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Posts Tagged ‘âcreté’

Bachique (Constantin Cavàfis)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2017



Illustration: Viktor Oliva
    
Bachique

Par ce monde précaire et menteur tourmenté,
dans mon verre je goûte à la sérénité ;
Vie, espoir et désirs en lui se retrouvèrent ;
emplissez-moi mon verre.

Loin des tempêtes de la vie, de ses chagrins,
je survis au naufrage, ainsi que le marin
dont un port abrité accueille la galère.
Emplis pour moi mon verre.

Ô ! saine ardeur du vin, tu réchauffes mon coeur,
tu chasses haine, envie, calomnie, déshonneur ;
eux qui m’ont tant glacé ne me touchent plus guère ;
emplissez donc mon verre.

La vérité n’est plus, nue, laide, sous mes yeux.
Je goûte une autre vie, un monde neuf, précieux ;
du rêve je parcours enfin les vastes terres —
emplis, emplis mon verre !

Si c’est là un poison, si un jour l’âcreté
de la mort m’envahit, j’aurai du moins goûté
la joie, l’exaltation, la fièvre qui libère ;
emplissez-moi mon verre !

(Constantin Cavàfis)

 

Recueil: Tous les poèmes
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Le miel des Anges

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Ta saveur (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
Ta saveur

Ta saveur est profonde et pleine de mystère
Quand tu blanchis la roue au flanc du vieux moulin,
Frôlant le bois moussu verdi de pariétaires
Où l’eau calme dégoutte en filet opalin.

La vanne est là, béant comme une énorme cuve
Dont l’âcreté ternit ton disque cristallin
Baigné au tournoiement des noirâtres effluves
Qui s’expriment tout bas en termes sybillins.

Le magique parfum sort des eaux remuées,
Evocant la caresse et ses gestes hardis,
Et les baisers d’amour sur des lèvres pâmées,
Et l’étreinte reprise et les aveux redits.

(Marie Dauguet)

 

 

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Mon Ami le Vent (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Mon Ami le Vent

JE t’aime et te salue, ô mon ami le vent
Qui rôdes à travers les champs gras où l’on sème,
Et qui viens te pencher sur la mer, en buvant
Les flots dont l’âcreté ravive ta soif blême…

Rien ne saurait combler le vide de mes bras,
Et mes jours impuissants ont des torpeurs mauvaises…
J’aspire aux infinis que l’on n’atteindra pas…
Quand m’emporteras-tu vers les rudes falaises ?

Quand m’emporteras-tu vers les gris horizons,
Vers les récifs et vers les îles désolées
Où les plantes n’ont point les magiques poisons ?
Que cherchent en vain les princesses exilées ?…

Quand m’emporteras-tu vers l’éternel hiver
Où nul essor de blancs goélands ne s’élance,
Où les soirs ont glacé le tourment de la mer,
Où rien d’humain ne vit au milieu du silence ?

(Renée Vivien)

Illustration: Albert-Joseph Pénot

 

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Tous les baisers (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017




    

Tous les baisers, tous les baisers, premier baiser
Presque en songe, furtif, osant à peine oser,
Baiser qui, stupéfait, s’enfuit de ce qu’il touche,
Baiser plus enhardi qui s’attarde à la bouche,

Papillon, puis abeille y butinant son miel,
Baiser aigle emportant sa proie au fond du ciel,
Baiser cynique en plein soleil qui vous regarde,
Baiser qui dans le cœur entre jusqu’à la garde,

Baiser de nuit trouvant sans lampe d’Aladin
Le Sésame ouvre-toi du plus secret jardin,
Baiser bu d’un seul coup comme un alcool de flamme,
Baiser bu lentement en vieux vin jui réclame

Toute l’attention muette du buveur.
Baiser reçu comme une hostie, avec ferveur.
Baiser riant, baiser pleurant, baiser de rêve
Qui commence en la chair et dans l’âme s’achève,

Tous les baisers, tous les baisers, tous les baisers,
Baisers martyrisants, baisers martyrisés.
Baisers où semblent joints des muffles de chimères.
Baisers de jalousie aux âcretés amères.

Baisers de rage au goût de sang et de poison,
Baisers d’adieu qui râle et Cjui perd la raison.
Baisers déments oii l’on ne sait plus si l’on souffre,
Si l’on jouit, baisers d’azur, baisers de gouffre.

Baisers toujours en rut et jamais apaisés,
Tous les baisers, tous les baisers, tous les baisers,
Tous ceux où l’on sent vivre et mourir tout son être,

Tous ceux qu’on a connus, tous ceux qu’on doit connaître
Tous les baisers, tous à la fois, en composer
Chaque baiser qu’on donne et prend, chaque baiser !

(Jean Richepin)

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