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Posts Tagged ‘admiration’

Le « to kalon » (Voltaire)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2018



Demandez à un crapaud ce que c’est que la Beauté, le grand beau, le « to kalon » !
Il vous répondra que c’est sa femelle avec deux gros yeux ronds sortant de sa petite tête,
une gueule large et plate, un ventre jaune, un dos brun.

Interrogez un nègre de Guinée ; le beau est pour lui une peau noire, huileuse, des yeux enfoncés, un nez épaté.

Interrogez le diable ; il vous dira que le beau est une paire de cornes, quatre griffes, et une queue.

Consultez enfin les philosophes, ils vous répondront par du galimatias ;
il leur faut quelque chose de conforme à l’archétype du beau en essence3, au « to kalon ».

J’assistais un jour à une tragédie auprès d’un philosophe. « Que cela est beau ! disait-il.
— Que trouvez-vous là de beau ? lui dis-je.
— C’est, dit-il, que l’auteur a atteint son but ».
Le lendemain il prit une médecine qui lui fit du bien.
« Elle a atteint son but, lui dis-je ; voilà une belle médecine » !
Il comprit qu’on ne peut dire qu’une médecine est belle, et que pour donner à quelque chose le nom de beauté,
il faut qu’elle vous cause de l’admiration et du plaisir.
Il convint que cette tragédie lui avait inspiré ces deux sentiments, et que c’était là le « to kalon », le beau.

Nous fîmes un voyage en Angleterre : on y joua la même pièce parfaitement traduite ;
elle fit bâiller tous les spectateurs.
« Oh ! oh, dit-il, le « to kalon » n’est pas le même pour les Anglais et pour les Français.
» Il conclut, après bien des réflexions, que le beau est très relatif,
comme ce qui est décent au Japon est indécent à Rome,
et ce qui est de mode à Paris ne l’est pas à Pékin ;
et il s’épargna la peine de composer un long traité sur le beau.

(Voltaire)

 

 

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Ô misère de toute lutte pour l’éphémère ! (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Ô misère de toute lutte pour l’éphémère !

Pareil à l’aile du papillon est
notre bras qui met notre pensée en vers.
Notre enfance vaut bien l’oeillet,
notre regard l’éclair,
et le rythme qui dans notre poitrine
anime nos passions
est le rythme des ondes sur la mer,
de la chute d’un pâle flocon
ou celui du refrain
du rossignol enchanteur,
qui dure tant que dure le parfum
de sa cousine la fleur.

Ô misère de toute lutte pour l’éphémère !

-Âme qui s’annonce simplement et voit claire-
ment, face-à-face, la grâce pure de la lumière,
comme le bouton de rose, comme la coccinelle,
cette âme est celle qui vole dans l’infini du ciel.
l’âme ayant oublié l’admiration, souffrant
dans l’amère mélancolie aux sulfureux relents
d’envier méchamment et durement, vit claustrée
en un obscur terrier. Elle est infirme, estropiée.

Ô misère de toute lutte pour l’éphémère !

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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Pois de senteur (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Pois de senteur

Ne vous attendez pas à trouver dans ma vie
des circonstances extraordinaires, des évènements imprévus.
Une fois sur la terre, voulant rester paysanne,
je m’étais mise au service d’un jardinier.
Une autre servante et moi nous composions toute sa maison.

Margot, c’était le nom de ma compagne, était une grosse campagnarde joufflue,
haute en couleurs, carrée d’épaules,
l’objet de l’admiration de tous les villageois.
« Elle fait presque autant d’ouvrage qu’un boeuf »
disait souvent notre maître, pour donner une idée de ses précieuses qualités.

Aussi était-elle l’objet de toutes ses préférences.
Quant à moi, je ne savais rien faire;
je n’étais bonne qu’à danser le dimanche,
à rire et à sauter tout le reste de la semaine.
Elle est assez gentille, disait le fermier en parlant de moi;
mais c’est une tête folle, elle est toujours à mettre le nez à la fenêtre,
à se balancer, à chanter; on n’en fera jamais rien.

