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Poésie

Posts Tagged ‘adolescence’

Amour Noir (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018




Amour Noir

Je te préfère au bonheur
comme je préfère
le rouge au rose
les impasses aux ruelles
et le tango à la farandole.

Je te préfère à l’espoir
comme je préfère
l’éclair à l’arc-en-ciel,
le pavot à la marguerite,
et le bâton à la carotte.

Je te préfère à la raison
comme je préfère
l’adolescence à l’enfance,
Tantale à Sisyphe,
et le désespoir à la résignation.

Je te préfère à la vie
comme je préfère
le noir au gris,
la douleur à l’errance,
et les vacheries aux singeries.

(Marie-Anne Bruch)

son site laboucheaoreilles ici

Illustration: Alexandre Cabanel

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La belle France (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



    
La belle France

Sur la route du passé
Vois-tu venir la France ?
Quelle belle garce, la riguedondé
Dans ses beaux habits brodés
Couleur d’espérance !
Elle a les yeux étoilés
Quand elle marche, elle danse !
Forte en gueule, l’esprit salé
Quel air ! Quelle aisance !
Sur la route du passé
Vois-tu venir la France ?
Le coeur vif, le corps racé
La rigue, la riguedondé

Vive la rose rouge

Dorée comme épis de blé
Dès son adolescence
A couché la riguedondé
Avec ces rois bien râblés
La belle alliance !
Ont ma foi bien travaillé
A chaque délivrance
Accouchait d’une cité
Terre de plaisance
Terre à vignes, terre à blé
Elle a grandi, la France
En remplissant vos greniers
La rigue, la riguedondé

Vive la rose rouge et le joli bleuet

Elle a souffert, a lutté
Pour son indépendance !
A chanté la riguedondé
L’amour et la liberté
Mais désespérance !
A vu le fruit se gâter
Là, trop d’abondance
Ici, trop de pauvreté
Trop de différence
Son grand coeur
S’est révolté
Reprenant sa balance
A rêvé d’égalité
La rigue, la riguedondé

Vive la rose rouge et le joli bleuet
Qu’à mon bouquet j’ajoute

Sur la Bastille a sauté
La Carmagnole de danse
Citoyens la riguedondé
Salut et Fraternité
Vive l’espérance !
Le soleil faisait monter
La bonne semence
Mais les gros rats empestés
Ceux de la finance
Et leurs féodalités
Oh la sinistre engeance !
Ont corrompu la cité
La rigue, la riguedondé

Vive la rose rouge et le joli bleuet
A mon bouquet j’ajoute
Un brin de blanc muguet

Mais entendez-vous monter
Du fond du grand silence
Cet appel la riguedondé !
De tous les déshérités ?
Assez de souffrances !
Mur d’argent, obscénité
Ombre sur la France
On te refera sauter
Un jour, patience !
Liberté, Egalité
Ces grands noms qui t’offensent
Redeviendront vérité
La rigue la riguedondé

Alors au soleil d’été
On verra la France
Qu’elle est belle la riguedondé
Saluant l’Humanité
Marchant en cadence
A ses grands yeux étoilés
Le ciel se fiance
Elle est comme un beau voilier
Sur la mer qui danse
Terre de la liberté
Alors pour ta défense
Tous voteront sans hésiter
La rigue la riguedondé

(Jean Villard–Gilles)

 

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AUTRE CHÂTEAU (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018




AUTRE CHÂTEAU

Je ne suis pas, je ne suis pas de braise ardente,
je suis fait de linge et de rhumatismes,
de papiers déchirés, de rendez-vous manqués,
de modestes signes rupestres
sur ce qui fut pierres d’orgueil.

Que reste-t-il du château de la pluie,
de cette adolescence avec ses tristes rêves,
de cette intention entrouverte
d’être aile déployée, d’être un aigle en plein ciel,
une flamme héraldique?

Je ne suis pas, je ne suis pas l’éclair de feu
bleu, planté comme un javelot,
dans le coeur de quiconque échappe à l’amertume.

La vie n’est pas la pointe d’un couteau
ni le heurt d’une étoile,
elle est vieillissement dans une garde-robe,
soulier mille fois répété,
médaille qui se rouille
dans les ténèbres d’un écrin.

Je ne demande ni rose nouvelle ni douleurs,
ni indifférence, elle me consume,
chaque signe a été écrit,
le sel avec le vent effacent l’écriture
et l’âme est maintenant un tambour muet
au bord d’un fleuve, de ce fleuve
qui continuera de couler où il coulait.

(Pablo Neruda)

Illustration: Vincent Van Gogh

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Voluptueuse (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2018



Voluptueuse

Tu touches à la plénitude
Tenant dans tes mains
Un bouquet de rêves
Que tu effeuilles comme des roses
Dans le jardin des espoirs

Dans la brume qui fleurit
Au flanc de la colline
Tu traces avec un ongle verni
La blessure de l’aurore
Sur le ventre nu
De l’adolescence du jour

Tu souris à la pierre qui médite
Sur le seuil de ta maison
Où la clarté achève
De démêler ta chevelure sombre
Qui tombe sur les épaules de la nuit

Tu agites les plis de ta robe
Sur tes jambes de marbre
Et le vent dévoile tes cuisses
Bien au-dessus des bas

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Guillaume Seignac

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LE POÈTE PAYSAN (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



Illustration: Louis-Philippe Kamm
    
LE POÈTE PAYSAN

Il aimait le ruisseau chanteur
Le coup d’aile de l’hirondelle
Le sol vêtu de pâquerettes
La robe pommelée du ciel
Pour lui l’orage fracasseur
Était la voix même de Dieu
Où se dressait le roc du soir
Il voyait Moïse et sa verge
Tout ce qu’embrassait son regard
Jusqu’aux insectes des fougères
Créatures du Tout-Puissant
Il l’aimait pour l’amour de Lui
Homme à respecter le silence
Dans les affaires de la vie
Penseur dès son adolescence
Paysan de par ses soucis
Et poète pour sa joie grande.

