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Demain, puis demain, puis demain (William Shakespeare)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



Demain, puis demain, puis demain
Les jours à petit pas glissent de l’un à l’autre
Jusqu’à la dernière syllabe du registre du temps;
Et tous nos hiers ont éclairé pour des fous
Le chemin de la mort poudreuse.
Eteins-toi courte flamme!

La vie n’est qu’une ombre en marche, un pauvre acteur
Qui se pavane et se démène une heure durant sur la scène.
Et puis qu’on n’entend plus: c’est un récit
Dit par un idiot, plein de bruit et de fureur.
Et qui ne signifie rien.

(William Shakespeare)


Illustration: Gilbert Garcin

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LE PASSAGE DES DIEUX (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration: Philippe Jamin 
    
LE PASSAGE DES DIEUX

Étrange! La permanence du moi doit traverser
La Vierge, Aphrodite, et la Mère en deuil,
Toutes les amours et les peines, les successives déités
Qui ont leur royaume dans le cœur des hommes.

Abandonnée par les dieux, femme au corps vieillissant
Dans le demi-souvenir de l’Annonciation,
De la passion, de la douleur et du chagrin
Qui ont pris le masque de mon visage,

Je m’émerveille de l’indifférence de l’âme.
Car dans son théâtre la pièce est jouée,
Les larmes sont versées; les acteurs, les immortels
Aux apparitions incessantes, ailleurs se sont enfuis

Et moi qui fus la Vierge et Aphrodite,
Isis en deuil et la reine du blé,
J’attends l’ultime avatar, la terrible Perséphone,
Pour danser enfin ma cendre dans la tombe.

***

THE TRANSIT OF THE GODS

Strange that the self’s continuum should outlast
The Virgin, Aphrodite, and the Mourning Mother,
Ail loves and griefs, successive deities
That hold their kingdom in the human breast.

Abandoned by the gods, woman with an ageing body
That half remembers the Annunciation,
The passion and the travail and the grief
That wore the mark of my humanity,

I marvel at the soul’s indifférence.
For in her theatre the play is done,
The tears are shed; the actors, the immortals
In their ceaseless manifestation, elsewhere gone,

And I who have been Virgin and Aphrodite,
The mourning Isis and the queen of corn
Wait for the last nommer, dread Persephone
To dance my dust at last into the tomb.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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LES ROSES (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2018




    
LES ROSES

1
Si ta fraîcheur parfois nous étonne tant,
heureuse rose,
c’est qu’en toi-même, en dedans,
pétale contre pétale, tu te reposes.

Ensemble tout éveillé, dont le milieu
dort, pendant qu’innombrables, se touchent
les tendresses de ce coeur silencieux
qui aboutissent à l’extrême bouche.

2
Je te vois, rose, livre entrebâillé,
qui contient tant de pages
de bonheur détaillé
qu’on ne lira jamais. Livre-mage,

qui s’ouvre au vent et qui peut être lu
les yeux fermés…,
dont les papillons sortent confus
d’avoir eu les mêmes idées.

3
Rose, toi, ô chose par excellence complète
qui se contient infiniment
et qui infiniment se répand, ô tête
d’un corps par trop de douceur absent,

rien ne te vaut, ô toi, suprême essence
de ce flottant séjour;
de cet espace d’amour où à peine l’on avance
ton parfum fait le tour.

4
C’est pourtant nous qui t’avons proposé
de remplir ton calice.
Enchantée de cet artifice,
ton abondance l’avait osé.

Tu étais assez riche, pour devenir cent fois toi-même
en une seule fleur;
c’est l’état de celui qui aime…
Mais tu n’as pas pensé ailleurs.

5
Abandon entouré d’abandon,
tendresse touchant aux tendresses…
C’est ton intérieur qui sans cesse
se caresse, dirait-on;

se caresse en soi-même,
par son propre reflet éclairé.
Ainsi tu inventes le thème
du Narcisse exaucé.

6
Une rose seule, c’est toutes les roses
et celle-ci : l’irremplaçable,
le parfait, le souple vocable
encadré par le texte des choses.

