Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘adolescent’

La théorie du cheval (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2021




    
La théorie du cheval — la frise des femmes.
Les animaux qui auscultent le silence de la nuit,
une adolescente empêtrée dans une toile d’araignée,
un cri mourant dans le silence le plus froid.

L’explosion des épaules, le poing de ce regard,
la torsion de ce corps dans la fureur de l’amour,
l’explosion des mots comme le sperme dans la vulve,
la douceur satinée qui émane d’une lumière.

La nuit amoureuse jusqu’à la fin de la nuit.
Il n’existe pas de spectacle pour la vision intime.
Les corps les plus doux s’allument comme des lampes
et se baignent dans l’huile heureuse de l’absolu.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

TRISTESSE EN MAI (Léopold Sédar Senghor)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2021




    
TRISTESSE EN MAI

C’est la douceur fondue du soir
Transparent vers dix-sept heures au mois de Mai.
Et monte le parfum des roses.
Comme pièces de monnaie au fond de l’eau en zigzaguant
Tombe le compte lourd de ma journée.

Des cris — qui sait si c’est de haine ? —
Des mots de fronde sur des visages d’adolescents.
Poussière et dos ruisselants, enthousiasmes, essoufflements.
Des enveloppes douloureuses avec paysages de baobabs,
Corvées en file indienne et charognards sur fond d’azur.
Bien des confidences encore.
Et pour relever mes épaules,
Pour donner le courage d’un sourire à mes lèvres défaites,

Pas un rire d’enfants fusant comme bouquet de bambous,
Pas une jeune femme à la peau fraîche, puis douce et chaude,
Pas un livre pour accompagner la solitude du soir, Pas même un livre !

(Léopold Sédar Senghor)

Extrait de Poèmes perdus (1984)

Recueil: Anthologie Poésie africaine six poètes d Afrique francophone
Traduction:
Editions: Points

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

THANK YOU SATAN (Léo Ferré)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2021



 Diable_5 [1280x768]

Thank you satan

Pour la flamme que tu allumes
Au creux d’un lit pauvre ou rupin
Pour le plaisir qui s’y consume
Dans la toile ou dans le satin
Pour les enfants que tu ranimes
Au fond des dortoirs chérubins
Pour leurs pétales anonymes
Comme la rose du matin

Thank you Satan

Pour le voleur que tu recouvres
De ton chandail tendre et rouquin
Pour les portes que tu lui ouvres
Sur la tanière des rupins
Pour le condamné que tu veilles
A l’Abbaye du monte en l’air
Pour le rhum que tu lui conseilles
Et le mégot que tu lui sers

Thank you Satan

Pour les étoiles que tu sèmes
Dans le remords des assassins
Et pour ce coeur qui bat quand même
Dans la poitrine des putains
Pour les idées que tu maquilles
Dans la tête des citoyens
Pour la prise de la Bastille
Même si ça ne sert à rien

Thank you Satan

Pour le prêtre qui s’exaspère
A retrouver le doux agneau
Pour le pinard élémentaire
Qu’il prend pour du Château Margaux
Pour l’anarchiste à qui tu donnes
Les deux couleurs de ton pays
Le rouge pour naître à Barcelone
Le noir pour mourir à Paris

Thank you Satan

Pour la sépulture anonyme
Que tu fis à Monsieur Mozart
Sans croix ni rien sauf pour la frime
Un chien, croque-mort du hasard
Pour les poètes que tu glisses
Au chevet des adolescents
Quand poussent dans l’ombre complice
Des fleurs du mal de dix-sept ans

Thank you Satan

Pour le péché que tu fais naître
Au sein des plus raides vertus
Et pour l’ennui qui va paraître
Au coin des lits où tu n’es plus
Pour les ballots que tu fais paître
Dans le pré comme des moutons
Pour ton honneur à ne paraître
Jamais à la télévision

Thank you Satan

Pour tout cela et plus encor
Pour la solitude des rois
Le rire des têtes de morts
Le moyen de tourner la loi
Et qu’on ne me fasse point taire
Et que je chante pour ton bien
Dans ce monde où les muselières
Ne sont plus faites pour les chiens…

Thank you Satan !

(Léo Ferré)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

ÉLÉGIE (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021



Illustration: Anne-François-Louis Janmot
    
ÉLÉGIE

Quel jardin habitent les vertes adolescentes ?
Quand elles chantent, leurs voix sont pures comme le cristal des collines ;
dans le silence du soir, quelle blanche obscurité les recouvre ?

Le prétexte du poème les poursuit.
Il leur donne l’éternité d’un chemin forestier,
en automne, parmi les troncs qui blanchissent.

Il entend leurs rires d’oiseaux
dans leur fièvre de partir.
La nuit tombe plus tôt.
Les champs ont abandonné l’écho des eaux,
le murmure indistinct d’un dieu.

Même un regard attentif ne reconnaît pas,
en ces fleurs piétinées par le couchant,
les lèvres que l’ombre a tues.

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SUCCINCTES (Henry Bauchau)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2020




    
SUCCINCTES

Branches émerveillées
avant la fin de la lumière

*

Rayon oblique
dernier captif de
la fleur rouge

Enfants qui jouent
à petits cris
dans mon oreille

Cloches qui disent
Qui sers-tu ?