***

THE PEASANT POET

He loved the brook’s soft sound
The swallow swimming by
He loved the daisy-covered ground
The cloud-bedapled sky
To him the dismal storm appeared
The very voice of God
And when the evening rock was reared
Stood Moses with his rod
And everything his eyes surveyed
The insects i’ the brake
Were creatures God Almighty made
He loved them for his sake —
A silent man in life’s affairs
A thinker from a boy
A peasant in his daily cares
A poet in his joy.

(John Clare)

 

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

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LES HEURES, COMME UN FLOT… (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Mary Cassatt the-pensive-reader [800x600]

Les heures, comme un flot, viennent mourir en toi.
Pourquoi guetter un bruit de pas dans le silence ?
Ah! Le coeur n’est pas mort de ton adolescence.
Veux-tu donc le traîner toujours, comme une croix ?

Mon enfant, mon enfant, regarde dans la glace
Ce visage meurtri, ta bouche déjà lasse,
Ton front déjà plus vaste et plus grave — et tes yeux
Où ne vit plus l’espoir immuable et joyeux.

Mon enfant, mon enfant, accepte et prends un livre.
Et qui sait si l’amour ne viendra pas plus tard ?
Tu marches vers des mains, des lèvres, un regard,
Vers l’amour que contient ce qui te reste à vivre.

Le sombre azur du ciel emplit les vitres closes.
Ton front sent la douceur des anciens baisers —
Et voici que reflue, en ton coeur apaisé,
La pieuse et souffrante humilité des choses.

(François Mauriac)

Illustration: Mary Cassatt

 

 

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Par les chemins (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



Par les chemins

Dans le sentier qui riait sous mes pieds
Mon cœur courait vers toi
Et je venais poser l’ombre
D’un baiser sur ta joue
Sur laquelle glissait la clarté.

Nous traversions de chastes forêts
Pour y chercher des cachettes
Et y découvrir le plaisir.
Nous quittions des rivages moribonds
Pour des îles bien vivantes
Et y trouver le bonheur

Nous avons parcouru
Tous les sentiers de l’enfance
Les mille chemins de l’adolescence
Avant d’emprunter
L’unique route de l’âge adulte.

Il faut bien vieillir

(Jean-Baptiste Besnard)

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AMOUR NOIR (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2017



 

AMOUR NOIR

Je te préfère au bonheur
comme je préfère
le rouge au rose
les impasses aux ruelles
et le tango à la farandole.

Je te préfère à l’espoir
comme je préfère
l’éclair à l’arc-en-ciel
le pavot à la marguerite
et le bâton à la carotte.

Je te préfère à la raison
comme je préfère
l’adolescence à l’enfance
Tantale à Sisyphe
et le désespoir à la résignation.

Je te préfère à la vie
comme je préfère
le noir au gris
la douleur à l’errance
et les vacheries aux singeries.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: Lucarne Poétique

Illustration: Andor Novák

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MINUIT (Tudor Arghezi)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2016



 

Jeanie Tomanek bearing [1280x768]

MINUIT

Rencontrés à la pointe de la croix
étoile et lune, face à face,
se regardent, et un à un,
les astres réveillent les noyers.

Et sur le plastron du ciel
étincellent les beaux et vigoureux
Hypérions en innombrable foule,
pleins de grâce et de volonté.

De l’ouest jusqu’à l’est
toute l’herbe dessus le ciel,
à graine menue comme grain de poivre
a fleuri et tressailli.

Et cependant qu’en bas,
parmi les poulaillers, vieillit le monde,
d’une nouvelle adolescence
chaque jour le ciel s’accroît.

(Tudor Arghezi)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

 

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Le nageur (Irving Layton)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2016



 

Le nageur

C’est la faillite de l’après-midi, vois
Le nageur plonge de son radeau
Son acte de guerre ouvre des corolles d’éclaboussures –
Les têtes de serpents frappent
Vite et en silence

En refaisant surface vois comme pour un instant
Un jonc brun avec de merveilleux bulbes,
Il repose à fleur d’eau
Alors que bruit et lumière viennent avec une violente passion
En partant de la mer fertile autour des Pôles
Pour éclater comme des coquillages brillant autour de ses oreilles.

Il plonge, il flotte, il va dessous comme un voleur
Là où son sang chante dans les ombres tigrées
Dans la verdure sans odeur qui le mène vers la maison,
Un saumon mâle qui descend des escaliers taillés
À travers des bas quartiers sous-marins…

Étonné par le souvenir d’ouïes perdues
Il découpe des gestes de retour en soi
Sur la plage comme un crâne;
Il pousse ses yeux à chercher
Le soleil qui se vide dans l’eau,
Et la dernière vague qui danse
Rejette son adolescence vers le sable de marbre.

(Irving Layton)

Illustration: Bernard Troublé

 

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