Comment jamais dire sans elle
ce que furent nos espérances,
et les tendres intermittences
dans la partance continuelle.

7
T’appuyant, fraîche claire
rose, contre mon oeil fermé —,
on dirait mille paupières
superposées

contre la mienne chaude.
Mille sommeils contre ma feinte
sous laquelle je rôde
dans l’odorant labyrinthe.

8
De ton rêve trop plein,
fleur en dedans nombreuse,
mouillée comme une pleureuse,
tu te penches sur le matin.

Tes douces forces qui dorment,
dans un désir incertain,
développent ces tendres formes
entre joues et seins.

9
Rose, toute ardente et pourtant claire,
que l’on devrait nommer reliquaire
de Sainte-Rose…, rose qui distribue
cette troublante odeur de sainte nue.

Rose plus jamais tentée, déconcertante
de son interne paix; ultime amante,
si loin d’Ève, de sa première alerte —,
rose qui infiniment possède la perte.

10
Amie des heures où aucun être ne reste,
où tout se refuse au coeur amer;
consolatrice dont la présence atteste
tant de caresses qui flottent dans l’air.

Si l’on renonce à vivre, si l’on renie
ce qui était et ce qui peut arriver,
pense-t-on jamais assez à l’insistante amie
qui à côté de nous fait son oeuvre de fée.

11
J’ai une telle conscience de ton
être, rose complète,
que mon consentement te confond
avec mon coeur en fête.

Je te respire comme si tu étais,
rose, toute la vie,
et je me sens l’ami parfait
d’une telle amie.

12
Contre qui, rose,
avez-vous adopté
ces épines ?
Votre joie trop fine
vous a-t-elle forcée
de devenir cette chose armée ?

Mais de qui vous protège
cette arme exagérée ?
Combien d’ennemis vous ai-je enlevés
qui ne la craignaient point.
Au contraire, d’été en automne,
vous blessez les soins
qu’on vous donne.

13
Préfères-tu, rose, être l’ardente compagne
de nos transports présents ?
Est-ce le souvenir qui davantage te gagne
lorsqu’un bonheur se reprend ?

Tant de fois je t’ai vue, heureuse et sèche,
— chaque pétale un linceul —
dans un coffret odorant, à côté d’une mèche,
ou dans un livre aimé qu’on relira seul.

14
Été : être pour quelques jours
le contemporain des roses;
respirer ce qui flotte autour
de leurs âmes écloses.

Faire de chacune qui se meurt
une confidente,
et survivre à cette soeur
en d’autres roses absente.

15
Seule, ô abondante fleur,
tu crées ton propre espace;
tu te mires dans une glace
d’odeur.

Ton parfum entoure comme d’autres pétales
ton innombrable calice.
Je te retiens, tu t’étales,
prodigieuse actrice.

16
Ne parlons pas de toi. Tu es ineffable
selon ta nature.
D’autres fleurs ornent la table
que tu transfigures.
On te met dans un simple vase —,
voici que tout change :
c’est peut-être la même phrase,
mais chantée par un ange.

17
C’est toi qui prépares en toi
plus que toi, ton ultime essence.
Ce qui sort de toi, ce troublant émoi,
c’est ta danse.

Chaque pétale consent
et fait dans le vent
quelques pas odorants
invisibles.

O musique des yeux,
toute entourée d’eux,
tu deviens au milieu
intangible.

18
Tout ce qui nous émeut, tu le partages.
Mais ce qui t’arrive, nous l’ignorons.
Il faudrait être cent papillons
pour lire toutes tes pages.

Il y en a d’entre vous qui sont comme des dictionnaires;
ceux qui les cueillent
ont envie de faire relier toutes ces feuilles.
Moi, j’aime les roses épistolaires.

19
Est-ce en exemple que tu te proposes ?
Peut-on se remplir comme les roses,
en multipliant sa subtile matière
qu’on avait faite pour ne rien faire ?

Car ce n’est pas travailler que d’être
une rose, dirait-on.
Dieu, en regardant par la fenêtre,
fait la maison.

