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Poésie

Posts Tagged ‘accepter’

Le dernier des « Sept Poèmes d’amour en guerre » (Paul Éluard)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2020




    
Le dernier des « Sept Poèmes d’amour en guerre »

Au nom du front parfait profond
Au nom des yeux que je regarde
Et de la bouche que j’embrasse
Pour aujourd’hui et pour toujours

Au nom de l’amour enterré
Au nom des larmes dans le noir
Au nom des plaintes qui font rire
Au nom des rires qui font peur

Au nom des rires dans la rue
De la douceur qui lie nos mains
Au nom des fruits couvrant les fleurs
Sur une terre belle et bonne

Au nom des hommes en prison
Au nom des femmes déportées
Au nom de tous nos camarades
Martyrisés et massacrés
Pour n’avoir pas accepté l’ombre

Il nous faut drainer la colère
Et faire se lever le fer
Pour préserver l’image haute
Des innocents partout traqués
Et qui partout vont triompher.

(Paul Éluard)

 

Recueil: Au rendez-vous allemand
Traduction:
Editions:

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Accepte ce désert (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2020



Accepte ce désert

frappé à ton vrai signe
accepte ce désert
pour habiller le vide
à quoi l’on te connaît

(Marc Alyn)

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A mon hôte (Du Fu)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020




    
A mon hôte

Au sud au nord du logis : les eaux printanières
M’enchante tous les jours l’arrivée des mouettes
Le sentier fleuri n’a point été balayé
La porte de bois, pour vous, enfin, est ouverte

Loin du marché, la saveur des plats est pauvre
Dépourvu, je ne puis offrir que ce vin rude
Acceptez-vous d’en boire avec mon vieux voisin?
Appelons-le, par la haie, pour en vider le reste !

(Du Fu)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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HOMMAGE AUX ANGES (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2020



Renata Ratajczyk  _Revelations_1
HOMMAGE AUX ANGES

Ceci n’est ni rune ni symbole,
ce que je veux dire est ― c’est si simple

pourtant aucune ruse du stylo ou du pinceau
ne pourrait capter cette impression ;

ce que je voulais indiquer était
une nouvelle phase, une nouvelle distinction de couleur ;

je voulais dire, j’ai dit
qu’il n’y avait ni éclat, ni reflet,

ni ombre ; quand j’ai dit blanc,
je ne voulais pas dire blanc de sculpteur ou de peintre,

ni porcelaine ; blanc pâle ne pourrait pas
en donner l’idée, car quand

la neige fraîchement tombée (ou la neige
au moment où elle tombe) est-elle pâle ?

pourtant maintenant, nous titubons, nous sommes perdus ―
que pouvons-nous dire ?

elle n’était pas impalpable comme un spectre,
elle n’était pas terrifiante comme un Esprit,

elle n’était même pas atterrante
comme un Ange.

***

TRIBUTE TO THE ANGELS

This is no rune nor symbol,
what I mean is — it is so simple

yet no trick of the pen or brush
could capture that impression;

what I wanted to indicate was
a new phase, a new distinction of colour;

I wanted to say, I did say
there was no sheen, no reflection,

no shadow; when I said white,
I did not mean sculptor’s or painter’s white,

nor porcelain; dim-white could
not suggest it, for when

is fresh-fallen snow (or snow
in the act of falling) dim?

yet even now, we stumble, we are lost —
what can we say?

she was not impalpable like a ghost,
she was not awe-inspiring like a Spirit,

she was not even over-whelming
like an Angel.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Renata Ratajczyk

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Imitation des fleurs (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2020



Illustration
    
Imitation des fleurs

Puisque l’on vous dit
Que les fleurs parlent,
N’écoutez plus les gigolos.
Imitez donc les abeilles
Les papillons, les coccinelles.

Les lilas sont infidèles
Bien plus que les artichauts.
Les chardons et les résédas.
Imitez donc la glycine tendre
Comme la poitrine d’un oiseau.

