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Poésie

Posts Tagged ‘accroître’

Tu lis, voyageur (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2018



Illustration: Ousmane Dermé 
    
Tu lis, voyageur, et tu passes d’un monde
à l’autre. Tu es le chemin
entre la masse noire des arbres
et la quiétude d’un jardin de fleurs.

Tu lis perdant que le jour se perd, mais toi
réunifiant ton être dispersé,
tu t’accrois de silencieuses paroles
et la monnaie des sources sonne sous tes pas.

Et lorsque le ciel descend dans les poitrines
tu es le lieu du souffle, aussi loin que possible
toi-même et devant toi.

Si quelquefois tu te heurtes
à l’éclair, c’est que tu croyais avoir perdu
pied dans la blancheur et l’inconnu.

Un instant tu as oublié le nom
des choses : la nuit est vide,
l’heure n’est plus cette écriture
du sable et des oiseaux.

Un instant tu es entré dans
la non-vision du soleil, dans
l’immobile minuit, dans la cave
de l’impossible naissance

Du monde il n’y avait nulle
apparence, nul être, pas même
la trace d’un brin d’herbe ou l’hypothèse

D’un nuage, ni début ni fin,
seulement cette mesure de l’in-
connaissable et la parfaite absence.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Petites leçons d’érotisme (Giaconda Belli)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



 

Illustration: François Joxe
    
Petites leçons d’érotisme

1
Parcourir un corps dans son extension de voile
C’est s’ouvrir sur le monde
Traverser sans boussole la rose des vents
Îles golfes péninsules digues battues par des vagues furieuses
Pour être plaisante, ce n’est point tâche facile
Ne pense pas y parvenir en un jour ou une nuit de draps en bataille
Il est des secrets dans les pores pour combler tant de lunes

2
Le corps est une carte astrale en langage chiffré
Découvres-tu un astre, peut-être te faudra-t-il alors
Changer de cap lorsque nuée ouragan ou hurlement profond
Te feront tressaillir
Conque de la main que tu ne soupçonnais pas

3
Parcours plusieurs fois telle étendue
Découvre le lac aux nénuphars
Caresse de ton ancre le centre du lys
Plonge suffoque distends-toi
Ne te refuse point l’odeur le sel le sucre
Les vents profonds cumulus rhumbs des poumons
Brume dans le cerveau
Tremblement des jambes
Raz-de-marée assoupi des baisers

4
Attends pied dans l’humus sans peur de la fatigue sans hâte
Ne prétends pas atteindre le terme
Retarde l’entrée au paradis
Place ton ange retombé ébouriffe sa dense chevelure
De l’épée de feu usurpée
Croque la pomme

5
Sens
Ressens
Échange des regards salive imprègne-toi
Tourne et retourne imprime des sanglots peau qui s’éclipse
Pied découverte à l’extrémité de la jambe
Suis cherche secret du pas forme du talon
Courbure de la démarche baies croquant une allure cambrée
Savoure…

6
Écoute conque de l’oreille
Comme gémit l’humidité
Lobe qui s’approche de la lèvre rumeur de la respiration
Pores qui se dressent formant de minuscules montagnes
Sensation frémissante de peau insurgée au toucher
Pont suave nuque descends à la houle poitrine
Marée du coeur susurre à ton oreille
Découvre la grotte de l’eau

7
Franchis la terre de feu la bonne espérance
Navigue fou là où se rejoignent les océans
Traverse les algues arme-toi de coraux hulule gémis
Émerge avec le rameau d’olivier pleure fouissant des tendresses
occultes
Dé‚nude des regards stupéfaits
Éveille le sextant depuis le haut des cils
Hausse les sourcils dilate les narines

8
Aspire soupire
Meurs un peu
Doucement lentement meurs
Agonise contre la pupille accrois la jouissance
Plie le mât gonfle les voiles
Navigue cingle vers Vénus
Étoile du matin
— la mer comme un vaste cristal étamé —
endors-toi naufragé‚.

(Giaconda Belli)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Vis lumineux (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2018


lumiere

vis lumineux crée un poème et va:
accrois l’espace de la terre

(Adonis)

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Ce qui s’inscrit sous les paupières de la passion (Sylvie Fagre G.)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2018



    

Ce qui s’inscrit sous les paupières de la passion,
qui saura m’en révéler la source ?

Une forme légère, et pourtant très certaine, moule son chemin en moi.
Elle chatoie, est-ce mon âme, et me tend, avide soudain du dévoilement
et du centre, sa musique qui résonne jusqu’en la plus secrète de mes ramures.

À travers elle, c’est le coeur de mes demeures coutumières que je vois,
et ce qui me guide n’est plus seulement cette ardente nudité de la chair
mais une marque inscrite qui dit : aucune porte ne se ferme,

Ô donnez-moi la grâce d’être toujours dans cette touche de la félicité.
Et ainsi se cherche le nom au creux d’un visage qui serait la lumière.
Et l’on ne voit dans son absence que flamme accrue de l’ombre.
Et l’on pressent, éblouie, sa forme parfaite.

Savoir où fixer son regard.
Ordonner cette quête,
quitter le tourbillon
de lumière et de nuit
qui nous enferme.

(Sylvie Fagre G.)

