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Poésie

Posts Tagged ‘accepter’

Ô insensé (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2019



Illustration: Laurent Fièvre
    
Ô insensé, qui essaies de te porter sur tes propres épaules!
Ô mendiant, qui viens mendier à ta propre porte!
Dépose tes fardeaux entre les mains de celui qui peut tout porter,
et jamais ne jette un regard de regret en arrière.
Ton désir éteint la flamme de la lampe aussitôt que l’atteint son souffle.
Il est profane et ses mains sont souillées; n’accepte aucun don qu’il te tende.
Mais cela seulement que t’offrira l’amour sacré.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique
Traduction: André Gide
Editions: Gallimard

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Tu m’accompagnes partout (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2019



Illustration: Odilon Redon
    
Tu m’accompagnes partout dans ce monde mal fait
Ton poids est plus léger que la buée du premier jour
Je te respire par tous les pores de ma peau triste
Et ton sang reconnaît sans effort le dédale brûlant de mes veines
Dans cette saison de fer je ne me sens plus seul
Car tu me donnes la force d’être ce que je suis
Je mêle l’espoir et la peine, la joie et la souffrance
Je peins la peur et le courage des mêmes couleurs
Je donne à l’ortie et au blé la pluie et le soleil
Je mets la graine et l’épi dans la seule balance
J’accepte sans choisir les larmes et l’amour
J’abandonne le ciel pour cette terre amère
Mais je ferme les yeux pour retenir ton ombre
Immobile et debout dans mon sang ébloui.
Je ne parle qu’à toi de la vie, de la mort.

(Albert Ayguesparse)

 

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LE DÉPART (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019




    
LE DÉPART

En face, l’océan de paix,
Fais démarrer l’esquif, ô Timonier.
Tu seras le compagnon éternel,
Accepte, accepte-moi sur ton giron,
Sur le chemin de l’infini s’allumeront
Les rayons de l’étoile polaire.

Délivreur, ton pardon, ta compassion
Seront les deniers de ce périple pérenne.
Que ce qui t’attache à la terre se dissolve ;
Le vaste univers m’accueille dans ses bras.
Que dans le coeur se fasse connaître
L’identité sans crainte du grand Inconnu.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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Être heureux (Stéphane Bataillon)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2019



Illustration: Elizaveta Porodina
    
Être heureux, c’est faire,
nous dit le livre de l’Ecclésiaste dans l’Ancien Testament.

C’est le sens même du verbe grec « poiein »,
d’où dérive le nom poésie : créer, faire.

Pas faire l’amour, faire un dessin ou son travail,
faire un gâteau ou un sourire.
Mais faire. Tout. Tout ça.

Se mettre dans le mouvement des jours,
accepter ce qui vient sans en attendre plus.

Sans l’héritage du temps.
Sans espérer demain.

(Stéphane Bataillon)

 

Recueil: Où nos ombres s’épousent Vivre l’absence
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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AUTANT SE TAIRE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2019




    
AUTANT SE TAIRE

Autant se taire
Faut-il se taire
ou inscrire sur le bleu du ciel
ces nuages de souvenirs
que la mémoire a déjà chassés
Tout est prêt pour l’oubli
qu’on appelle l’éternité
ou la seconde insaisissable
Tout pour le silence
et ce grand vide du sommeil
alors que les rêves vous accusent
et que le remords devient un compagnon
Le moment est-il venu
de refuser ce qui est inévitable
et d’accepter tant de temps perdu
contempler ses mains vides
comme si elles n’étaient que des sabliers
Passe le sable passe le temps
passent les secondes et les années

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et Poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Ce qui manque à la parole (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2019



Illustration: Karen LaMonte

    
Ce qui manque à la parole

Oublier, c’est aimer :
je t’oublie pour te retrouver
tu t’éloignes pour que revienne
le mystère de ta présence
je te parle et tu me parles
pour que s’échappe de nous
ce qui manque à la parole.

Oublier ? Le corps n’oublie pas
ses blessures, ses éveils, ses désirs
mais veut-il se souvenir
de leur secrète source ?
Oublier, c’est aimer :
c’est se fondre
au diapason des jours
à la mélodie des espaces

c’est accepter de ne plus savoir
pour connaître

et de ne plus connaître
pour exister.