Votre emblème n’est-il pas la pensée
Cœur clairvoyant fleur sincère
Aussi fragile qu’une larme.

Mais après les fleurs de la terre
Acceptez toutes les fleurs du ciel
Qui chantent le jour, rêvent la nuit.

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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MES PENSEES (Taras Chevtchenko)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2020



Illustration: Taras Chevtchenko
    
MES PENSEES

Mes pensées, mes pensées
Combien vous me torturez !
Pourquoi vous alignez-vous sur ma page
En lignes si tristes ? …
Pourquoi le vent ne vous a-t-il pas éparpillées
Dans la steppe, comme de la vulgaire poussière ?
Pourquoi ne vous êtes vous pas assoupies
Comme l’enfant dans son berceau ? …

*

Le malheur, moqueur, les a fait naître,
En les arrosant de larmes… Pourquoi ne vous ont-elles pas inondées,
Emportées vers la mer, enfouies dans la steppe ?
Personne ne me demanderait ce qui me blesse
Ni pourquoi je maudis mon sort,
Ni pourquoi j’erre dans le monde ? « Je m’en moque »,
Ils n’en parleraient plus ainsi en se moquant …

*

Mes fleurs, mes enfants !
Pourquoi vous avoir aimées, pourquoi vous avoir élevées ?
Y a-t-il un cœur dans le monde entier
Pour vous pleurer ainsi ? .. Peut-être ai-je deviné …
Peut-être y a-t-il une fille,
Cœur tendre, yeux bruns,
Qui pleure sur ces pensées,
Moi, je ne veux plus !
Une larme des yeux noirs de cette demoiselle,
Et le seigneur des seigneurs, je deviendrais !
Mes pensées, mes pensées
Combien vous me torturez !

*

Pour les beaux yeux malicieux
Sous de noirs sourcils
Mon cœur s’est emporté, léger,
Il a chanté la langue,
Il a chanté, habilement,
L’obscurité de la nuit,
Les verts cerisiers sombres du verger,
Les douces caresses de la jeune fille…
Les steppes et les monticules funéraires,
Par l’Ukraine,
Mon cœur ne voulait plus
Chanter dans un autre pays…
(…)

*

Mes pensées, mes pensées
Mes fleurs, mes enfants!
Je vous ai éduquées en prenant soin de vous,
Et maintenant ?
Partez en Ukraine, mes enfants !
Dans notre Ukraine,
Comme des orphelins, à travers les chemins de traverse,
Et moi, moi je vais mourir ici.
Vous trouverez là-bas un cœur sincère
Et de tendres mots
Là, vous trouverez la pure vérité,
Et aussi, peut-être, la gloire …

*

Accepte, ma tendre
Ma chère Ukraine,
Mes innocents enfants
Comme si c’était les tiens.

1839 – Saint-Pétersbourg

***
Думи мої, думи мої

Думи мої, думи мої,
Лихо мені з вами!
Нащо стали на папері
Сумними рядами?..
Чом вас вітер не розвіяв
В степу, як пилину?
Чом вас лихо не приспало,
Як свою дитину?..

*

Бо вас лихо на світ на сміх породило,
Поливали сльози… чом не затопили,
Не винесли в море, не розмили в полі?…
Не питали б люде, що в мене болить,
Не питали б, за що проклинаю долю,
Чого нуджу світом? «Нічого робить»,—
Не сказали б на сміх…

*

Квіти мої, діти!
Нащо ж вас кохав я, нащо доглядав?
Чи заплаче серце одно на всім світі,
Як я з вами плакав?.. Може, і вгадав…
Може, найдеться дівоче
Серце, карі очі,
Що заплачуть на сі думи,—
Я більше не хочу.
Одну сльозу з очей карих —
І пан над панами!
Думи мої, думи мої,
Лихо мені з вами!