20
Dis-moi, rose, d’où vient
qu’en toi-même enclose,
ta lente essence impose
à cet espace en prose
tous ces transports aériens ?

Combien de fois cet air
prétend que les choses le trouent,
ou, avec une moue,
il se montre amer.
Tandis qu’autour de ta chair,
rose, il fait la roue.

21
Cela ne te donne-t-il pas le vertige
de tourner autour de toi sur ta tige
pour te terminer, rose
Mais quand ton propre élan t’inonde,

tu t’ignores dans ton bouton.
C’est un monde qui tourne en rond
pour que son calme centre ose
le rond repos de la ronde rose.

22
Vous encor, vous sortez
de la terre des morts,
rose, vous qui portez
vers un jour tout en or

ce bonheur convaincu.
L’autorisent-ils, eux
dont le crâne creux
n’en a jamais tant su ?

23
Rose, venue très tard, que les nuits amères arrêtent
par leur trop sidérale clarté,
rose, devines-tu les faciles délices complètes
de tes soeurs d’été ?

Pendant des jours et des jours je te vois qui hésites
dans ta gaine serrée trop fort.
Rose qui, en naissant, à rebours imites
les lenteurs de la mort.

Ton innombrable état te fait-il connaître
dans un mélange où tout se confond,
cet ineffable accord du néant et de l’être
que nous ignorons ?

24
Rose, eût-il fallu te laisser dehors,
chère exquise ?
Que fait une rose là où le sort
sur nous s’épuise ?

Point de retour. Te voici
qui partages
avec nous, éperdue, cette vie, cette vie
qui n’est pas de ton âge.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Les acteurs (Jim Morrison)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Dimo Kolibarov (8) [1280x768]

Les acteurs doivent nous faire croire
à leur réalité
Nos amis ne doivent pas
nous donner l’impression que nous jouons la comédie

Les voici, pourtant, dans la lenteur
du Temps

Mes mots fous
glissent en fusion
et risquent de perdre
contact avec le sol

Alors étranger, deviens
plus fou encore

Explore les Hautes Terres

(Jim Morrison)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Dimo Kolibarov

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La terrasse des Lilas (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



    

La terrasse des Lilas

Il est des lieux sur cette Terre
Où l’on se sent vraiment chez soi
La vie y semble plus légère
On y est plus heureux qu’un roi
Ce qu’ils offrent à votre vue
Ce n’est pas un vaste horizon
Mais tout simplement une rue
Un peu de ciel sur des maisons
Il en est un qui dans l’espace
Est bien loin maintenant de moi
Un café avec sa terrasse
Et quand je veux je le revois

C’était dans un coin de Paris
Un coin de Paris qui sourit
Un café avec sa terrasse
A Montparnasse
C’est à l’enseigne des Lilas
Des lilas il n’y en avait pas
Mais le nom était resté là
En souvenir, sans tralala
Ce café – vous en souvient-il ?
Avec son arôme subtil
Faisait tenir tout le Brésil
Dans votre tasse
Le patron était alsacien
Le garçon était vénitien
Mais malgré tout ça c’était bien
Un café parisien

J’aimais à l’heure apéritive
M’y asseoir aux premiers beaux jours
Pour embrasser la perspective
De ce merveilleux carrefour
J’y observais l’Observatoire
Et Bullier, souvenir d’un bal
Et le pavé chargé d’histoire
Du boulevard de Port-Royal
Un kiosque à journaux sans mystère
Fleurissait sur le terre-plein
Face à ce temple nécessaire
Hommage au fameux Vespasien

C’était un café de Paris
Entre mille joli, fleuri
Avec son bar et sa terrasse
A Montparnasse
Au coeur de ce beau carrefour
Où Saint-Michel et Luxembourg
Avaient rendez-vous tour à tour
Avec l’étude, avec l’amour
On y rencontrait des acteurs
Des poètes, des percepteurs
Jamais, jamais de dictateur
Ivre d’espace
Et l’on fumait du Caporal
Sous la statue d’un général
Etait-il, je m’en souviens mal
A pied ou à cheval ?

