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LETTRE ÉCRITE DANS LA MONTAGNE EN HIVER (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2018



 

Rockwell Kent   (9)

LETTRE ÉCRITE
DANS LA MONTAGNE EN HIVER
« Dans le tantra le plus haut, quel que
soit le lieu où l’on se trouve, c’est là le
mandala, quels que soient les mots que
l’on prononce, ce sont là les syllabes mantriques. »
(C.M. Chen, Vajrayana Meditations)

Dans ce monde
toujours plus âcre, toujours plus dur
toujours plus blanc

tu me demandes des nouvelles ?

La glace éclate en caractères bleus
qui saurait les lire ?

je me parle grotesquement à moi-même
et le silence répond

*

WINTER LETTER
FROM THE MOUNTAIN
« In the highest tantra, wherever one hap-
pens to be , that is the mandala, whatever
words one utters, these are the mantric syllables. »
(C.M. Chen, Vajrayana Meditations)

In this world
always harder and more acrid
more and more white

you ask me for news?

the ice breaks in blue characters
who can read them ?

I talk grotesquely to myself
and the silence answers

(Kenneth White)

Illustration: Rockwell Kent

 

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A L’ENTERREMENT D’UN AMI (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2018



A L’ENTERREMENT D’UN AMI

On l’enterra par une horrible après-midi
de juillet, sous un soleil de feu.

A un pas de la tombe ouverte
il y avait des roses aux pétales pourris,
entre des géraniums à l’âcre parfum
et aux fleurs rouges. Le ciel
pur et bleu. Il soufflait
un vent fort et sec.

Suspendu à de grosses cordes,
lourdement, le cercueil fut descendu
au fond de la fosse
par les deux croque-morts…

Quand il se posa, un grand bruit résonna,
solennellement, dans le silence.

Le bruit d’un cercueil sur la terre est quelque chose
de tout à fait sérieux.

Sur le noir cercueil se brisaient
les lourdes mottes poussiéreuses…

Le vent emportait
le souffle blanc de la fosse profonde.

— Et toi, sans ombre désormais, dors et repose,
longue paix à tes ossements…

Définitivement,
dans un sommeil paisible et véritable.

(Antonio Machado)

 

 

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DÉLABREMENT (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Octave Tassaert La Bohème

DÉLABREMENT

Comme un appartement vide aux sales plafonds,
Aux murs nus, écorchés par les clous des peintures,
D’où sont déménagés les meubles, les tentures,
Où le sol est jonché de paille et de chiffons,

Ainsi, dévasté par les destins, noirs bouffons,
Mon esprit s’est rempli d’échos, de clartés dures.
Les tableaux, rêves bleus et douces aventures.
N’ont laissé que leur trace écrite en trous profonds.

Que la pluie et le vent par la fenêtre ouverte
Couvrent de moisissure acre et de mousse verte
Tous ces débris, horreur des souvenirs aimés!

Qu’en ce délabrement, une nouvelle hôtesse

Ne revienne jamais traîner avec paresse,

Sur de nouveaux tapis, ses peignoirs parfumés

(Charles Cros)

llustration: Octave Tassaert

 

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Tu m’as donné (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2017



    

Tu m’as donné trois heures de ta vie
trois oiseaux de l’immense volière
qui sont morts au bout de mes doigts
qui ont brillé sans revivre
et qui étendent sur mon coeur
leur cendre étouffante et âcre.

Les horloges nous regardaient
leurs gestes de semeurs
cherchaient les fleurs de l’air
et les graines de l’avenir
mais c’est dans le vide et pour le vide
qu’elles dessinaient nos destins
et dans leurs mains
brillait seulement l’épée qui sépare et qui blesse.

Battaient nos coeurs avec leurs coeurs
ensemble pour la seule fois
pour la seule fois
nos quatre lèvres muettes d’un même baiser.

Voici que l’air est vide de toi
à mon entour et peut-être à jamais :
Combien de temps encore ton image
demeurera la seule paupière de mes yeux ?

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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S’asseoir sur un murger… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration: Alexander Nedzvetskaya
    
S’asseoir sur un murger…

S’asseoir sur un murger, les pieds dans les broussailles
Et les doigts enlacés aux rugueuses pierrailles,
Seule avec les lointains où le soleil se meurt,
Seule avec sa pensée et seule avec son coeur.

Respirer le parfum des herbes attiédies,
Ecouter la cigale aux lentes psalmodies
Vibrer parmi les brins séchés des serpolets,
Voir s’embrumer du soir le vitrail violet.