*

За карії оченята,
За чорнії брови
Серце рвалося, сміялось,
Виливало мову,
Виливало, як уміло,
За темнії ночі,
За вишневий сад зелений,
За ласки дівочі…
За степи та за могили,
Що на Україні,
Серце мліло, не хотіло
Співать на чужині…
(…)

*

Думи мої, думи мої,
Квіти мої, діти!
Виростав вас, доглядав вас,—
Де ж мені вас діти?
В Україну ідіть, діти!
В нашу Україну,
Попідтинню, сиротами,
А я — тут загину.
Там найдете щире серце
І слово ласкаве,
Там найдете щиру правду,
А ще, може, й славу…

*

Привітай же, моя ненько,
Моя Україно,
Моїх діток нерозумних,
Як свою дитину.

1839, С.-Петербург

***

MEUS PENSAMENTOS

Meus pensamentos, meus pensamentos
Quanto você me tortura!
Por que você se alinha na minha página
Em linhas tão tristes? …
Por que o vento não te dispersou
Na estepe como poeira comum?
Por que você não adormeceu
Como a criança em seu berço? …

*

A desgraça, rindo, deu à luz a eles,
Tomando-as de lágrimas … Por que elas não te inundaram,
Por que eles não te levaram para o mar ou foram enterrados nas estepes?
Ninguém me perguntaria o que me machuca
Nem por que eu amaldiçoo meu destino
Nem por que estou vagando no mundo? « Eu não me importo »,
Eles não falavam dessa maneira tirando sarro …

*

Minhas flores, meus filhos!
Por que você ama, por que você se levantou?
Existe um coração no mundo inteiro?
Chorar tanto assim? .. Talvez eu tenha adivinhado …
Talvez haja uma garota
Coração mole, olhos castanhos,
Quem chora sobre esses pensamentos?
Eu não quero mais!
Uma lágrima dos olhos negros desta jovem
E o senhor dos senhores eu me tornaria!
Meus pensamentos, meus pensamentos
Quanto você me tortura!

*

Para belos olhos travessos
Sob sobrancelhas negras
Meu coração se empolgou, luz,
Ele cantou a língua,
Ele cantou, habilmente,
A escuridão da noite,
As cerejeiras verde-escuras do pomar,
As carícias gentis da garota …
As estepes e os montes funerários,
Pela Ucrânia,
Meu coração não queria mais
Cante em outro país…
(…)

*

Meus pensamentos, meus pensamentos
Minhas flores, meus filhos!
Educando-se e cuidando de si mesmo,
E agora?
Vá para a Ucrânia, meus filhos!
Na nossa Ucrânia,
Como órfãos,
E eu vou morrer aqui.
Você vai encontrar lá um coração sincero
E palavras carinhosas
Lá você encontrará a pura verdade,
E também, talvez, glória …

*

Aceite ,meu doce
Minha querida Ucrânia,
Minhas crianças inocentes
Como se fosse seu.

1839 – São Petersburgo

(Taras Chevtchenko)

 

Site : http://artgitato.com/
Traduction: Français Jacky Lavauzelle / Ukrainien / Portugais Jacky Lavauzelle
Editions:

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On rencontre partout des gens (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2020




    
On rencontre partout des gens comme ce monsieur José,
ils occupent leur temps, ou celui qu’ils croient que la vie leur laisse, à collectionner
des timbres, des monnaies, des médailles, des potiches, des cartes postales,
des boîtes d’allumettes, des livres, des montres, des chandails de sport,
des autographes, des pierres, des personnages en terre cuite, des canettes vides de boissons rafraîchissantes,
des petits anges, des cactus, des programmes d’opéra, des briquets, des stylos, des hiboux, des boîtes à musique,
des bouteilles, des bonsaïs, des tableaux, des gobelets, des obélisques en cristal, des canards en porcelaine,
des jouets anciens, des masques de carvanal,
poussés probablement par quelque chose que nous pourrions appeler angoisse métaphysique,
peut-être parce qu’ils n’acceptent pas l’idée que le chaos soit le seul arbitre de l’univers,
et donc avec leurs faibles forces et sans aide divine, ils tentent d’introduire un peu d’ordre dans le monde,
ils y réussissent pendant un certain temps,
mais seulement aussi longtemps qu’ils parviennent à défendre leur collection
car quand vient le jour de la disperser et ce jour arrive inéluctablement, à cause de la mort ou de la lassitude du collectionneur,
tout retourne au chaos originel, tout replonge dans le désordre.

