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Poésie

Posts Tagged ‘admirer’

PORTRAIT DE MA PETITE FILLE (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2018



 

Vladimir Volegov   petite fille ballon

PORTRAIT DE MA PETITE FILLE

Ma petite fille avec sa balle à la main,
avec ses grands yeux couleur du ciel
et de la petite robe d’été : « Papa
— me dit-elle — je veux sortir avec toi aujourd’hui. »
Et je pensais : de tant d’apparences
qu’on admire en ce monde, je sais bien auxquelles
je peux comparer ma petite fille.
Oui, c’est à l’écume, à l’écume marine
qui blanchit sur la vague, à ce sillage
qui monte bleu des toits et le vent le disperse ;
aux nuages aussi, nuages impalpables
qui se font et se défont dans un ciel clair ;
à d’autres choses légères et vagabondes.

(Umberto Saba)

Illustration: Vladimir Volegov 

 

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ÉLOGE DE LA BEAUTÉ FÉMININE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Christian Schloe
    
ÉLOGE DE LA BEAUTÉ FÉMININE

Il faudrait que survint quelqu’un d’autre que moi
Et qu’il te saluât avec plus d’éloquence,
Admirant ta beauté sans bégayer d’émoi,
Un peu fou, hardi, vif, encore dans l’enfance.

«Beauté, te dirait-il, où que mènent tes pas
C’est pour toi que surgit la flamme du génie
Et l’esprit créateur perçoit dans tes appas
L’oeuvre antique et divine, admirable harmonie.

En attendant sur ton trône le Jamais Vu,
L’artiste à l’oeil altier te tient en déférence.
Tu fais tomber d’un mot, à peine est-il conçu,
Les murs de Jéricho de notre indifférence ! »

Ainsi dirait-il. De sa lèvre fuserait
Un hosanna pour toi comme celui du prêtre
Adorateur du feu dans l’épaisse forêt
Et qui voit près de lui les flammes apparaître.

Belle Réalité qui fais baisser les veux,
Mon âme veut cueillir une dernière rose,
Et répandre son eau, jardinier malheureux,
Sans un mot, devant toi, sur sa robe déclose.

II
Tel Désir du faucon qui veut qu’elle succombe,
Qui d’un coup d’aile ardent pourchasse la colombe,

Je poursuis quant à moi la timide beauté,
Car dans le sombre ciel de mon coeur attristé
Le regard de la Belle a versé la lumière.
Tout en la bénissant, il attend la voix chère
Qui saura le louer. Si je puis la saisir
Je la déchirerai, pourtant, tel le Désir

Du faucon en plein ciel qui poursuit la colombe
De son coup d’oeil puissant, qui veut qu’elle succombe !

Petit oiseau chétif que la pluie a trempé,
Ne sachant dignement alerter ta beauté,
Me débattant au sol, je traîne mon plumage
Et j’attends tout tremblant que sourie ton visage;
Qu’elle me sourie donc, puisque je me débats !
C’est l’hommage, le seul, digne de ses appas.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Première Élégie de Duino (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018



 

Alexander Anufriev 41

Première Élégie de Duino

Qui donc, si je criais, parmi les cohortes des anges
m’entendrait? Et l’un d’eux quand même dût-il
me prendre soudain sur son cœur, ne m’évanouirais-je pas
sous son existence trop forte? Car le beau
n’est que ce degré du terrible qu’encore nous supportons
et nous ne l’admirons tant que parce que, impassible, il dédaigne
de nous détruire. Tout ange est terrible.
Et je me contiens donc et refoule l’appeau
de mon sanglot obscur. Hélas! qui
pourrait nous aider? Ni anges ni hommes,
et le flair des bêtes les avertit bientôt
que nous ne sommes pas très assurés
en ce monde défini. Il nous reste peut-être
un arbre, quelque part sur la pente,
que tous les jours nous puissions revoir; il nous reste
la rue d’hier et l’attachement douillet à quelque habitude du monde
qui se plaisait chez nous et qui demeura.
Oh! et la nuit, la nuit, quand le vent plein des espaces
Nous ronge la face, à qui ne resterait-elle,
tant désirée, tendrement décevante, épreuve
pour le cœur solitaire? Aux amants serait-elle
plus légère? Hélas! ils ne se cachent
que l’un à l’autre leur sort.
Ne le savais-tu pas? Hors de tes bras
lance le vide vers les espaces que nous respirons peut-être;
les oiseaux sentiront-ils l’air élargi d’un vol plus ému.