Oublier, c’est aimer.

(Alain Suied)

Recueil: Sur le seuil invisible
Traduction:
Editions: Arfuyen

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Après l’Hiver (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Après l’Hiver
N’attendez pas de moi que je vais vous donner
Des raisons contre Dieu que je vois rayonner ;
La nuit meurt, l’hiver fuit ; maintenant la lumière,
Dans les champs, dans les bois, est partout la première.
Je suis par le printemps vaguement attendri.
Avril est un enfant, frêle, charmant, fleuri ;
Je sens devant l’enfance et devant le zéphyre
Je ne sais quel besoin de pleurer et de rire ;
Mai complète ma joie et s’ajoute à mes pleurs.
Jeanne, George, accourez, puisque voilà des fleurs.
Accourez, la forêt chante, l’azur se dore,
Vous n’avez pas le droit d’être absents de l’aurore.
Je suis un vieux songeur et j’ai besoin de vous,
Venez, je veux aimer, être juste, être doux,
Croire, remercier confusément les choses,
Vivre sans reprocher les épines aux roses,
Être enfin un bonhomme acceptant le bon Dieu.

Ô printemps ! bois sacrés ! ciel profondément bleu !
On sent un souffle d’air vivant qui vous pénètre,
Et l’ouverture au loin d’une blanche fenêtre ;
On mêle sa pensée au clair-obscur des eaux ;
On a le doux bonheur d’être avec les oiseaux
Et de voir, sous l’abri des branches printanières,
Ces messieurs faire avec ces dames des manières.

(Victor Hugo)

Illustration: Piel-Colombo

 

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Acceptez-vous quelques piquants? (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019



Acceptez-vous quelques piquants?
a-t-on demandé au rosier.

(Pablo Neruda)

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Garder le cap (Pierre Oster)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2018



Illustration: Wordart Nuages de Mots    
    
Garder le cap dans la nuit de la langue.
Accepter l’attraction des mots simples
(ce haut tropisme délicieux).

(Pierre Oster)

 

Recueil: Paysage du Tout
Traduction:
Editions: Gallimard

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PLUTOT QUE DE DEVOIR MOURIR (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2018



 

Igor Morski   (4)

PLUTOT QUE DE DEVOIR MOURIR

Homme, plutôt que de devoir mourir,
Que n’accepterais-tu de devenir ?
Bien volontiers tu descendrais l’échelle
Et de bon coeur tu manierais la pelle,
Toi comte, si fier de ton rang hautain,
Tu accepterais d’être ton larbin,
Et dépouillant bagues, bracelet-montre,
Tu décrotterais les chevaux sans honte.
Toi, l’évêque, pour qu’on ne cloue tes planches,
De ton linceul, tu trousserais les manches.
Pour mieux serrer l’outil, grand magistrat,
Tu graisserais tes paumes d’un crachat.
Où s’en vont les morts? Effrayant mystère…
Tu serais vacher, pour rester sur terre,
Voire équarisseur — et non pour un an,
Mais pour tout un siècle. Des nuits durant,
Bringueballant par la boue et le noir,
Tu ferais le maquignon dans les foires.
Tu irais encor plus bas sans façon :
Tu passerais les briques au maçon ;
Tu laverais les tripes nauséeuses
Dans des cours glacées, pauvre miséreuse…
Car tu accepterais de devenir
N’importe quoi plutôt que de mourir :
Bohémienne, s’il le fallait, ou nègre,
Esquimau, nain, bouffon… D’un coeur allègre,
Tu abandonnerais même à jamais
Ton humaine forme, et tu te ferais
Oiseau migrateur, corbeau, ou encore
Renard affamé, cheval aux yeux morts ;
Ou rien qu’un arbre, un rosier, par exemple,
Voire un saule creux… Ou l’herbe qui tremble,
Ou l’insecte qui habite dessous ;
Moins encore : un ver ou même la boue,
Ignoble berceau mais qui a sa part
Du chaud soleil et lui rend son regard.

(Gyula Illyès)

Illustration: Igor Morski 

 

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