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Poésie

Posts Tagged ‘accueil’

Oublie ta fatigue (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2020



oublie ta fatigue

refuse de convenir
que tu as marché
en vain
jusqu’à ce jour

oublie ta fatigue

étouffe la voix
qui t’invite
à renoncer
et sache faire
meilleur accueil
à ton besoin
du retour

oublie ta fatigue

dresse-toi
à nouveau

chemine
à nouveau

n’admets pas
que ta patrie
soit l’exil

(Charles Juliet)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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Ah, élan du souffle (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2020



Dans l’Ouvert, toutes choses se révèlent présences
Leur voie n’est point écoulement-épuisement
Présence à présence, elles se suscitent et s’élèvent
Transformant la marche droite et horizontale
En fumée bleue de l’accueil. Corps ailés tendus
Vers le clair et le haut, mouvement même du Tao

Ah, élan du souffle, pur jaillissement, chant!

(François Cheng)

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Ondine (Seamus Heaney)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2020


ondine

 

Il taillada les ronces, ramassa la vase grise
Afin de me donner droit de passage dans mes propres drains
Et je me mis à courir pour lui, vive, lavée de ma rouille.
Il fit halte, me vit enfin dévêtue,
Eau claire, insoucieuse en apparence.
Puis il marcha à mes côtés. Là où les fossés se croisent
Près de la rivière, je clapotai et bouillonnai
Jusqu’à ce qu’il enfonce une pelle loin dans mon flanc
Et m’étreigne. J’avalais sa tranchée
Avec gratitude, me répandant par amour
Dans ses racines, remontant dans ses graines cuivrées –
Mais dès qu’il vit la force de mon accueil, moi seule
Pouvais le grandir et lui être miroir subtil.
Il m’explosa si complètement que mon corps perdit
Sa liberté froide. Humaine, touchée par lui.

(Seamus Heaney)

 

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Nous nommons que des visages (Serge Pey)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2020



 

Nous nommons
que des visages

le visage de la table
et non la table
Le visage du vin
et non le vin
le visage de l’escalier
et non l’escalier

Quand on nomme
la Table
le Vin
ou l’escalier
on nomme le visage
d’une fenêtre
la fenêtre de la Table
du vin et de l’escalier

On apprend beaucoup
à regarder les fenêtres

celles où les fleurs rouges
trouent le linge pur du ciel

Les fenêtres veillent
et attendent les visages
devant elles

Mais comment nommer
le visage de la fenêtre
le visage vide de la fenêtre

Pour cela il faut
le visage du vin
celui de la table
ou celui de l’escalier
puis ensuite vider
son visage de son visage

Être une fenêtre pour se pencher
à l’intérieur du monde :

Le visage du vent sur

les fleurs rouges
et le linge pur du ciel
nous attachent soudain les yeux

Je continue la poésie
Le poète a toujours
pour tâche de continuer
la poésie
et non d’écrire des poèmes

Si l’on considère que la poésie
est une pensée
dont le travail est de penser
que de l’inconnu
la poésie n’est pas une philosophie
mais une façon d’accueillir
un inconnu avec notre inconnu
La poésie est la capacité d’accueil
des inconnus

En détruisant le précédent
poème le poète le continue

En inventant un nouveau poème
il fait revenir la poésie
à ce qu’elle ne connaît pas

Plus le poète est dans le non-connu
comme le bleu du ciel
plus il invente
sa définition

Je ne parle pas du feu
avec le feu
mais avec l’eau
ou je ne parle pas du ciel
mais avec la terre
je le reproduis

Le dernier poète qui sera hors de la
poésie
sera seul à autoriser à continuer
la poésie

(Serge Pey)

Illustration: René Magritte

 

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Oh amour, rayon fou, oh menace de pourpre (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019



Oh amour, rayon fou, oh menace de pourpre
tu viens me voir, grimpant par ton frais escalier
au château que le temps a couronné de brumes,
à mon coeur enfermé dans ses pâles murailles.
Personne ne saura que la seule douceur
fit peu à peu des cristaux durs comme des villes,
que le sang a ouvert d’infortunés tunnels
sans que sa monarchie ait surmonté l’hiver.
C’est pour cela, amour, que ta bouche, ta peau,
ta lumière et tes peines sont le patrimoine
vivant, dons sacrés de la pluie, de la nature
dont l’accueil fait lever la promesse du grain,
la tempête du vin secrète dans les caves,
le flamboiement souterrain de la céréale.

***

Oh amor, oh rayo loco y amenaza purpúrea,
me visitas y subes por tu fresca escalera
el castillo que el tiempo coronó de neblinas,
las pálidas paredes del corazón cerrado.
Nadie sabrá que sólo fue la delicadeza
construyendo cristales duros como ciudades
y que la sangre abría túneles desdichados
sin que su monarquía derribara el invierno.
Por eso, amor, tu boca, tu pie, tu luz, tus penas,
fueron el patrimonio de la vida, los dones
sagrados de la lluvia, de la naturaleza
que recibe y levanta la gravidez del grano,
la tempestad secreta del vino en las bodegas,
la llamarada del cereal en el suelo.