[…]

***

Die erste Elegie

Wer, wenn ich schriee, hörte mich denn aus der Engel
Ordnungen ? und gesetzt selbst, es nähme
einer mich plötzlich ans Herz : ich verginge von seinem
stärkeren Dasein. Denn das Schöne ist nichts
als des Schrecklichen Anfang, den wir noch grade ertragen,
und wir bewundern es so, weil es gelassen verschmäht,
uns zu zerstören. Ein jeder Engel ist schrecklich.
Und so verhalt ich mich denn verschlucke den Lockruf
dunkelen Schluchzens. Ach, wen vermögen
wir denn zu brauchen ? Engel nicht, Menschen nicht,
und die findigen Tiere merken es schon,
daß wir nicht sehr verläßlich zu Haus sind
in der gedeuteten Welt. Es bleibt uns vielleicht
irgend ein Baum an dem Abhang, daß wir ihn täglich
wiedersähen ; es bleibt uns die Straße von gestern
und das verzogene Treusein einer Gewohnheit,
der es bei uns gefiel, und so blieb sie und ging nicht.
O und die Nacht, die Nacht, wenn der Wind voller Weltraum
uns am Angesicht zehrt –, wem bliebe sie nicht, dei ersehnte,
sanft enttäuschende, welche dem einzelnen Herzen
mühsam bevorsteht. Ist sie den Liebanden leichter ?
Ach, sie verdecken sich nur mit einander ihr Los.
Weißt du’s noch nicht ? Wirf aus den Armen die Leere
zu den Raümen hinzu, die wir atmen ; vielleicht daß die Vögel
die erweiterte Luft fühlen mit innigerm Flug.

[…]

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Alexander Anufriev

 

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Les miroirs (Charles Dantzig)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2018



Les miroirs rêvent
qu’on les admire.

(Charles Dantzig)

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LOUANGE A LI-TAÏ-PÉ (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2018



Li Bai
    
LOUANGE A LI-TAÏ-PÉ
Thou-Fou

La poésie est ton langage,
comme le chant est celui des oiseaux.

Que ce soit à la clarté du soleil ou à l’ombre du soir,
tu vois la poésie de toutes choses.

Lorsque tu bois le vin doré, sur le nuage de l’ivresse,
te viennent des idées de vers.

Tu es le premier des hommes, et comme le soleil,
tu répands sur eux les rayonnements de ton esprit.

De celui qui t’admire dans l’ombre
reçois cette adoration inconnue.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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Le poëme de la femme (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2018



Illustration: Auguste Clésinger
    
Le poëme de la femme
Marbre de Paros

Un jour, au doux rêveur qui l’aime,
En train de montrer ses trésors,
Elle voulut lire un poème,
Le poème de son beau corps.

D’abord, superbe et triomphante
Elle vint en grand apparat,
Traînant avec des airs d’infante
Un flot de velours nacarat :

Telle qu’au rebord de sa loge
Elle brille aux Italiens,
Ecoutant passer son éloge
Dans les chants des musiciens.

Ensuite, en sa verve d’artiste,
Laissant tomber l’épais velours,
Dans un nuage de batiste
Elle ébaucha ses fiers contours.

Glissant de l’épaule à la hanche,
La chemise aux plis nonchalants,
Comme une tourterelle blanche
Vint s’abattre sur ses pieds blancs.

Pour Apelle ou pour Cléoméne,
Elle semblait, marbre de chair,
En Vénus Anadyomène
Poser nue au bord de la mer.

De grosses perles de Venise
Roulaient au lieu de gouttes d’eau,
Grains laiteux qu’un rayon irise,
Sur le frais satin de sa peau.

Oh ! quelles ravissantes choses,
Dans sa divine nudité,
Avec les strophes de ses poses,
Chantait cet hymne de beauté !

Comme les flots baisant le sable
Sous la lune aux tremblants rayons,
Sa grâce était intarissable
En molles ondulations.

Mais bientôt, lasse d’art antique,
De Phidias et de Vénus,
Dans une autre stance plastique
Elle groupe ses charmes nus.

Sur un tapis de Cachemire,
C’est la sultane du sérail,
Riant au miroir qui l’admire
Avec un rire de corail ;

La Géorgienne indolente,
Avec son souple narguilhé,
Etalant sa hanche opulente,
Un pied sous l’autre replié.

Et comme l’odalisque d’Ingres,
De ses reins cambrant les rondeurs,
En dépit des vertus malingres,
En dépit des maigres pudeurs !

Paresseuse odalisque, arrière !
Voici le tableau dans son jour,
Le diamant dans sa lumière ;
Voici la beauté dans l’amour !

Sa tête penche et se renverse ;
Haletante, dressant les seins,
Aux bras du rêve qui la berce,
Elle tombe sur ses coussins.

Ses paupières battent des ailes
Sur leurs globes d’argent bruni,
Et l’on voit monter ses prunelles
Dans la nacre de l’infini.

D’un linceul de point d’Angleterre
Que l’on recouvre sa beauté :
L’extase l’a prise à la terre ;
Elle est morte de volupté !

