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Poésie

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REINE DES BOIS (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




REINE DES BOIS

AUJOURD’HUI la Présence
M’a mis sous les yeux
La reine des bois à la blanche écume
De pétales immaculés,
Les quadruples étoiles innombrables
Ouvrent des coeurs de vie,
Dans un jardin de Londres
Elles poussent en un bois printanier
Devant la cité et derrière
Des machines dont le bruit
Déchire le ciel.
Les blanches étoiles
N’entendent pas; elles me disent
« Les bois existent toujours ».
Le muguet
Recherche le terreau de feuilles
Et les merles
Bâtissent de nouveau, réparent
Les accrocs que nous faisons
Dans les temps et dans les lieux.
Les bois immémoriaux
Sont ici, sont tout près,
Les blanches étoiles passent
L’invisible frontière:
« Viens à nous », disent les fleurs,
« Nous te montrerons le chemin. »

***

WOODRUFF

TODAY the Presence
Has set before me
Woodruff’s white foam
Of petals immaculate,
Fourfold stars numberless
Open life’s centres,
In a London garden
They grow in a spring wood
Before the city and after
Machines whose noise
Tears the sky.
The white stars
Do not hear; they tell me
The woods are always’.
Lily-of-the-valley
Feels for loam of leaves
And the blackbirds
Build anew, repair
The rents we tear
In times and places.
Immemorial woods
Are here, are near,
The white stars cross
The invisible frontier:
`Come to us’, the flowers say,
` We will show you the way.’

(Kathleen Raine)

 

 

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L’ordre logique s’effondra (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2017



 

L’ordre logique s’effondra avec le toit
nous applaudissions les pluies entre nos murs
rapiécions avec ferveur les accrocs des toiles d’araignée
Nous étions fétichistes
irrévérencieux
ma mère tirait les cartes aux merles moqueurs
mon père frappait le sable
frappait Dieu
à la saignée des nuages
sur le dos courbé de l’air
Notre salut viendrait de la nature
nous attraperions les rousseurs des automnes
le dénuement de l’hiver
nous finirions en sarments
en fagots
pour affronter les colères brèves des résineux.

(Vénus Khoury-Ghata)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Hans Thoma

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Dans cette rue où tout s’écoule Sans accroc (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2017




    
Dans cette rue où tout s’écoule
Sans accroc, tout marche sans faille,
Il arrive pourtant qu’en plein jour
Se produise un effondrement :
Une vieille dame qu’on aide à se
Relever, à s’asseoir sur un banc.

« Oh, non non, ce n’est rien ;
Mais pas à l’hôpital ! »
Reposez-vous un peu
Ici, en attendant… »
« Oh, j’ai bien tout le temps,
Personne ne m’attend… »
Ioi, ce jour, entre terre et ciel,
Une vérité est dite : «J’ai bien
Tout le temps, personne ne m’attend. »

Oh, nous les passants trop pressés,
Sommes-nous sûrs d’être attendus?
Sûrs d’avoir encore tout le temps?

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Nous avançons bras battant l’air moulins à vent contre quel don quichotte ? (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2016


 

Nous avançons bras battant l’air
moulins à vent contre quel don quichotte ?
joueurs de quel colin-maillard?
yeux bandés vers quel partenaire ?
banderilleros de quelles paroles
aux flancs de quel taureau hagard ?

Nous dansons dans l’arène entre les coups
de corne et les bravos d’un vieux public
qui veut des habits de lumière
sans jamais d’accrocs aux culottes
nous mourrons sous les vivats, nous
enduits d’un sable rouge oh ! si lyrique…

(Robert Mallet)

Illustration

 

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Autre Icare (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2016


 

Autre Icare

Cela tient du vent, cela tient au vent.
Cela n’est qu’un accroc que l’on fait au passage,
Un noeud que l’on fait au fil fugace du temps

Et nous sentons bien qu’à travers
ce mince filet qu’on a fait,
Ces faibles appuis qu’on a pris
sur le cours de notre en-allée
Et ces liens ingénieux tendus
à travers des espaces trop vides,

Il n’y a qu’un cri au fond qui persiste,
Il n’y a qu’un cri
d’un lien persistant

Où les tiges des fruits sont déjà rompues,
Tes attaches des fleurs et pétales de fleurs
sont déjà rongés
Où ces ailes de plumes de notre coeur de cire
sont déjà détachées
Et plumes au vent, plumes flottant au vent
par-dessus cette noyade
Sans port d’attache.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Henri Matisse

 

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