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Poésie

Posts Tagged ‘accomplissement’

PRODIGUE NUIT (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2019




Illustration: ArbreaPhotos Saint Jean Pied de Port – Roncevaux
    

PRODIGUE NUIT
Rater dan

Au bout du chemin le jour s’éteint,
l’heure du chant se meurt que voici —
que te reste-t-il pour passer la nuit ?

Elle n’est point stérile la nuit,
elle qui dans l’obscurité fait éclore
la fleur aux regards dérobée,
celle qui sous l’âpre feu du jour
ne put s’épanouir,

celle dont le grain de miel
fut au coeur du bois si enfoui
que l’abeille de ton jardin
lasse d’en requérir vainement
la grâce s’en fut par le ciel
il y a longtemps.

La fleur dans les ténèbres éclose
ne se porte pas à la chambre
ni ne sera tressée en couronne ;
seulement à la faveur de sa fragrance
elle me rend sensible au coeur
le regard que jadis je perdis
parmi l’épaisse foule du jour,
les mots sombrés dans le silence.

Elle n’apporte que le nom
de ce que je ne pus saisir,
que l’éperdue souvenance
de ce qui pût advenir.

La brassée d’étoiles lointaines
de mon rêve que portait la nuit
jamais ne se fit prendre.
La fleur de nuit me parlera
dans mon recueillement du distant,
me fera ressentir l’insaisissable
accomplissement des choses.

Ce don ultime du chemin
don hors visibilité hors atteinte
te comblera à l’heure du départ.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’écrin vert
Traduction: Saraju Gita Banerjee
Editions: Gallimard

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AUTOMNE (Marie-Claire d’Orbaix)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2019



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AUTOMNE

Nul soleil
au jardin,
sauf dans l’arbre
et sa fanfare de feuilles.

Nul mouvement
au jardin,
sauf les gestes légers du vent
dans l’accomplissement de la lumière.

Nulle parole
au jardin,
sauf un murmure de papier,
et, goutte à goutte,
l’aumône des feuilles
vers le sol pauvre

(Marie-Claire d’Orbaix)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Quelquefois (Patrizia Cavalli)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2018



 

Juliette Brigand-Damville 8

Quelquefois

Et la fièvre incapable de se consumer
se condense dans un geste en souffrance
de tout accomplissement. Et quelquefois
je reçois des visites.

(Patrizia Cavalli)

Illustration: Juliette Brigand-Damville

 

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Comment la confiance peut-elle vivre ? (Karyn Boyle)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2018



Comment la confiance peut-elle vivre ?

Autour de nous tout s’effondre
et s’effondrera plus encore
jusqu’à ce qu’il ne reste pas pierre
pour soutenir notre pied.
Comment peux-tu croire encore,
toi qui n’as pas d’objet de foi ?
Comment la confiance peut-elle vivre
ainsi, sans aucune racine ?

Est-elle elle-même racine ?
Est-elle elle-même la graine
et l’arbre du monde lui-même croît-il
d’elle ?
En ce cas notre destin réside
chez les cœurs taciturnes.
Pour l’amour de leur silence
le jour peut poindre de nouveau.

Pour l’amour de leur plénitude
le chaos peut fleurir
de la puissance des merveilles – qui se taisent
mais veulent être crues.
Tout peut être brisé.
Il guérira de nouveau
tant que reste vivant
notre germe le plus intime.

Venez, tout ce qui croît intégralement
dans une transparente évidence,
à nous, nous qui comptons
et sommes sur nos gardes,
apprenez-nous que ce jour
où nous cesserons de compter
sera l’accomplissement de notre vie
et notre puissance d’avenir !

(Karyn Boyle)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

 

 

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Dans le vent la pluie et dans le soleil (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



 

Gurbuz Dogan Eksioglu (4)

Dans le vent la pluie et dans le soleil
moi vêtu de l’or de l’accomplissement
et vêtu de la brume du vide

dans le coucher du soleil dans la brise et dans la tempête
qui auréole ma barque la pousse ou la chavire

entre moi dans la pluie et moi dans la lune
qui donc établit le voyage sans itinéraire
qui sait mesurer la longueur de lance de sa parole
et qui sait peser le poids de son geste
et voir limpides l’élan et la blessure

le papillon est allègre au mur de sa mort hâtive
et la mante religieuse dévore sa passion avec sa mort

Moi avec ma vie et mon compas de vie je saute les précipices
en attendant le pont que je construirai rudement
entre mes masques francs qui se connaissent et s’ignorent

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

 

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Derrière le portail (Eva Broch Pierrakos)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



Derrière le portail de la faiblesse éprouvée
se trouve votre force

Derrière le portail du chagrin éprouvé
se trouvent votre plaisir et votre joie

Derrière le portail de votre peur éprouvée
se trouve votre sécurité

Derrière le portail de votre solitude éprouvée
se trouve votre capacité d’accomplissement, d’amour et de camaraderie

Derrière le portail de votre haine éprouvée
se trouve l’accès à l’amour

Derrière le portail du désespoir éprouvé
se trouve le véritable espoir

Derrière l’acceptation des manques de votre enfance
se trouve votre complétude.