Que les violettes de Parme,
Au lieu des tristes fleurs des morts
Où chaque perle est une larme,
Pleurent en bouquets sur son corps !

Et que mollement on la pose
Sur son lit, tombeau blanc et doux,
Où le poète, à la nuit close,
Ira prier à deux genoux.

(Théophile Gautier)

 

Recueil: Émaux et Camées
Traduction:
Editions: Gallimard

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A LA BELLE ENDORMIE (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2018



Illustration: Bernard Rolland
    
A LA BELLE ENDORMIE

Maintenant que j’écris sur la page secrète
Des mots doucement ivres de ton nom,
Tu dors dans ce désordre de cheveux
Odorants et doux que je respire,
Et les volets fermés ont replié leurs ailes.
Le soleil par les fentes soyeuses d’un après-midi
Jette ses lettres sur le plancher qui flambe :
Je les ramasse, je veux les lire, je transcris
Ces mots d’amour et dans ton cou je les traduis
Contre l’œil clos de ton oreille.

Belle endormie loin de moi, tout près de moi, ton rêve
Encore fou, rêve et s’enfuit. Dis-moi tout bas
De deux amants quel est ce doux royaume.
Et comment le soleil qui déjà fuit t’admire.
Mais tu souris et je me brûle
De tant de mots, à travers coeurs en flammes.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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COQUILLAGE (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018




    
COQUILLAGE
À Antonio Machado

Sur la plage, j’ai trouvé un coquillage entièrement
fait d’or et incrusté des perles les plus fines ;
Europe l’a touché de ses deux mains divines
quand sur le taureau céleste elle traversa l’océan.

J’ai porté à mes lèvres le coquillage sonore
et j’ai recueilli l’écho des trompettes marines,
je l’ai approché de mes oreilles et les ondines
m’ont raconté, à voix basse, le secret de leur trésor.

Ainsi m’arrive le sel des amères risées
que le navire Argos sentit dans ses voiles gonflées
quand les astres admirèrent le rêve de Jason ;

et j’entends une rumeur de vague, un étrange accent,
une profonde houle et un mystérieux vent…
(Le coquillage avait d’un coeur la façon.)

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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Complainte de Panurge (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Illustration: Konstantin Razumov
    
Complainte de Panurge

1
Il n’est vraiment pas surprenant
Qu’une fille aux yeux caressants
Se fatigue de travailler
Et, mal payée,
Rêve d’être riche
Sa vie n’est-elle pas chiche?
A d’autres les adorateurs
A d’autres les toilettes
D’autres qui parfois sont plus bêtes
Parfois moins jolies et sans coeur
Au lieu des dîners à cent sous,
Des sommeils trop courts
Manger tout son saoul
Dormir tout le jour
Pourquoi n’est-ce pas elle
Que l’on admire et trouve belle
Et son coeur
Attend le séducteur.

2
Elles ont trimé tout le jour
Au fond des boutiques trop sombres
Elles rentrent comme des ombres
Quand meurt le jour
Elles vont très loin
Hélas pour manger sans faim
Se déshabiller dans un coin
Seules jusqu’à demain
Pourquoi n’est-ce pas elles… etc.

3
Et quand a surgi leur vainqueur
Il est naturel qu’un beau soir
Elles donnent lèvres et coeur
Le temps de boire
Le vin dans le verre
Ceux qui leur jettent la pierre
Ont l’âme sèche et le coeur dur
Peut-on leur faire honte
Puisque la mort vient en fin d’ compte
De courir sans peur l’aventure
De se vêtir avec la soie
Au lieu de la vendre
De chercher la joie
Et pour ça se vendre
C’est à leur tour à elles…

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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CHANSONS INNOCENTES II (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2018



    

CHANSONS INNOCENTES
II
petit arbre
petit arbre de Noël silencieux
tu es si petit
tu ressembles davantage à une fleur

qui t’a trouvé dans la verte forêt
et as-tu eu de la peine de le quitter?
viens je vais te consoler
parce que tu sens si bon

je vais embrasser ton écorce fraîche
et te serrer très fort contre moi
tout comme le ferait ta mère,
seulement n’aie pas peur

regarde les paillettes
qui dorment toute l’année dans une boîte noire
en rêvant de sortir et de pouvoir briller,
les boules les girandoles rouge et or les guirlandes duveteuses,

lève tes petits bras
et je vais tout te donner à porter
chaque doigt aura son anneau,
et il n’y aura pas le moindre endroit sombre ou malheureux

alors quand tu seras tout habillé
tu te mettras à la fenêtre pour que tout le monde te voie
et comme ils t’admireront!
oh mais tu seras très fier

et ma petite soeur et moi nous prendrons la main
et regardant notre bel arbre
nous danserons et chanterons
« Noël Noël »

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: XLI Poèmes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: La Nerthe

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