(Pablo Neruda)

Illustration: René Julien

 

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L’absolue poésie (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019



Aussi l’absolue poésie
est-elle l’accueil du silence.
Sa demeure hors les mots
en la nuit du dedans-sans-dehors
dans l’Indéterminé

Aussi l’absolue poésie
échappe-t-elle
à l’emprisonnement de la langue,
aux épaisseurs de ses murs,
à la fausse profondeur de ses ombres

Aussi l’absolue poésie
est-elle aussi virginale
aussi silencieuse
que la mort toujours présente
à la racine aveugle du regard

Notre propre infini nous échappe

(Michel Camus)

Illustration: Ernesto Arrisueño

 

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Le fruit est le résumé de l’arbre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2019



Le fruit est le résumé de l’arbre,
l’oiseau est le résumé de l’air,
le sang est le résumé de l’homme,
l’être est le résumé du néant.

La métaphysique du vent
s’informe de tous les résumés
et du tunnel que creusent les paroles
par-dessous tous les résumés.

Car la parole n’est pas le cri,
mais l’accueil ou le congé.
La parole est le résumé du silence,
du silence, qui est le résumé de tout.

***

El fruto es el resumen del árbol,
el pájaro es el resumen del aire,
la sangre es el resumen del hombre,
el ser es el resumen de la nada.

La metafísica del viento
se notifica de todos los resúmenes
y del túnel que excavan las palabras
por debajo de todos los resúmenes.

Porque la palabra no es el grito,
sino recibimiento o despedida.
La palabra es el resumen del silencio,
del silencio, que es resumen de todo.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Odilon Redon

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Ritournelle (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



 

Philippe Loubat _n

Ritournelle

Dans la plaine blonde et sous les allées,
Pour mieux faire accueil au doux messidor,
Nous irons chasser les choses ailées,
Moi, la strophe, et toi, les papillons d’or.

Et nous choisirons les routes tentantes,
Sous les saules gris et près des roseaux,
Pour mieux écouter les choses chantantes,
Moi, le rythme, et toi, le choeur des oiseaux.

Suivant tous les deux les rives charmées
Que le fleuve bat de ses flots parleurs,
Nous vous trouverons, choses parfumées,
Moi, glanant des vers, toi, cueillant des fleurs.

Et l’amour, servant notre fantaisie,
Fera, ce jour-là, l’été plus charmant :
Je serai poète, et toi poésie ;
Tu seras plus belle, et moi plus aimant.

(François Coppée)

Illustration: Philippe Loubat

 

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Je l’aime (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018




    
Je l’aime et le lui dis toujours en mêmes mots,
Avec de vieux frissons toujours, toujours nouveaux.
Mon cœur changeant, pour elle est demeuré le même ;
C’est mon ancienne voix qui lui dit que je l’aime ;
Et de l’accueil heureux le baiser coutumier,
Ô mystère d’amour ! est toujours le premier !
Ma pauvre âme blasée aux choses de la vie,
Dès que je la revois, en est toute ravie !
C’est elle qu’en mon rêve attendri j’acclamais ;
Et celle-là qui m’est si douce, et plus encore,
Celle-là que d’un cœur toujours jeune j’adore,
Je ne l’aurai peut-être à moi, jamais, jamais !…

(Albert Lozeau)

 

 

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Paysages (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



Don Hong-Oai  005

Paysages

Derrière le visage et le geste
Les êtres taisent leur réponse
Et la parole dite alourdie
De celles qu’on ignore ou qu’on tait
Devient trahison

Je n’ose parler des hommes je sais si
Peu de moi

Mais le Paysage

Livré à mes yeux pour son reflet qui
Est aussi son mensonge glisse dans
Mes mots j’en parle sans remords
Reflet qui est moi-même et le visage
Des hommes mon unique tourment

Je parle de Désert sans quiétude
Sillonné des tourmentes du vent
Soulevé aux entrailles
Aveuglé de ses sables
Laissé aux solitudes sans toit
Jaune comme la mort
Qui parchemine
Face contre le soleil

Je parle
Des pas de l’homme si rares
En son aridité
Mais chéris comme le refrain
Jusqu’à l’autre passage
Du vent jaloux

Et de l’oiseau si rare
Qui de son ombre fuyante
Panse les blessures que donne le soleil

Et de l’arbre et de l’eau
Que l’on nomme Oasis
Du nom d’une femme aimée

Et je parle de la Mer rapace qui reprend
Les coquillages aux grèves
Les vagues aux enfants

Mer sans visage
Au cent visages de noyés
Qu’elle enroule d’algues
Rend glauques et glissants
Comme les bêtes marines

Mer insensée telle une histoire sans fin
Détachée de l’angoisse
Pleine de contes de mort

Et je parle de vallées ouvertes
Aux pas fertiles de l’homme
Au désordre de la fleur
De cimes confinées

De montagnes de clarté
Que dévore la fauve course des sapins

Et des sapins qui savent
L’accueil des lacs
La noirceur des sols
Et les sentiers qui errent

Echos de ces visages
Qui hantent nos matins.

(Andrée Chedid)

Illustration: Don Hong-Oai

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