 

Recueil: Frère humain
Traduction:
Editions: L’AMOURIER

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Le grand obstacle, c’est toujours la représentation et non la réalité (Etty Hillesum)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018




    
Je sais comment libérer peu à peu mes forces créatrices des contingences matérielles,
de la représentation de la faim, du froid et des périls.

Car le grand obstacle, c’est toujours la représentation et non la réalité.
La réalité, on la prend en charge avec toute la souffrance,
toutes les difficultés qui s’y attachent – on la prend en charge,
on la hisse sur ses épaules et c’est en la portant que l’on accroît son endurance.

Mais la représentation de la souffrance – qui n’est pas la souffrance,
car celle-ci est féconde et peut vous rendre la vie précieuse – il faut la briser.

Et en brisant ces représentations qui emprisonnent la vie derrière leurs grilles,
on libère en soi-même la vie réelle avec toutes ses forces,
et l’on devient capable de supporter la souffrance réelle,
dans sa propre vie et dans celle de l’humanité.

(Etty Hillesum)

 

 

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Tu ne sais que marcher (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2018




Tu ne sais que marcher La nuit et la peur te harcèlent
Et aussi la soif Mais à chaque pas la hantise de faire
fausse route D’accroître encore la distance Tu cherches
le lieu Le lieu et le nom Le nom qui saurait tout dire
de ce en quoi consiste l’aventure

Tu ne sais où tu vas ni ce que tu es ni même ce que tu désires
mais tu ne peux t’arrêter Et tu progresses A moins
que tu ne t’éloignes Sans fin tu erres te traînes rampes
tournes en rond Et tu renonces Et tu repars jusqu’à
n’être plus qu’épuisement

Survient l’instant où tu dois faire halte Faire ton deuil
du lieu et du nom Et à l’invitation de la voix définiti-
vement tu renonces t’avoues vaincu Alors tu découvres
que tu auras chance de trouver ce que tu cherches si préci-
sément tu ne t’obstines pas à le chercher

lu repars Des forces nouvelles te sont venues Ton
œil qui s’écarquille n’est plus dévoré par la soif Tu ne
sais où tu vas mais tu connais ce que tu es

Tu avances d’un pas tranquille désormais convaincu que
le lieu se porte à ta rencontre Le lieu où mûrir l’hymne
la strophe le nom Qù jouir enfin de ce qui s’est jusque-là
dérobé

(Charles Juliet)

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Yeux d’azur (Constantin Cavàfis)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2017




    
Yeux d’azur

Circassienne beauté, ces brasiers lumineux
ne sont pas faits pour le mépris qui blesse,
ou la fureur. Ils offrent, flambeaux généreux,
l’amour qui va nous rendre heureux,
du plaisir la douce promesse.

S’ils étaient faits pour éloigner un coeur aimant,
accroître ses souffrances,
s’ils étaient envoyés par un dieu inclément,
alors la différence

serait nette, et la voûte tranquille des cieux
ne leur donnerait point ce bleu turquoise,
le soleil bienfaisant se soucierait fort peu
de leur offrir ce même feu
qui de désir son corps embrase.

(Constantin Cavàfis)

 

Recueil: Tous les poèmes
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Le miel des Anges

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A l’affût (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
à l’affût : quelques mots suffisent,
s’ils viennent d’eux-mêmes,

de préférence une syllabe,
par exemple, fruit ou plaine,
lorsqu’ils tressaillent,

accroissant la gorge,
emplissant le corps.

(Pierre Dhainaut)

 

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Heureux les semeurs (Avraham Ben-Yitzhak)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2017



Illustration: Paul Hannaux
    
Heureux les semeurs

Heureux les semeurs qui ne moissonnent pas
car ils erreront au loin.

Heureux les prodigues dont la jeunesse splendide
accrut la lumière des jours et leur largesse
et qui abandonnèrent leurs parures à la croisée des chemins.
Heureux les orgueilleux dont la fierté franchit les limites de l’âme
et devient humble comme la blancheur
après que l’arc-en-ciel s’est levé dans la nuée.

Heureux ceux qui savent que leur coeur clamera dans le désert
et que sur leurs lèvres fleurira le silence.

Ils seront recueillis dans le coeur du monde
ils seront enveloppés du manteau de l’oubli
et leur lot immuable refusera toute parole.

(Avraham Ben-Yitzhak)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: E. Moses
Editions: Gallimard

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Les oreilles d’Amaranthe (Pierre de Marbeuf)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



 

Charles Edward Perugini XXL

Les oreilles d’Amaranthe

Oreilles, la nature en coquillant qui gire
Vos petits ronds voutés de long et de travers,
Fait en vous un dédale, où bien souvent je perds
Le langage amoureux que pour vous je soupire.

Ô portes de l’esprit, par où le doux Zéphyre
Fait entrer sur son aile et l’amour et mes vers,
Chastes chemins du coeur qui toujours sont ouverts
Pour ouïr les discours d’un pudique martyre,

Oreilles l’abrégé de toutes les beautés,
Petits croissants d’amour, accroissez les bontés
De ma chère Amaranthe, afin qu’elle m’allège !

Mais quoi par vos faveurs pourrais-je la toucher ?
Ma voix qui n’est que feu n’ose vous approcher,
Pource que vous avez la blancheur de la neige.

(Pierre de Marbeuf)

Illustration: Charles Edward Perugini

 

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