Le crépuscule sur la ville
Traînait sa robe de lilas
Un vieux monsieur lisait Virgile
En dégustant un marsala
De jeunes femmes odorantes
Offraient leur visage cruel
A cette lumière expirante
Un reflet attardé du ciel
Et des hommes avec ces femmes
Echangeaient de subtils propos
Sur l’immortalité de l’âme
Ou le chic exquis d’un chapeau

C’était un café de Paris
Une voix disait : « Mon chéri »
L’amour aussi avait sa place
A la terrasse
On saluait des gens très bien
Que l’autobus des Gobelins
Vous déversait comme un trop plein
Sur ce rond-point si cartésien
Des amis venaient, excellents
Hélas où sont-ils à présent ?
Alors dans le jour finissant
Du Val-de-Grâce
Des frondaisons du Luxembourg
Des vieilles pierres du faubourg
Pour notre Paris de toujours
Montait un chant d’amour

Il est venu de lourds soldats
Qui ont écrasé tout cela
Ah dites-nous qu’il reviendra
Le beau temps des lilas !

(Jean Villard–Gilles)

 

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Ce monde-ci n’est qu’une œuvre comique (Jean-Baptiste Rousseau)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



Ce monde-ci n’est qu’une œuvre comique
Où chacun fait ses rôles différents.
Là, sur la scène, en habit dramatique,
Brillent prélats, ministres, conquérants.
Pour nous, vil peuple, assis aux derniers rangs,
Troupe futile et des grands rebutée,
Par nous d’en bas la pièce est écoutée,
Mais nous payons, utiles spectateurs ;
Et, quand la farce est mal représentée,
Pour notre argent nous sifflons les acteurs.

(Jean-Baptiste Rousseau)

Illustration

 

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La flaque (Hédi Kaddour)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2018



la flaque

il monte de la rue
une odeur de beignets
tel qui frôla jusqu’au vertige
les acteurs de l’histoire
en achète deux ou trois
reliés par un fil végétal
puis prend pitié
des gestes qui nourrissent sa vie
en voyant dans l’eau l’immense de la flaque
avec le rêve de monde géométrique
se perdre les dates et le temps

(Hédi Kaddour)

Illustration

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La fraîcheur des mots, le sentiment simple (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017


 

La fraîcheur des mots, le sentiment simple,
Si nous les perdions, nous deviendrions
Des peintres sans yeux, des acteurs sans voix,
De belles femmes sans beauté.

Mais ne tente pas de garder pour toi
Ce dont les Cieux t’ont fait présent.
Nous sommes condamnés – nous le savons –
A dissiper, et non à amasser.

Marche tout seul et guéris les aveugles,
Pour éprouver quand vient l’heure du doute,
La raillerie méchante des disciples
Et l’indifférence de la foule.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Alex Alemany

 

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Je suis la scène vivante (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2017



piece-de-theatre-6

Je suis la scène vivante
où passent plusieurs acteurs
qui jouent plusieurs pièces.

(Fernando Pessoa)

 Illustration

 

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Abdication (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2017



Abdication

Dis-moi n’importe quoi ! porte-moi n’importe où !
Tout me plaira pourvu que ton désir le veuille.
Pour moi, je ne sais plus vouloir et je suis fou.
Tu seras l’ouragan et je serai la feuille.

Porte-moi n’importe où ! dis-moi n’importe quoi !
Quel que soit le pays, l’instant et ton caprice,
Je ne verrai que toi, je n’entendrai que toi.
Le monde est un théâtre où toi seule es l’actrice.

Dis-moi n’importe quoi ! porte-moi n’importe où !
Je ferai sans remords tes volontés sans cause.
Tout ! rien ! n’importe quoi ! n’importe où ! Je suis fou.
Je ne suis plus un homme, un moi. Je suis ta chose.

Mon cœur n’a plus de vœux. Ton désir est le sien.
Tu m’as versé le vin d’amour plein ma timbale.
Comme l’initié du grand mystère ancien,
J’ai mangé du tambour et bu de la cymbale.

(Jean Richepin)

Illustration: John William Waterhouse

 

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