(Eva Broch Pierrakos)

Découvert ici: https://blograinbowdreamer.wordpress.com/

Illustration

 

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Le lamantin (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2017




    
Le lamantin est un être de première main.
Il n’adhère à aucun credo.
Il ne vise aucun au-delà.
Se moque du lendemain.
Peines ou récompenses, paradis ou enfer
— tout cela l’ennuie, insondablement.
Il ne cherche pas à être respectable —
il croît en profondeur.
Il ouvre au silence.
Le lamantin s’exprime —
dans l’insoumission de son discret vertige.

Le lamantin célèbre la lenteur,
la haute justesse des ralentis internes.
Il ne croit pas
au salut par procuration.
Il parie sur
la sagesse
de son propre frémissement.
Il sait s’abandonner;
se laisse inspirer,
renonce à tout point de vue.
La conscience totale est sa seule méthode.
Le lamantin est toujours hors sujet.

Le lamantin n’a aucun principe —
sinon l’absence de tout fondement.
Il porte en lui le grand mystère.
Flotte dans l’inconcevable.
Il ne cherche pas la compétition,
mais l’accomplissement.
Il sort du temps à volonté.
C’est un saint doué d’humour.
Il n’a nul souci d’avoir raison.
N’a que faire
de la mauvaise conscience chronique.
Il préfère l’ouverture à l’amertume.
Le lamantin ne communique pas —
il communie en permanence.

Le lamantin se tient à l’embouchure,
comme un prisme de la création.
Il a le temps,
il fait la planche entre deux eaux.
Il devine
qu’il est une image possible de Dieu —
mais ne s’en soucie guère.
Un bijou facétieux
que n’épuise pas le poids du savoir.
Il sait être grave, mais avec élégance.
Il est pur accueil —
jusqu’à se faire balafrer
par les hélices des hors-bord.
Le lamantin est un Grand Commençant.

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Satori Express
Editions: Le Castor Astral

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Le Jardin de la Vieillesse (Marianne Dubois)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017


 

Le Jardin de la Vieillesse

Vieillesse heureuse et infinie
Eclairée de l’intérieur,
Vieillesse glorieuse,
Accomplissement de vie
Dont la mort est la suprême étincelle,
Sois bénie dans ta beauté,
Dans ta douce plénitude.

Lorsque toutes les guerres se sont tues
Au coeur de nous-mêmes,
Lorsque tous les désirs s’effacent
Dans la confiance,
Chaque jour, comme un diamant,
Scintille au soleil du grand âge.
La joie se profile et s’élargit
Au-delà de toute frontière.

Les mondes se mélangent
Et dévoilent leur unité première.
Si le coeur, avec les ans,
Peut grandir plus loin que ses limites
Le courant d’amour qui nous relie
Guérira nos misères
Les croyances qui nous divisent
Pourront se dissoudre
Et cet élan de la conscience nous portera
Vers d’incroyables contrées
La puissance de l’esprit,
Le pouvoir du partage
Régneront peut-être,
Si nous leur donnons
Les ailes de l’intuition
Et le souffle royal d’une audace enflammée.

(Marianne Dubois)

Illustration

 

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Femme formant, de ses jambes la voile d’un albatros (Gérard Le Gouic)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2017



Femme formant, de ses jambes
la voile d’un albatros,
et je m’amarre à elle.
Alors dans mon visage passe
avec un moment d’avance
ce qu’elle reconnaîtra sur le sien
l’inconfort du lien,
l’anxiété de l’accomplissement,
l’attente de la montée
et tout à coup l’éclair
qui ferait accepter le fer rouge.

(Gérard Le Gouic)

Illustration: Eric Fortune

 

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La Mer du Nord (Herwig Hensen)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2017



 

La Mer du Nord

Vent, vent salé au goût de moules et de crevettes,
et, à tous les horizons rien qu’un ourlet de brunie.
Tels sont les lointains que je me suis choisis :
évasifs à mon atteinte;

et tel est le souci qui, sans repos,
d’en haut, d’en bas, dirige ma recherche.
Ce ne peut être tout que le toucher et la vue,
les sons, tes goûts, les odeurs.

Découvrir est le premier jeu des sens
(Mordez le vent et l’eau entre la langue et la lèvre);
mais, s’il est détaché de la connaissance des choses,
aucun accomplissement ne peut commencer.

La mer est là. Elle ne cesse de s’assaillir elle-même
en un rythme aveugle dont elle ne guérit jamais.
Nous, cependant, par l’esprit nous nous élevons
à la verticale, au-dessus de l’apparence des choses.

(Herwig Hensen)

Illustration

 

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