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Posts Tagged ‘accalmie’

POUSSIÈRE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration: Ludovic Florent
    
POUSSIÈRE

Or ma poussière n’est jamais en repos.
Or toujours je dois mourir.
Cette poussière a voyagé avec la terre depuis la création des soleils
Mais n’a jamais quitté l’éternité

Dont la loi est tracée sur ma main qui écrit,
Qui porte le sceau des formes et des états de la nature;
Les étoiles obéissent à cet ordre, et l’herbe,
La beauté les innocents, et les saints.

Ces os ont vu les rochers déversés, fondus
Dans la transmutation des feux solaires,
Obéissant aux lois que j’ai brisées,
La puissance et la gloire du soleil qui règne.

Mon sang suit son cours comme le mouvement des marées,
La pluie qui tombe et le torrent, l’orage et l’accalmie,
Il a subi le poids du gel
Et la montée baroque des nuages.

L’ombre de la croix s’étend sur le vide
Dès le premier éclat jailli entre les pôles.
Le monde est bâti sur une séparation
Dont les années-lumière ne peuvent combler la distance.
La blessure prolifère, la déchirure s’étend.

La passion de l’homme est inscrite dans l’arbre,
Les colonnes du ciel, les végétaux,
Les épines, le fer, et la soif organique
Depuis le commencement dresse son calvaire.

La poussière vole à travers les figures d’une danse,
Avance — passage rituel — telle une épousée,
Marque fleurs et coquilles de spirales qui deviennent
Déserts de fossiles et brumes tournoyantes,
Tisse la rose, l’agneau, l’enfant aimé du monde,
Puis redéfait le monde que la danse a fait.

***

DUST

Only my dust is never laid
And ont), I must always die.
This dust has travelled with the earth rince suns moere made
Yet never left eternity

Whose mule is traced upon my band that writes,
That bears the seal of nature’s forms and states;
The stars obey that order, and the gras:,
The beautiful, the innocent, and the saints.

These bones have known the molten rocks outpoured
In transmutation of the solar ires,
Obedient to the laves that I have broken,
The power and glory of the reigning sun.

My blood streams with the motion of the tides,
The fall of main and cataract, storm and calm,
Has undergone the freezing of the ice
And the baroque assomption of the clouds.

The chape of the cross is laid upon the void
By the first flash that leaps between the poles.
The world is built upon a separation
Whose distance the long lightyears cannot close.
The wound proliferates, the rift extends.

Man’s passion is predestined in the tree,
The cross-beams of the heavens, vegetation,
The thorns, the iron, and the organic thirst
From the beginning raise his calvary.

The dust sweeps through the figures of a dance,
Moves in its rituel/ transit like a bride
Imprinting shells and fiowers with spiral forms that pass
To fossil hastes and whirling nebulae,
Weaving the rose, the lamb, and the world’s darling child,
And then unmakes again the world the dance has made.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Les débris (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



Illustration

    
Les débris

C’étaient des jours d’accalmie,
l’ombre des bois sur les monts
et sur l’eau l’ombre des joncs.

C’était après les combats,
il n’était question de rien,
on laissait le soir descendre.

Les instants nous octroyaient
les débris de ta clarté
pour en peupler nos ténèbres.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Les vasistas
Traduction:
Editions: Gallimard

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RESTE IMMOBILE, DORS DANS L’ACCALMIE (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



RESTE IMMOBILE, DORS DANS L’ACCALMIE

Reste immobile, dors dans l’accalmie, souffrant avec la blessure
Dans la gorge, qui brûles et fais retour. Toute la nuit à flot
Sur l’océan de silence nous avons perçu le son
Qui venait de la blessure enveloppée dans le drap de sel.

Sous la lune d’un mille au-delà, nous avons tremblé écoutant
Le bruit de l’océan couler comme sang de la blessure criante
Et quand le drap de sel se rompit en un ouragan de chants
Les voix de tous les noyés nagèrent dans le vent.

Ouvre un chemin à travers la triste lente voile,
Ouvres grandes au souffles les portes du bateau errant
Pour que commence mon voyage vers la fin de ma blessure,
Nous avons entendu le bruit de l’océan chanter, et vu le drap de sel scander.
Reste immobile, dors dans l’accalmie, cache la bouche dans la gorge
Ou nous devrons obéir, et chevaucher avec toi entre les noyés.

***

LIE STILL, SLEEP BECALMED

Lie still, sleep becalmed, sufferer with the wound
In the throat, burning and turning. All night afloat
On the silent sea we have heard the sound
That came from the wound wrapped in the salt sheet.

Under the mile off moon we trembled listening
To the sea sound flowing like blood from the loud wound
And when the salt sheet broke in a storm of singing
The voices of all the drowned swam on the wind.

Open a pathway through the slow sad sail,
Throw wide to the wind the gates of the wandering boat
For my voyage to begin to the end of my wound,
We heard the sea sound sing, we saw the salt sheet tell.
Lie still, sleep becalmed, hide the mouth in the throat,
Or we shall obey, and ride with you through the drowned.