Voir s’élever du creux des placides jachères,
En arceaux imprécis, l’encens crépusculaire,
Et l’orchis opalin de la lune, aux prés bleus
Du ciel, éparpiller son pollen nébuleux.

Savourer cette odeur de la lande que baigne
Quelque ruisseau muet et filtrant sous les sphaignes,
Savourer cette odeur enivrante qui sort
Mystérieusement de la gèbe qui dort.

Goûter le souffle obscur de la forêt prochaine
Dont le frisson murmure au feuillage des chênes,
La fauve et l’âcre odeur qui vient comme un baiser
De faune sur la bouche ardemment se poser.

Et n’être que la nuit, le parfum, la bruyère,
Le tourbillon léger des derniers éphémères,
Etre le serpolet bruissant sous ma main,
Fuir hors de ce cachot qu’on nomme un coeur humain,

Mais, dans l’humilité douce des moindres choses,
Devenir l’herbe morte où le grillon repose,
Ou bien le roitelet lassé de pépier
Qui perche sommeilleux aux branches des ronciers.

(Marie Dauguet)

 

 

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NORTHAMPTON 1922 – SAN FRANCISCO 1939 (Kenneth Rexroth)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




    
NORTHAMPTON 1922 – SAN FRANCISCO 1939

Toute la nuit la pluie transperce le brouillard.
Les yeux ouverts, je me retourne sur l’oreiller défait.
Des cornes de brume gémissent sur la mer déserte.
Combien de temps
Depuis cette nuit où les fleurs de poirier.

Tremblaient dans la lumière palpitante de la lune ?
Je suis réveillé en sursaut
Par cette odeur âcre et charnelle des fleurs de poirier.
Quelque part dans le monde, je suppose,
Tu es toujours en vie, la quarantaine, mère de famille,
Des enfants au seuil de la jeunesse.

(Kenneth Rexroth)

 

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L’âcre langue des morts (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2017



 

L’âcre langue des morts se rachète en promesses de rosée.

(Andrée Chedid)

Illustration: Patrick Swirc

 

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Pavot noir (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017




    
Pavot noir

Fleur des mauvais jardins au vénéneux sommeil,
Les servantes de l’Ombre et les Magiciennes,
Dont les nocturnes yeux redoutent le soleil,
Respirent âprement tes langueurs léthéennes.

Fleur des mauvais jardins au vénéneux sommeil.

Tu te fanes parmi les âcres chevelures,
Et tu connais le rêve ardent des fronts maudits
Que jamais n’effleura, dans un bruit de ramures,
Le souffle des matins et des simples midis :

Tu te fanes parmi les âcres chevelures.

Tu t’effeuilles auprès des femmes sans désir
Dont les prunelles sont froidement endormies,
Dont le coeur ennuyé dédaigne de choisir,
Et dont l’âme est pareille à l’âme des momies :

Tu t’effeuilles auprès des femmes sans désir.

Ennui de l’aconit et de la belladone
Dans le soir où la voix des vieilles trahisons
Fait traîner, à l’égal d’un refrain monotone,
La fadeur et la fragilité des poisons !

Ennui de l’aconit et de la belladone !

(Renée Vivien)

 

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Un soir (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017


La musique résonnait dans le jardin
D’un indicible chagrin.
Sur un plat, des huîtres glacées
Sentaient la fraîcheur âcre de la mer.

Il m’a dit : «Je suis un ami fidèle!»
Et il effleura ma robe.
Combien ressemble peu à une étreinte
Le frôlement de ces mains-là.

Ainsi caresse-t-on les chats et les oiseaux,
Ainsi regarde-t-on les sveltes écuyères…
Le rire seul anime ses yeux calmes
Sous l’or léger des cils.

Mais les voix déchirantes des violons
Chantent derrière une brume qui s’étire :
«Bénis donc le Ciel:
Pour la première fois tu es seule avec lui.»

(Anna Akhmatova)

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Soledad (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017



    
Illustration: Arkady Ostritsky  

Soledad

Dans l’âcre senteur de poivre et d’arbouse,
Auprès d’un mur chaud que la palme ombra,
Tout au fond du vaste et vieil Alhambra,
Le coude appuyé, rêve une Andalouse.

Où donc est Pedro qui la célébra,
Elle que Pedro voulut pour épouse?
Cette femme semble ou triste ou jalouse
De son pauvre amour qu’un an délabra.

Elle se sent seule auprès du silence ;
Et le vieux jardin, tranquille, balance
Son puissant jet d’eau sur sa vasque d’or.

Puis le vieux jardin frissonne. C’est l’heure.
Le couchant triomphe — et la femme pleure…
Comme le jour blond son amour est mort !

(Bernard de Louvencourt)

 

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