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Posts Tagged ‘accuser’

Malheur à moi (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2019



 

Aaron Westerberg  (7)

Malheur à moi

Malheur à moi ! je ne sais plus lui plaire ;
Je ne suis plus le charme de ses yeux ;
Ma voix n’a plus l’accent qui vient des cieux,
Pour attendrir sa jalouse colère ;
Il ne vient plus, saisi d’un vague effroi,
Me demander des serments ou des larmes :
Il veille en paix, il s’endort sans alarmes :
Malheur à moi !

Las de bonheur, sans trembler pour ma vie,
Insoucieux, il parle de sa mort !
De ma tristesse il n’a plus le remord,
Et je n’ai pas tous les biens qu’il envie !
Hier, sur mon sein, sans accuser ma foi,
Sans les frayeurs que j’ai tant pardonnées,
Il vit des fleurs qu’il n’avait pas données :
Malheur à moi !

Distrait d’aimer, sans écouter mon père,
Il l’entendit me parler d’avenir :
Je n’en ai plus, s’il n’y veut pas venir ;
Par lui je crois, sans lui je désespère ;
Sans lui, mon Dieu ! comment vivrai-je en toi ?
Je n’ai qu’une âme, et c’est par lui qu’elle aime :
Et lui, mon Dieu, si ce n’est pas toi-même,
Malheur à moi !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Aaron Westerberg

 

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AUTANT SE TAIRE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2019




    
AUTANT SE TAIRE

Autant se taire
Faut-il se taire
ou inscrire sur le bleu du ciel
ces nuages de souvenirs
que la mémoire a déjà chassés
Tout est prêt pour l’oubli
qu’on appelle l’éternité
ou la seconde insaisissable
Tout pour le silence
et ce grand vide du sommeil
alors que les rêves vous accusent
et que le remords devient un compagnon
Le moment est-il venu
de refuser ce qui est inévitable
et d’accepter tant de temps perdu
contempler ses mains vides
comme si elles n’étaient que des sabliers
Passe le sable passe le temps
passent les secondes et les années

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et Poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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DANS LE ROYAUME DE PARALDA (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2018




DANS LE ROYAUME DE PARALDA

I
TOUT le jour j’ai écouté leurs voix résonner
Sur les hauteurs de la lande, le royaume du vent,
Esprits sans entraves de l’air,
Leur longue parole perpétuelle ne signifiant
Ni peine ni joie, chant sonore
Que les grands anges des étoiles entendront quand je m’en serai allée.

II
Au repos dans le devenir:
A travers l’azur ils se meuvent
Passifs dans l’étreinte des vents célestes,
Visible fondu dans l’invisible, pour reparaître
En volute et en frange de pure
Vapeur de brume immaculée comme lentement ils se forment et s’amassent
Dans la sérénité éternelle
Sans cesse mêlée de l’union de l’eau et de l’air.

III
Ils n’accusent personne,
Les rayons du soleil couchant, ni ces
Feuilles de trèfle repliées et ces pâquerettes endormies,
La drenne qui chante
Pour moi, pour tout ce qui est à portée de son chant,
Mon voisin le mulot
Qui s’aventure craintivement hors de sa cachette sous la pierre
Accepte les miettes que j’ai répandues;
Du brin d’herbe à la plus lointaine étoile rien ne se refuse
A l’injuste ou au juste; qui sont aussi l’oeuvre
De celui qui a donné tout cela.

IV
Des nuages légers courant sur la colline du nord,
Un moment sombre, puis se dissipant
Pour s’élever en une multitude frémissante
D’ailes, tournant de nouveau, faisant demi-tour, se déversant
En un flot de vent invisible, se condensant
En un noyau noir, pour éclater de nouveau
En une fumée volant au gré du vent, poussière
Élevée dans les airs par la volonté
D’une unique âme en une joie innombrable, et moi
Qui observe m’élève quand s’élève, me déverse quand descend
La nuée des vivants, lis dans le ciel du soir
Le mot sans fin qu’ils épellent, l’extase.

***

IN PARALDA’S KINGDOM

I
ALL day I have listened to their voices sounding
Over the high fells, the wind’s kingdom,
Unhindered elementals of the air,
Their long continuous word meaning
Neither sorrow nor joy, loud singing
Great angels of the stars will hear when I am gone.

II

At rest in changing:
Across the blue they move
Passive in the embrace of the winds of heaven,
Visible melting into invisible, to reappear
In wisp and fringe of pure
Vapour of whitest mist as slowly they gather and come together
In serene for ever
Unbroken comingling consummation of water and air.

III
They accuse none,
Rays of the westering sun, or these
Folding clover leaves and sleeping daisies,
The missel-thrush that sings
To me, to all within the compass of his song,
My neighbour field-mouse
Venturing tremulous from hide under stone
Accepts the crumbs I have scattered;
From grass-blade to farthest star nothing withheld
From the unjust or the just; whom also made
The giver of these.

IV
Swift cloud streaming over the northern hill,
One moment dark, then vanishing
To rise in pulsing multitude
Of wings, turning again, returning, pouring
In current of invisible wind, condensing
In black core, to burst again
In smoke of flight windborne, upborne
Dust moved by will
Of single soul in joy innumerable, and I
The watcher rise with the rising, pour with the descending
Cloud of the living, read in the evening sky
The unending word they spell, delight.

(Kathleen Raine)

Illustration: Pauline Rigot-Müller

 

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CE volume (Álvarez Ortega)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018




    
CE volume, héroïque simplicité,
image d’une prison dans le temps maintenue,

de quoi nous accuse-t-il ?
Que nous refuse-t-il,
si ensemble nous le construisons

et si pour tous ce sera
le suaire, le cercueil – le néant ?

(Álvarez Ortega)

 

Recueil: Genèse suivi de Domaine de l’ombre
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Le Taillis Pré

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Je (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2018



Je

Si je fus tigre et serpent, je m’accuse
D’avoir perdu toute férocité.

J’étais aveugle, en ce temps, bien aveugle
Car je voyais hors de moi seulement.

Lèvres, pourquoi mentir à d’autres lèvres ?
Les mots sont là pour tuer les baisers.

Un oiseau meurt en moi lorsque je chante.
Reviendra-t-il, musique sous les plumes,
Pour me bercer ? Auprès de moi, la mer
Dans une barque en vieux bois de cithare
Vient déposer mes dernières victimes.

(Robert Sabatier)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

 

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Il est vrai que mon apparence est étrange (Joseph Merrick)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



Joseph Merrick
    
Il est vrai que mon apparence est étrange
Mais m’accuser revient à accuser Dieu ;
Si je pouvais me métamorphoser,
Je ne manquerais pas de vous satisfaire.
Si je pouvais voler d’un pôle à l’autre,
Ou franchir l’océan d’un seul coup d’aile,
On me jugerait à mon âme seule,
Car c’est à son âme qu’on juge un homme.

***

Tis true my form is something odd.
But blaming me is blaming God;
Could I create myself anew,
I would not fail in pleasing you.
If I could reach from pole to pole,
Or grasp the ocean with a span,
I would be measured by the soul,
The mind’s the standard of the man.