(José Saramago)

 

Recueil: Tous les noms
Traduction: Geneviève Leibrich
Editions: Seuil

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ON REVIENT À SON MOI (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2020




On revient à son moi comme à une vieille maison
avec ses clous et ses rainures, c’est ainsi
qu’un homme lassé de lui-même
comme d’un vêtement troué jusqu’aux épaules
tente de marcher nu parce qu’il pleut,
l’être humain aimerait se mouiller dans l’eau pure
ou se frotter au vent nature : il ne parvient
qu’à rentrer dans son puits,
qu’à revenir à l’infime souci
de savoir s’il a existé, s’il a bien « exprimé »,
payé » ou « emprunté » ou « découvert » ,
comme si j’étais, moi, si important
pour que la terre avec son nom végétal, dût
m’accepter ou me repousser
dans son grand théâtre aux murs noirs.

(Pablo Neruda)

 

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Pour détruire un jour d’été (Max Pol Fouchet)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2019



 

Don Hong-Oai  , Pine Peak

Pour détruire un jour d’été
Le seul envol d’un oiseau
Vent froid au revers des plaines
Les hameaux de sang caillés

Notre coeur est nostalgie
Une terre à nos pas inconnue
Regret de ne plus habiter
Et nous n’y avons pas vécu

D’autres chemins jamais foulés
Celui-ci nous semble un otage
Le regret le désir mêlés
Espoir et deuil ont le même âge

La montée d’un aile au soir
Souligne le jour qui tombe
Quelle braise encore empêche
Le feu d’accepter la cendre ?

(Max Pol Fouchet)

Illustration: Don Hong-Oai

 

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L’autre lumière (Gilles Weinzaepflen)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    

L’autre lumière

I
Une fois que la lumière naturelle a perdu tout pouvoir
éclairant, que dans sa pleine intensité elle ne donne
plus à voir que la part d’ombre et qu’ainsi, le processus
d’inversion se met en place, l’autre lumière jaillit.

Ceux qui sont destinés à la recevoir diffèrent sa venue et
n’acceptent que les fragments de ce qui n’a de sens que
dans la totalité.

II
L’autre lumière produit des éclairs répétés et aveuglants.
Celui dont le bonheur visuel défaille sacrifie souvent à
l’aveuglement temporaire qu’elle lui procure. Son être
n’est plus éclairé par une source inégale mais par des
éclairs successifs et identiques, qui ne trouvent de loi
qu’en eux-mêmes. Différente est la lumière du soleil, dont
l’intensité varie.

Ici, il ne s’agit pas d’une lumière pour voir ou être vu,
mais d’une lumière qui voit.

III
Lorsque ces éclairs diminuent puis cessent, l’ébloui se
trouve plongé dans une nuit extrême. Parce que le surcroît de
lumière avec lequel il s’était accoutumé à voir disparaît,
il lui semble que le monde entier s’obscurcit.

Il est nécessaire que l’autre lumière cesse, que l’ébloui
apprenne une seconde fois à voir au moyen de la lumière
naturelle. Le souvenir lumineux témoigne de l’insuffisance
de la lumière naturelle à éclairer le monde. Par lui l’ébloui
va tenter de revenir dans la vision éblouie, à partir de ce
nouveau point de départ qu’est la lumière naturelle.

IV
Dès lors, la nostalgie permet l’illumination complète, qui
consiste en cela : voir dans l’autre lumière, par le seul
moyen de la lumière naturelle dispensée à chacun.

(Gilles Weinzaepflen)

 

Recueil: Noël Jivaro
Traduction:
Editions: Le clou dans le fer

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