Le résultat de cette comparaison entre Margot et moi
était qu’à elle allaient les bons repas,
les succulents morceaux de galette de maïs,
les cuisses d’oies grasses et dodues,
les verres pleins de cidre écumeux.
A moi les vieux morceaux de pain dur,
les os et l’eau du puits; encore avait-on l’air de me la reprocher,
et quelquefois j’étais obligée d’aller m’abreuver
à l’aide de l’arrosoir et à l’insu du fermier.

Il me semblait pourtant que j’étais plus jolie que Margot,
et je ne comprenais pas pourquoi on me la préférait.
[Jusqu’au moment où:]
Je compris: sur la terre, l’utile vaut mieux que l’agréable.

(J.J. Grandville)

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Retouche à l’admiration (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2017



retouche à l’admiration

pareille aux fleurs dans le sulfure d’un poème

(Daniel Boulanger)

 

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Le tabouret (Zbigniew Herbert)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



Le tabouret

On ne peut cacher plus longtemps cet amour
un petit quadrupède aux pattes de chêne
à la peau rugueuse et si fraîche
objet quotidien dénué d’yeux mais doté de visage
où les rides des rainures marquent un jugement mûr
petit âne gris le plus patient des ânes
il a perdu son pelage suite à de trop longs jeûnes
en le caressant le matin je ne sens sous la main
qu’une touffe de copeaux de bois

— tu sais mon chéri il y avait des charlatans pour dire
que la main ment l’oeil ment
au contact des formes qui ne sont que vide —

c’étaient des gens mauvais envieux des choses
ils voulaient prendre le monde à l’hameçon des réfutations

comment te dire ma gratitude mon admiration
tu réponds toujours à l’appel des yeux
par ta grande immobilité tu signifies
à la pauvre raison: nous sommes réels —
la fidélité des choses nous ouvre les yeux à la fin

(Zbigniew Herbert)

 

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Admiration (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2016



 

Admiration

J’ai été devant les maisons de la ville
Et j’ai dit C’est admirable
J’ai été devant les roues et les machines
Et j’ai dit C’est admirable
Et j’ai été devant les monts immobiles
Et j’ai dit C’est admirable
J’ai été devant les mers bleues les mers vertes
Et j’ai dit C’est admirable
J’ai été devant les arbres des forêts
Et j’ai dit C’est admirable
Et j’ai été devant les grosses bêtes
Et j’ai dit C’est admirable
Et j’ai été devant les petites bêtes
Et j’ai dit C’est admirable
Et j’ai été devant les femmes
Et j’ai dit C’est admirable
Et j’ai été devant les hommes
Et j’ai dit C’est admirable
J’ai été devant l’ombre
Et j’ai dit C’est admirable
Et devant la lumière
Et j’ai dit C’est admirable

Parce que j’ai regardé

(Pierre Albert-Birot)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

 

 

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Peu importe où tu vas … (Gao Xingjian)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2016



essaim d'abeilles [1280x768]
Un jour de grand beau temps, un ciel sans nuages.
L’éclat et la profondeur de la voûte céleste te laissent muet d’admiration.
En bas, un village isolé avec ses maisons sur pilotis appuyées à la falaise,
tel un essaim d’abeilles accroché à un rocher.

C’est un rêve, tu tournes en rond, au pied de la montagne,
sans trouver le moindre sentier pour y aller.
Tu as l’impression de t’approcher du village, en fait, tu t’en écartes.
Ces allers-et-retours te prennent du temps et tu abandonnes.

Tu avances au hasard et le village disparaît derrière les monts.
Tu éprouves quand même un vague regret.
Et tu ignores où mène le chemin sous tes pieds,
même si tu n’as pas de but précis.

Tu marches droit devant toi sur le sentier sinueux.
Dans ta vie, tu n’as jamais eu de but précis,
les objectifs que tu t’étais fixés se sont modifiés avec le temps,
il n’ont cessé de changer et finalement tu n’en as jamais eu.

Si l’on y réfléchit, le but ultime de la vie humaine est sans importance,
il est comme un essaim d’abeilles.

Le laisser provoque des regrets,
mais le prendre entraîne le plus grand désordre chez les insectes,
mieux vaut l’abandonner là où il est et l’observer sans y toucher.

A cette pensée, tu te sens plus léger,
peu importe où tu vas, à la seule condition que le paysage soit beau.

(Gao Xingjian)

Découvert chez Lara ici

Illustration

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