus doux que la vaine parole…
Que, dans l’infini, mon sanglot fraternel
Apaise et console.

(Renée Vivien)

 

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Giroflée (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2017



Giroflée

Au sommet du vieux donjon croissait une giroflée.
Un prisonnier la voyait de sa fenêtre.
C’était sa joie, sa consolation,
son unique espérance.
Il l’aimait comme on aime une femme.

Le printemps, le soleil, l’air, la liberté,
la giroflée était tout cela pour lui.
Elle lui souriait du haut de son créneau,
elle balançait gracieusement ses petites tiges devant lui;
elle se penchait sur la noire muraille comme pour lui donner la main.

Il y avait dans la vallée un homme qui passait toute la journée dans les champs,
une grande boîte de ferblanc passée en bandoulière;
il la rapportait le soir au logis pleine d’herbes, de fleurs, de plantes de toutes sortes.
Il croyait aimer les fleurs parce qu’il etait botaniste.

Un jour qu’il était fatigué de ses courses,
notre homme s’arrêta au pied du vieux donjon où se trouvait le prisonnier.
Comme il portait son mouchoir à son front pour essuyer
la sueur qui en découlait, il leva la tête et avisa la giroflée.
Il commença son ascension.
Quand it fut près de la plante, il se mit en devoir de l’arracher.
Les racines de la giroflée étaient fixées en dehors du mur.
Elles tenaient ferme. A un violent effort de notre homme, la plante céda cependant,
mais elle ne vint pas seule. Elle entraîna le botaniste dans sa chute.
Ce que c’est que d’oublier les lois de l’équilibre
quand on herborise sur les vieux donjons.

Quant au prisonnier, il tomba dans un morne accablement.
Il lui sembla qu’en perdant la giroflée,
il avait perdu une seconde fois la liberté.
L’hiver vint, triste saison,
pendant laquelle, du moins, il ne songeait pas à sa plante chérie;
mais au printemps, un matin que les rayons du soleil pénétraient dans son cachot,
il ne put s’empêcher de lever ses yeux baignés de larmes sur le donjon.
Une autre giroflée se balançait sur la tige, et disait bonjour au pauvre prisonnier.

(J.J. Grandville)

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CIEL À MOITIÉ ACHEVÉ (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2016



CIEL À MOITIÉ ACHEVÉ

L’accablement suspend son vol.
L’angoisse suspend sa course.
Le vautour cesse de fuir.

Fougueuse, la lumière afflue,
même les fantômes en prennent une gorgée.

Et nos tableaux ressortent au grand jour,
animaux rouges de nos ateliers de l’ère glaciaire.

Tout regarde à l’entour.
Nous marchons par centaines sous le soleil.

Les hommes restent une porte entrebâillée
donnant sur une salle commune.

Le sol interminable sous nos pas.

L’eau reluit entre les arbres.

Le lac est une fenêtre ouverte sur la terre.

(Tomas Tranströmer)

Illustration: Leonid Afremov

 

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Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2016



Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont
Ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front.
Ceux qui d’un haut destin gravissent l’âpre cime.
Ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime.
Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,
Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.
C’est le prophète saint prosterné devant l’arche,
C’est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche.
Ceux dont le coeur est bon, ceux dont les jours sont pleins.
Ceux-là vivent, Seigneur ! les autres, je les plains.
Car de son vague ennui le néant les enivre,
Car le plus lourd fardeau, c’est d’exister sans vivre.
Inutiles, épars, ils traînent ici-bas
Le sombre accablement d’être en ne pensant pas.

(Victor Hugo)

 

 

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Bacchante triste (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2015



Bacchante triste

LE jour ne perce plus de flèches arrogantes
Les bois émerveillés de la beauté des nuits,
Et c’est l’heure troublée où dansent les Bacchantes
Parmi l’accablement des rythmes alanguis.

Leurs cheveux emmêlés pleurent le sang des vignes,
Leurs pieds vifs sont légers comme l’aile des vents,
Et le rose des chairs, la souplesse des lignes,
Ont peuplé la forêt de sourires mouvants.

La plus jeune a des chants qui rappellent le râle :
Sa gorge d’amoureuse est lourde de sanglots.
Elle n’est point pareille aux autres, — elle est pâle ;
Son front a l’amertume et l’orage des flots.

Le vin où le soleil des vendanges persiste
Ne lui ramène plus le généreux oubli ;
Elle est ivre à demi, mais son ivresse est triste,
Et les feuillages noirs ceignent son front pâli.

Tout en elle est lassé des fausses allégresses.
Et le pressentiment des froids et durs matins
Vient corrompre la flamme et le miel des caresses.
Elle songe, parmi les roses des festins.

Celle-là se souvient des baisers qu’on oublie…
Elle n’apprendra pas le désir sans douleurs,
Celle qui voit toujours avec mélancolie
Au fond des soirs d’orgie agoniser les fleurs.

(Renée Vivien)

Illustration: Charles Gleyre

 

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