(Dylan Thomas)

 

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Rien ne m’effraye plus (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017



Illustration: Constantin Brancusi
    
Rien ne m’effraye plus que la fausse accalmie
D’un visage qui dort
Ton rêve est une Égypte et toi c’est la momie
Avec son masque d’or

Où ton regard va-t-il sous cette riche empreinte
D’une reine qui meurt,
Lorsque la nuit d’amour t’a défaite et repeinte
Comme un noir embaumeur?

Abandonne ô ma reine, ô mon canard sauvage,
Les siècles et les mers;
Reviens flotter dessus, regagne ton visage
Qui s’enfonce à l’envers.

(Jean Cocteau)

 

Recueil: PLAIN-CHANT
Editions: Gallimard

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Chaque transe pâlit dans le moyeu (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2017



 

Chaque transe pâlit dans le moyeu, le furtif
équinoxe des noms : cliquet
se mettant en travers du rochet —
ciels discordants qui englobent
cet austère commerce avec le vent.
Accalmies réparatrices. Mais des rafales nourrissent
le hasard : souffle, efflorescence, tandis que la roue creuse
son écrit dans la terre. Rebondis
sur tes pieds. Les yeux veillent sur le sol
dans la fraîcheur des soleils mourants. La chanson
est dans le pas.

(Paul Auster)

Illustration: Chelin Sanjuan

 

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Le poète (Pierre Reverdy)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2016



Ernesto Arrisueño -birthoftherock [1280x768]

Le poète se glisse à travers les zones orageuses qui sinuent à travers les lignes de ses poèmes
où se creusent parfois ces brusques dépressions qui les obscurcissent un court laps de temps,
avant que l’accalmie n’entr’ouvre comme un coquillage le ciel

(Pierre Reverdy)

Illustration: Ernesto Arrisueño

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Rien ne m’effraye plus que la fausse accalmie d’un visage qui dort (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2016



Edward Alfred Cucuel - Tutt'Art@ (34) [1280x768]

Rien ne m’effraye plus que la fausse accalmie
D’un visage qui dort ;
Ton rêve est une Egypte et toi c’est la momie
Avec son masque d’or.

Où ton regard va-t-il sous cette riche empreinte
D’une reine qui meurt,
Lorsque la nuit d’amour t’a défaite et repeinte
Comme un noir embaumeur ?

Abandonne, ô ma reine, ô mon canard sauvage,
Les siècles et les mers ;
Reviens flotter dessus, regagne ton visage
Qui s’enfonce à l’envers.

(Jean Cocteau)

Illustration: Edward Alfred Cucuel

 

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Accalmie (Adrien Babarit)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2016



Accalmie

Un ciel couvert
Entre terre et mer.

Dans la bouche
Une douceur amère.

Retour du passé
À petits pas feutrés.

Et dans mon cœur
La pointe d’un revers.

Une petite éclaircie s’élargit
J’en profite, je m’y enfuis.

Le zef d’ouest a soufflé mes souvenirs
Balayé au large ma nostalgie.

(Adrien Babarit)

Illustration

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

 

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Comme la lune est le miroir du soleil (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2016



montagnes bleues s_p [800x600]

Comme la lune est le miroir du soleil,
l’eau est de la lumière qui s’enfonce dans la terre,
une lumière fraîche, un ciel de septembre.

L’étoile est un feu d’eau, un feu glacé.

Tout devient bleu comme sous une chevelure défaite,
un visage assombri par le désir ou le chagrin.

Tout devient bleu, surtout au loin les montagnes.
Plus près on voit encore des rochers,
des arbres plus clairs que les autres.

Il y a comme une tendre accalmie.

(Philippe Jaccottet)

Découvert ici: https://litteratureportesouvertes.wordpress.com/

 

 

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ECUME SPORE POLLEN (Piero Bigongiari)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2016




ECUME SPORE POLLEN

Avec ses yeux ultramarins la mer regarde
se défaire le vent, les îles instaurer
une plainte d’écumes dans les baies
de tes jours heureux et malheureux.

Toute pensée a sa plainte, la lâcheté
de la terre crépite en élément
— spore, monade — ocellé, la lâcheté
sans regard regardée, fixée

dans l’éternelle défaite, plume dans l’air
ton sourire que le pétrel
répand et ne défend pas, les accalmies,
fleurs de lumière, sont, les tiennes, mes

espérances désolées, intraitables
vers un large de mains qui se serrent
sur le message des vents : déjà il dissout
les horizons en d’autres événements cachés.

***

SPUMA SPORA POLLINE

Guarda con occhi oltremarini il mare
disfarsi il venta, le isole accampare
un lamento di spume nelle baie
dei tuoi giorni felici e infelici.

Ogni pensiero ha il suo lamento, crepita
la viltà della terra in elemento
– spora, monade – occhiuto, la viltà
che non guarda ed è guardata, fissa

nell’eterno disfarsi, piuma all’aria
il tuo sorriso che la procellaria
diffonde e non difende, le accalmie,
fiori di luce, sono, tue, le mie

desolate, intrattabili speranze
in un largo di mani che si stringono
sul messaggio dei venti : già discioglie
gli orizzonti in altri oscuri eventi.

(Piero Bigongiari)

Illustration: Waldemar Nobre

 

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