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C’EST AINSI QU’ON ÉCOUTE (Marina Tsvétaïéva)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2022




    
C’EST AINSI QU’ON ÉCOUTE

Que peuvent faire le bâtard et l’aveugle
Dans un monde où chacun
A son père et des yeux ? Où passions
Et jurons traînent sur tous les remblais,
Où les larmes s’appellent rhumes de cerveau ?

Qu’ai-je à faire moi, chanteuse de métier,
Sur un fil, glace, soleil, Sibérie !
Obsessions, danses et chants sur les ponts
Moi légère, dans ce monde
de poids et de comptes ?

Qu’ai-je à faire moi — chanteur et premier-né,
Dans ce monde où l’on met les rêves en conserves,
Où le plus noir est gris… Un monde de mesure
Avec mon être — tout de démesure !

C’est ainsi qu’on écoute (l’embouchure
écoute la source).
C’est ainsi qu’on sent la fleur :
profondément — à en perdre le sens !

C’est ainsi que dans l’air, qui est bleu,
la soif est sans fond.
C’est ainsi que les enfants dans le bleu des draps
regardent dans la mémoire ;

C’est ainsi que ressent dans le sang
l’adolescent — jusqu’alors un lotus…
C’est ainsi qu’on aime l’amour :
on tombe dans le précipice.

(Marina Tsvétaïéva)

 

Recueil: Insomnie et autres poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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les rives adolescentes (Mohammed Dib)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2022


belle

ailleurs
sera le paysage

je t’attends
là-bas

il fera beau
sur les rives adolescentes

et tu seras belle
le sais-tu

(Mohammed Dib)

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CHANSON DE PANDÉMIE (Gérard Noiret)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2021




CHANSON DE PANDÉMIE

D’abord, c’est un ivrogne
Qui souffre et qui hurle par les rues,
Entre les rangs de pavillons
Et les blocs de HLM…

Ensuite, c’est un homme qui a perdu
Son fils ? Son chien ? Et qui appelle
A travers le quartier,
Si bien qu’on sort pour l’aider…

Enfin, c’est la Faucheuse
Qui enjoint de grossir,
D’un geste, le cortège exponentiel !
La Faucheuse aux mille appeaux :

Chahuts d’adolescents,
Rengaines de couteleurs,
Miaulements de chats (indifférenciables
du cri, la nuit, des nourrissons)…

(Gérard Noiret)

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La théorie du cheval (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2021




    
La théorie du cheval — la frise des femmes.
Les animaux qui auscultent le silence de la nuit,
une adolescente empêtrée dans une toile d’araignée,
un cri mourant dans le silence le plus froid.

L’explosion des épaules, le poing de ce regard,
la torsion de ce corps dans la fureur de l’amour,
l’explosion des mots comme le sperme dans la vulve,
la douceur satinée qui émane d’une lumière.

La nuit amoureuse jusqu’à la fin de la nuit.
Il n’existe pas de spectacle pour la vision intime.
Les corps les plus doux s’allument comme des lampes
et se baignent dans l’huile heureuse de l’absolu.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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TRISTESSE EN MAI (Léopold Sédar Senghor)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2021




    
TRISTESSE EN MAI

C’est la douceur fondue du soir
Transparent vers dix-sept heures au mois de Mai.
Et monte le parfum des roses.
Comme pièces de monnaie au fond de l’eau en zigzaguant
Tombe le compte lourd de ma journée.

Des cris — qui sait si c’est de haine ? —
Des mots de fronde sur des visages d’adolescents.
Poussière et dos ruisselants, enthousiasmes, essoufflements.
Des enveloppes douloureuses avec paysages de baobabs,
Corvées en file indienne et charognards sur fond d’azur.
Bien des confidences encore.
Et pour relever mes épaules,
Pour donner le courage d’un sourire à mes lèvres défaites,

Pas un rire d’enfants fusant comme bouquet de bambous,
Pas une jeune femme à la peau fraîche, puis douce et chaude,
Pas un livre pour accompagner la solitude du soir, Pas même un livre !

(Léopold Sédar Senghor)

Extrait de Poèmes perdus (1984)

Recueil: Anthologie Poésie africaine six poètes d Afrique francophone
Traduction:
Editions: Points

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THANK YOU SATAN (Léo Ferré)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2021



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Thank you satan

Pour la flamme que tu allumes
Au creux d’un lit pauvre ou rupin
Pour le plaisir qui s’y consume
Dans la toile ou dans le satin
Pour les enfants que tu ranimes
Au fond des dortoirs chérubins
Pour leurs pétales anonymes
Comme la rose du matin

Thank you Satan

Pour le voleur que tu recouvres
De ton chandail tendre et rouquin
Pour les portes que tu lui ouvres
Sur la tanière des rupins
Pour le condamné que tu veilles
A l’Abbaye du monte en l’air
Pour le rhum que tu lui conseilles
Et le mégot que tu lui sers

Thank you Satan

Pour les étoiles que tu sèmes
Dans le remords des assassins
Et pour ce coeur qui bat quand même
Dans la poitrine des putains
Pour les idées que tu maquilles
Dans la tête des citoyens
Pour la prise de la Bastille
Même si ça ne sert à rien