*
Main
qui plante
pour les papillons du futur

Rose blanche
Feuilles charmées par la pluie

*

Sur l’herbe passe
l’ombre d’un papillon

*

Ombre fine
Chardons bleus
En soleil
Amoureux

*

Branche de roses
Indéchiffrées
Son grand visage
Emplit mes yeux

*

Soleil
à l’état sauvage

*

Avril
adolescent
demi-nu
demi-dieu

*

La terre
aux genoux éclatants

*

Voyelle
Blanche
Soleil Muet
Sous les
Nuages

*

Liberté
D’or
Tilleul

(Henry Bauchau)

 

Recueil: Poésie complète
Traduction:
Editions: Actes Sud

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je vous ai bien eus (Michel Sardou)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020




Je sortais tout droit du Grand Meaulnes
Avec mes airs d’adolescent.
Je n’étais pourtant plus un môme
Depuis déjà longtemps.

Tu me prenais pour un poète,
Le pauvre type de toujours.
Les filles se payaient ma tête
Quand je parlais d’amour.

Je vous ai bien eus.
Je vous ai bien eus.

Je disais souvent : « L’Amérique,
Je sais que moi j’irai un jour
Et que j’en reviendrai plus riche
Que Dupont de Nemours. »

J’ai pris tous les avions du monde,
Dormi dans tous les trains de nuit,
Aimé dans des bordels immondes
Des femmes aux cheveux gris.

Je vous ai bien eus.
Je vous ai bien eus.

Je n’vous ressemblais pas.
Vous ne m’avez pas cru
Mais je vous ai bien eus,
Je vous ai bien eus.

J’ai toujours dansé sur les vagues
Quand on croyait que je sombrais.
Ma vie avait l’air d’une blague
Et pourtant, c’était vrai.

Je me suis fait, des jours de fête,
Eclater des fusées d’amour,
Comme je vais faire sauter ma tête
A l’aube du dernier jour.

Je vous ai bien eus.
Je vous ai bien eus.

Y avait déjà longtemps
Que je ne m’aimais plus
Mais je vous ai bien eus,
Je vous ai bien eus.

(Michel Sardou)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

LA BEAUTÉ FRAPPE À TOUR DE BRAS (Gabriel Cousin)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020



LA BEAUTÉ FRAPPE À TOUR DE BRAS

Tout autour de moi la beauté frappe à tour de bras.
Partout chez mes amis la moisson de la beauté mûrit sous nos yeux extasiés.
Partout se lèvent des adolescents dont les muscles captent la lumière.
Partout se lèvent des adolescentes dont les formes tissent les mailles où se prennent nos coeurs.

A tour de bras fa beauté nous assaille
et nous devons sans relâche protéger nos yeux et nos lèvres, nos oreilles et nos voix.

(Gabriel Cousin)

 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LES TEMPS VÉCUS (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2019


 


 

Adrian Borda 564d259e1ce62 [1280x768]

LES TEMPS VÉCUS

L’adolescent vêtu de quelques lèvres
Amène un peu de chaleur à son cou
Il entend vivre et mourir dans ses veines
Le cri d’un autre. Il jette sur les loups
Un frais manteau de vents et de lanternes.

S’il dit le mot pour délivrer la pierre
L’écho rejette et la pierre et le mot
Et s’il rejoint son ombre sur la terre
La terre écrit des lignes sur sa peau
Dans chaque paume il naît des baisers d’herbes.

Laisserez-vous cette main qui s’arrête
Ce corps peureux de fondre dans la voix
Cet arbre droit dans une vie première
Laisserez-vous se perdre un jeune roi
Qui peut mourir d’oublier ses prières.

Jetez un cri ! Sa poitrine est ouverte
A tous les sels que le vent jettera
C’est un enfant qui n’a plus de paupières
Il boit le monde et nul ne fermera
Cet oeil en nous qui garde nos tempêtes.

(Robert Sabatier)

Illustration: Adrian Borda

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

17 ans (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019



 

Giuseppe Cacciapuoti julia

17 ans
Une femme une enfant
Qui ne sait rien encore
Et découvre son corps
Que le soleil enivre
Et que la nuit délivre

17 ans
Un sourire innocent
Et le regard docile
Sous un rideau de cils
Mais une faim de loup
Et une soif de tout

17 ans
Des seins de satin blanc
Semblent narguer le vent
De leur charme insolent

17 ans
Et prendre encore le temps
Le temps de refuser
Le monde organisé
Et faire à l´heure présente
Un aujourd´hui qui chante

17 ans
Et vivre à chaque instant
Ses caprices d´enfant
Ses désirs exigeants

17 ans
J´étais adolescent
Et je le suis encore
En découvrant ton corps
Comme un fruit éclaté
Comme un cri révolté

17 ans déjà

17 ans tu n´as
Que 17 ans
Mon amour
Mon enfant

(Georges Moustaki)

Illustration: Giuseppe Cacciapuoti

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Par l’appel souriant de sa claire étendue (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2019



 

Par l’appel souriant de sa claire étendue
Et les feux agités de ses miroirs dansants,
La mer, magicienne éblouissante et nue,
Eveille aux grands espoirs les meurs adolescents.

Pour tenter de la fuir leur effort est stérile ;
Les moins aventureux deviennent ses amants,
Et, dès lors, un regret éternel les exile,
Car l’on ne guérit point de ses embrassements.

C’est elle, la première, en ouvrant sa ceinture
D’écume, qui m’offrit son amour dangereux
Dont mon âme a gardé pour toujours la brûlure
Et dont j’ai conservé le reflet dans mes yeux.

(Jean de la Ville de Mirmont)

Illustration: William Bouguereau

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :