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La vieille femme (Lupenga Mphande)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020




Sais-tu pourquoi la vieille femme chante?
Elle a soixante ans et six petits-enfants à nourrir
Ses fils et leurs femmes sont dans le Sud à la mine d’or
Chaque jour elle trait la chèvre et vend le lait
Pour acheter du savon et laver les enfants
Elle leur donne à manger et attache la chèvre
Le soir auprès du feu elle leur conte les histoires d’autrefois
Je sais pourquoi la vieille femme chante

Sais-tu quand la vieille femme s’endort?
Elle se repose dans l’ombre, la nuit elle pense
Au lendemain: donner à manger aux enfants et faire paître la chèvre
Sarcler le jardin et arroser les plants de fève
Réparer le chaume du toit et préparer la grange
Piler le mil et le maïs, vanner, allumer le feu…
Je ne sais pas quand la vieille femme s’endort

Sais-tu pourquoi la vieille femme boite?
Elle va chercher l’eau le matin
au puits qui est si loin
Chercher le bois avec sa hache
à la forêt qui est si loin
Elle va au champ chercher des feuilles de courge
laissant la chèvre à l’attache près du puits
Elle rentre vite à la maison préparer le repas des enfants
Je sais pourquoi la vieille femme boite.

(Lupenga Mphande)

Illustration

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Temps au soleil (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2020



Temps au soleil

Assis sur leur seuil prennent le soleil
de vieux commerçants sans clients.
C’est un soleil fait pour eux: mitigé,
peu empressé de brûler. Le soleil des vieux.

Il n’entre plus personne dans la boutique obscure
ou si l’on y entre, on n’y achète rien. Tout est cher
ou bien les marchandises ont oublié
de se montrer. Les vieux commerçants
ne veulent-ils plus les vendre? Une araignée
commence à tisser sur la pendule
murale. Et cette poussière sacrée sur les rayons.

Le soleil vient leur rendre visite. Le chapeau
sur la tête ils le reçoivent. S’il surgit
un acheteur inhabituel, quelle corvée.
Devoir se lever, prendre le mètre,
les ciseaux, déballer la pièce de toile,
répondre, informer, faire l’article.

Assis sur leur seuil, simples statues,
en savates et la barbe non rasée,
leur blanche tête ils remuent lentement
quand passe une connaissance. Qu’il ne s’arrête pas
pour parler des choses du temps. Le temps
est une chaise au soleil, et rien de plus.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration

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L’APPARITION (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2020




    
(Recueil Accents)
L’APPARITION

L’homme avançait à petits pas,
Puis il tourna la poignée de la porte,
(Le cuivre du bouton ne brillait pas
Car la lumière était éteinte ou morte),

Entra sans heurt, s’approcha de mon lit
Et, d’une voix que je connais, me dit :
« Que fais-tu donc ? Dors-tu ? Es-tu parti,
J’entends avec un rêve, loin d’ici ?
J’arrive à temps pour empêcher ta fuite.
Refuse encor ces images sans suite,
Crains leur désordre et leurs fausses clartés ;
Moi je te dis de ne pas t’en aller.

Pense d’abord à ta chambre, à la forme
De la maison, à tes rideaux tirés,
À tant de gens autour de toi qui dorment
Comment, comment pourrais-tu t’évader ?

Rappelle-toi que tu as travaillé
Tout aujourd’hui. Pourquoi ? Pour te loger,
Pour acheter de quoi boire et manger.
Tu es ici gisant dans ta journée.

As-tu bien mis de l’ordre en tout cela ?
As-tu compris tout ce qui se passa,
Ce qui fut dit, ce qui te menaça ?
As-tu compté les heures et l’argent ?

As-tu rangé ton étroit logement ?
(Il te faudra, dans cet encombrement,
Atteindre, après la table, la fenêtre
Et te mouvoir, quand le jour va paraître !)

Allons ! Tu peux dormir jusqu’au matin.
Je te permets d’évoquer la fumée,
L’espace ouvert entre les cheminées
Ou le soleil vu à travers les mains.
—Je reviendrai t’accompagner demain. »

Moi qui feignais de dormir, j’entendis
Qu’il soupirait. Puis, pour lui-même, il ajouta :
« Demain, nous parlerons d’autres soucis ! »
Enfin, hochant la tête, il s’éloigna.

Il est là chaque soir, et sa voix
N’en dit pas plus sur le monde et sur moi.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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ÉCHANGES (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2020



Illustration: Irina Vitalievna Karkabi
    
ÉCHANGES

Vous donneriez volontiers
une tartine ou un cercueil
pour une paire de souliers

Je donnerais pour un oeil
une dent ou un râtelier
Nous pouvons nous arranger

Pour une bouchée de pain
vous donneriez volontiers
une bonne poignée de main
un cheval pour un royaume
l’éternité pour une pomme
Inutile de discuter

Marchés conclus
Marchés perdus
le diable n’achète plus les âmes
Tout est noir aujourd’hui Madame
les marchés
et les âmes

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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La vie à l’envers (André Dhôtel)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019



5566

 

J’ai acheté une théière
et puis j’allai au Luxembourg
voir Galatée
et les abeilles rue d’Assas.

Le bassin était sans voiliers
et c’est là que devait jouer
l’enfant blond de l’aimée absente
laquelle avait alors neuf ans.

Dans les marroniers les statues
s’arrêtaient naïvement
pour regarder vers les lointains
un avenir dévêtu.

Elles avaient aussi oublié
leurs chaussures et leurs robes
tant elles désiraient vraiment
que les futurs étés d’amour
scandalisent les balustrades.

(André Dhôtel)

 

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UN VENT FRAPPE (H. Leivick)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



Illustration: Maurycy Trebacz

    
UN VENT FRAPPE

Un vent frappe à la vitre
Silence en ma maison
Silence en ma maison comme dans mon coeur

Je fais ce que je veux
Ma tête tombe sur la table
Je la relève et regarde au-dehors
Regarde dans la rue

On frappe à la porte
Et je dis Entrez
Et je dis Entrez, qui donc, peu m’importe
Si, cela m’importe
Nul pourtant ne vient
Je dis Qu’il en soit ainsi c’est fort bien.

Je bondis soudain
Je sors dans la rue
Je sors dans la rue et puis je reviens
Ayant acheté des noix
Ces noix les ai-je achetées?
Pour quel invité?
Suis-je allé vraiment acheter des noix?

Il y a des noix et puis du raisin
Alors peut-être aller chercher du vin?
Aller chercher du vin très vite?
Je bondis encore
Je sors dans la rue et puis je reviens
Avec une fiole de vin

Ce vin l’ai-je acheté?
Pour quel invité?
Suis-je allé vraiment acheter du vin ?
Un vent frappe à la vitre
Silence en ma maison
Silence en ma maison comme dans mon coeur.

(H. Leivick)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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TOUT EST VENDU! (Itzhak-Leibush Peretz)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019



    

TOUT EST VENDU!

Il allait au-devant du monde
Le coeur plein d’ardeur.
Il séduisait! Tout le monde
Commandait du coeur.

Coeur au kilo, coeur au gramme,
On achète, ici le coeur!
Pour un sourire – les dames,
Les filles – pour un doux pleur.

Pour la monnaie – les lecteurs,
Pour un centime ou même un tiers,
La foule en goûte l’odeur,
Aï pourtant le coeur est cher !

Pour lui, chose mirifique,
La demande était sans fin.
Mais il dut fermer boutique :
Le coeur s’est éteint.

(Itzhak-Leibush Peretz)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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NE CROIS PAS… (Itzhak-Leibush Peretz)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019



Illustration: Bernard Buffet
    
NE CROIS PAS…

Ne crois pas le monde une auberge – créée
Pour se frayer chemin par la griffe et le poing
Vers la table où l’on boit et l’on bâfre, tandis
Que regardent de loin les autres, les yeux glauques,
Défaillant, ravalant leur salive, serrant
Leur estomac que les crampes secouent,
Ô ne crois pas le monde une auberge!

Ne crois pas le monde une Bourse – créée
Afin que le puissant marchande avec le faible
Pour acheter leur déshonneur aux filles pauvres
Et aux femmes leur lait nourricier, aux hommes
La moelle de leurs os, leur sourire aux enfants,
Rare apparition des visages de cire,
Ô ne crois pas le monde une Bourse!

Ne crois pas le monde une jungle – créée
Pour les loups, les renards, rapine et duperie,
Le ciel – rideau tiré pour que Dieu ne voie rien,
La brume – afin qu’au mur nul regard ne te fixe,
Le vent – pour étouffer les plus farouches cris,
La terre pour lécher le sang des innocents,
Ô ne crois pas le monde une jungle!

Non, le monde n’est point auberge, Bourse ou jungle
Car tout y est pesé, tout y est mesuré,
Nulle goutte de sang et nul pleur ne s’effacent
Nulle étincelle en aucun oeil ne meurt en vain,
Les pleurs deviennent fleuve et le fleuve une mer
Et déluge la mer, l’étincelle tonnerre,
Ô ne crois pas qu’il n’est Juge ni Jugement!

***

MEYN NISHT

Meyn nisht di welt iz a kretshme – bashafn
Makhn a weg mit foystn un negl
Tsum shenk-pass un fresn un zoyfn, wen andere
Kukn fun weitn mit glezerne oygn
Farkhalesht, un shlingen dos shpayertz un tsyen
Tsuzamen dem mogn, wos warft zikh in krempfn ! –
O, meyn nisht di welt iz a krethsme !

Meyn nisht di welt iz a berze – bashafn
Der shtarker zol handlen mit mide un shwakhe,
Zol koyfn bey oreme meydlakh di bushe
Bey froyen di milkh fun di bristn, bey mener
Dem markh di beyner, bey kinder dem shmeikhl,
Dem zeltenem gast oyfn waksenem ponim –
O, meyn nisht di welt iz a berze !

Meyn nisht di welt iz a hefker – bashafn
Far welf un far fuksn, far royb un far shwindl;
Der himl – a forhang, az Got zol nisht zehn;
Der nebl – men zol oyf di hent nisht kukn;
Der wint – tsu farshtikn di wilde geschreyen;
Di erd iz tsu zapn dos blut kun korbones,
O, meyn nisht di welt iz a hefker !

Di welt iz keyn kretshme, keyn berze, keyn hefker !
Gemostn wert alles, gewoygn wert alles !
Keyn trer un keyn blutiker trop fargeyen,
Umzist wert keyn funk in keyn oyg nisht farloshn!
Fun trern wern teikhn, fun teikhn wert yamen,
Fun yamen a mabl, fun funken a duner –
O meyn nisht les din weles dayan !

***

(Itzhak-Leibush Peretz)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Peintre qui va à Port-Cros pour peindre (Albert Camus)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2019



Pierre Mori 3 [800x600]

Peintre qui va à Port-Cros pour peindre.
Et tout est si beau qu’il achète une maison,
range ses tableaux et n’y touche plus.

(Albert Camus)

Illustration: Pierre Mori

 

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CHANSON D’HEUREUX MARIAGE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2019



    

CHANSON D’HEUREUX MARIAGE

Viens-t’en ma Jeannette
Entre chien et loup,
Avec la musette
Les soirs seront doux.

Manger des châtaignes,
Boire du vin doux,
Parler de la noce,
Qui sonnera pour nous.

Avec la musette
C’est toujours la fête.

Nous achèterons un âne
Ni long, ni rond : un pousse-cailloux
Pour promener notre femme
Sur la route de Charroux.

Avec la musette
Les soirs seront doux.

Même si nous portons des cornes,
Nous ne serons point jaloux.
Ça pousse quand on s’amuse
Au son de la cornemuse.

Avec la musette
C’est toujours la fête.

Cornes branchues comme houx,
C’est bon signe pour l’époux.
C’est que la femme est jolie,
Quand elle n’est pas toute à vous.

Avec la musette
C’est toujours la fête,
Avec la musette
Les soirs seront doux.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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