(Joseph Merrick)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

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Le temps,une grâce princière (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2018




    
le temps,une grâce princière que ses pondérations
d’une générosité au-delà du croyable
(bien que chair et sang l’accusent de coercition
qu’esprit et âme de trahison le croient coupable)

ses actes aussi peu raisonnés qu’irraisonnés
sa sagesse annulant l’accord ou le conflit
– les saharas comptent par siècle;huit ou dix milliers
auprès d’un seul instant de rose paraissent petits

il est un temps pour les larmes et un temps pour rire
pour l’espoir la détresse la paix ou les passions
— et un temps pour grandir et un temps pour mourir
un nuit pour le silence:un jour pour les chansons

étais plus que tout(comme viennent tes bien plus que prunelles
me le dire)il est un temps pour l’intemporel

***

in time’s a noble mercy of proportion
with generosities beyond believing
(though flesh and blood accuse him of coercion
or mind and soul convict him of deceiving)

whose ways are neither reasoned nor unreasoned
his wisdom cancels conflict and agreement
– saharas have their centuries; ten thousand
of which are smaller than a rose’s moment

there’s time for laughing and there’s time for crying –
for hoping for despair for peace for longing
– a time for growing and a time for dying:
a night for silence and a day for singing

but more than all (as all your more than eyes
tell me) there is a time for timelessness

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: 95 poèmes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Points

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Ils avaient jusqu’à l’aube attisé leur colère (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2017



 

Koh Sang Woo _Portrait_of_a_Couple_78

Ils avaient jusqu’à l’aube attisé leur colère,
Unis sur cette couche afin de s’épuiser
— Et la flamme à leur chair ajoutait un baiser
Qui mêlait à cette âme une bouche étrangère.

Vivants tombés du ciel pour payer sur la Terre
Le crime dont la mort cherche à les accuser,
Engloutis dans ce corps qui va les écraser,
Ils n’arrachent au feu que sa part de poussière.

Mais le jour qui se lève ignore qu’ils sont seuls
Et de cet univers dont il fait leurs linceuls
Il suspend sur leurs fronts les charmes et les nombres :

Sur quel astre perdu se sont-ils rassemblés ?
– Beau sang noir de l’Amour, noieras-tu ces décombres
Lorsqu’ils n’ont pas éteint leurs grands feux étoilés ?

(Louis Emié)

Illustration: Koh Sang Woo

 

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La tristesse (Alphonse de Lamartine)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2017




    
La tristesse

L’âme triste est pareille
Au doux ciel de la nuit,
Quand l’astre qui sommeille
De la voûte vermeille
A fait tomber le bruit ;

Plus pure et plus sonore,
On y voit sur ses pas
Mille étoiles éclore,
Qu’à l’éclatante aurore
On n’y soupçonnait pas !

Des îles de lumière
Plus brillante qu’ici,
Et des mondes derrière,
Et des flots de poussière
Qui sont mondes aussi !

On entend dans l’espace
Les choeurs mystérieux
Ou du ciel qui rend grâce,
Ou de l’ange qui passe,
Ou de l’homme pieux !

Et pures étincelles
De nos âmes de feu,
Les prières mortelles
Sur leurs brûlantes ailes
Nous soulèvent un peu !

Tristesse qui m’inonde,
Coule donc de mes yeux,
Coule comme cette onde
Où la terre féconde
Voit un présent des cieux !

Et n’accuse point l’heure
Qui te ramène à Dieu !
Soit qu’il naisse ou qu’il meure,
Il faut que l’homme pleure
Ou l’exil, ou l’adieu !

(Alphonse de Lamartine)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

 

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Verdict (Achille Chavée)

Posted by arbrealettres sur 27 août 2017



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Verdict

On est comptable et de tout et de rien
on est comptable irréversiblement
irrévocablement
de tous les mouvements divers de sa conscience

Tout nous assaille
tout nous meurtrit
nous circonscrit
tout nous concerne
nous cerne
nous emprisonne
nous désavoue
nous loue enfin pour mieux nous accuser
nous particularise
tout se nourrit de notre défaillance

En apparence à notre insu
un oiseau médite sur son aile brisée
et sur sa toile une araignée est triste
et sur le banc des accusés
un innocent s’efforce en vain de réfuter
l’interminable acte d’accusation

Demain tantôt qu’allons-nous faire
de cet instant précis qui déjà nous observe ?

(Achille Chavée)

Illustration: Kathryn Jacobi

 

 

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