Thank you Satan

Pour le prêtre qui s’exaspère
A retrouver le doux agneau
Pour le pinard élémentaire
Qu’il prend pour du Château Margaux
Pour l’anarchiste à qui tu donnes
Les deux couleurs de ton pays
Le rouge pour naître à Barcelone
Le noir pour mourir à Paris

Thank you Satan

Pour la sépulture anonyme
Que tu fis à Monsieur Mozart
Sans croix ni rien sauf pour la frime
Un chien, croque-mort du hasard
Pour les poètes que tu glisses
Au chevet des adolescents
Quand poussent dans l’ombre complice
Des fleurs du mal de dix-sept ans

Thank you Satan

Pour le péché que tu fais naître
Au sein des plus raides vertus
Et pour l’ennui qui va paraître
Au coin des lits où tu n’es plus
Pour les ballots que tu fais paître
Dans le pré comme des moutons
Pour ton honneur à ne paraître
Jamais à la télévision

Thank you Satan

Pour tout cela et plus encor
Pour la solitude des rois
Le rire des têtes de morts
Le moyen de tourner la loi
Et qu’on ne me fasse point taire
Et que je chante pour ton bien
Dans ce monde où les muselières
Ne sont plus faites pour les chiens…

Thank you Satan !

(Léo Ferré)

Illustration

 

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ÉLÉGIE (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021



Illustration: Anne-François-Louis Janmot
    
ÉLÉGIE

Quel jardin habitent les vertes adolescentes ?
Quand elles chantent, leurs voix sont pures comme le cristal des collines ;
dans le silence du soir, quelle blanche obscurité les recouvre ?

Le prétexte du poème les poursuit.
Il leur donne l’éternité d’un chemin forestier,
en automne, parmi les troncs qui blanchissent.

Il entend leurs rires d’oiseaux
dans leur fièvre de partir.
La nuit tombe plus tôt.
Les champs ont abandonné l’écho des eaux,
le murmure indistinct d’un dieu.

Même un regard attentif ne reconnaît pas,
en ces fleurs piétinées par le couchant,
les lèvres que l’ombre a tues.

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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SUCCINCTES (Henry Bauchau)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2020




    
SUCCINCTES

Branches émerveillées
avant la fin de la lumière

*

Rayon oblique
dernier captif de
la fleur rouge

Enfants qui jouent
à petits cris
dans mon oreille

Cloches qui disent
Qui sers-tu ?

*
Main
qui plante
pour les papillons du futur

Rose blanche
Feuilles charmées par la pluie

*

Sur l’herbe passe
l’ombre d’un papillon

*

Ombre fine
Chardons bleus
En soleil
Amoureux

*

Branche de roses
Indéchiffrées
Son grand visage
Emplit mes yeux

*

Soleil
à l’état sauvage

*

Avril
adolescent
demi-nu
demi-dieu

*

La terre
aux genoux éclatants

*

Voyelle
Blanche
Soleil Muet
Sous les
Nuages

*

Liberté
D’or
Tilleul

(Henry Bauchau)

 

Recueil: Poésie complète
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Je vous ai bien eus (Michel Sardou)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020




Je sortais tout droit du Grand Meaulnes
Avec mes airs d’adolescent.
Je n’étais pourtant plus un môme
Depuis déjà longtemps.

Tu me prenais pour un poète,
Le pauvre type de toujours.
Les filles se payaient ma tête
Quand je parlais d’amour.

Je vous ai bien eus.
Je vous ai bien eus.

Je disais souvent : « L’Amérique,
Je sais que moi j’irai un jour
Et que j’en reviendrai plus riche
Que Dupont de Nemours. »

J’ai pris tous les avions du monde,
Dormi dans tous les trains de nuit,
Aimé dans des bordels immondes
Des femmes aux cheveux gris.

Je vous ai bien eus.
Je vous ai bien eus.

Je n’vous ressemblais pas.
Vous ne m’avez pas cru
Mais je vous ai bien eus,
Je vous ai bien eus.

J’ai toujours dansé sur les vagues
Quand on croyait que je sombrais.
Ma vie avait l’air d’une blague
Et pourtant, c’était vrai.

Je me suis fait, des jours de fête,
Eclater des fusées d’amour,
Comme je vais faire sauter ma tête
A l’aube du dernier jour.

Je vous ai bien eus.
Je vous ai bien eus.

Y avait déjà longtemps
Que je ne m’aimais plus
Mais je vous ai bien eus,
Je vous ai bien eus.

(Michel Sardou)

Illustration

 

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LA BEAUTÉ FRAPPE À TOUR DE BRAS (Gabriel Cousin)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020



LA BEAUTÉ FRAPPE À TOUR DE BRAS

Tout autour de moi la beauté frappe à tour de bras.
Partout chez mes amis la moisson de la beauté mûrit sous nos yeux extasiés.
Partout se lèvent des adolescents dont les muscles captent la lumière.
Partout se lèvent des adolescentes dont les formes tissent les mailles où se prennent nos coeurs.

A tour de bras fa beauté nous assaille
et nous devons sans relâche protéger nos yeux et nos lèvres, nos oreilles et nos voix.

(Gabriel Cousin)

 

 

 

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