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Tout s’accomplit (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2016



Tout s’accomplit

Nous nous tûmes soudain, nous attendîmes,
dans un grand calme, plein d’espoir,
un oiseau se détachant des cimes
nous n’eussions pu mieux le voir

Que cette joie qui s’avançait énorme
vers nous, dans la douce rumeur,
elle empruntait les agréables formes
enfouies au fond de nos cœurs,

C’était tout ce qu’à une époque
lointaine on avait aimé : la cour
vaste d’une auberge ; la coque
d’un navire et les sables autour.

Une maison hors des murs du village,
hospitalité, plaisir des enfants,
les amis que retient l’orage,
on parle, on rit, le matin vous surprend,

Et ce désir trop grand pour la poitrine
de tes dix ans, le voici, devant toi
le bateau qui derrière une vitrine
te menait vers le large autrefois,

La mer aussi qui entourait ta tête,
île pleine de merveilleux couchants,
l’air salé, puis les solaires fêtes
où rêvait ton âme d’adolescent,

Les jardins, les terrasses où jeune homme
tu voulais conduire la bien-aimée
la beauté qu’avec peur tu nommes
et qui déchire ses voiles de fumées,

Il y avait des paroles, des gestes
qui faisaient mal. Comment donc étaient-ils ?
Ici rien ne peut blesser et il reste
des mots que l’on a dit les lumineux fils,

Il y avait certainement quelque chose
que nous ignorions jusqu’à maintenant,
peut-être que la porte n’était pas close
mais nous n’avons pas su regarder en entrant

O ! Forêts ! O ! Montagnes ! Rivières !
Vous vous unissez à nous aujourd’hui,
nos lignes se mêlent à vos lumières.
Vous êtes les astres. Nous, la nuit.

Nous apercevons maintenant le face
du monde allumé de toutes parts.
Nous sommes au fond de lui. A la surface
Tremblent nos feuilles de nénuphars,

Nous savons ici comment faire
pour nous perdre vraiment dans tout
ce nuage en train de se défaire
n’est qu’une partie de nous.

(Ilarie Voronca)

Illustration

 

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Quelqu’un était venu troubler votre coeur (Sandro Penna)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2016



Quelqu’un était venu troubler votre coeur
libres spectateurs sans nom
soucieux et indifférents dans l’ennui,
dans la joie pour vous de la saison.

Quelqu’un était venu vieillir votre coeur
libres adolescents sans amour
soucieux et indifférents dans la joie,
dans l’ennui pour vous de son péché.

Quelqu’un était venu et puis s’en était allé
vous laissant dans les corbeilles, comme fruits au marché.

***

Qualcuno era venuto a turbare il vostro cuore
liberi spettatori senza nome
assorti e indifferenti ferenti nella noia,
nella gioia per voi della stagione.

Qualcuno era venuto a invecchiare il vostro cuore
liberi adolescenti senza amore
assorti e indifferenti erenti nella gioia,
nella noia per voi del suo peccato.

Qualcuno era venuto e poi se n’era andato
lasciandovi nei cesti, come frutti al mercato.

(Sandro Penna)

 

 

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Au hasard des jours (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2016



Au hasard des jours
un adolescent se jette
du dixième étage, des insectes s’immiscent
entre mur et cloison
l’enfant retardé s’étonne d’un miroir
la page d’un cahier
est arrachée pour une tache
Ainsi s’épuise
lentement le temps

(Georges Bonnet)

 

 

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Les voyageurs éternels (Marie-Hérèse Hiégel)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2016



A coups de cafard
Je trébuche sur la vie
A roue libre
Je dévale ma misère

En bas les oiseaux
Epient mon sourire
Plus loin les arbres
Plongent sur moi
Leurs grandes ailes prisonnières
Et je vais heureuse
Dans l’eau des rires adolescents
Purifier mon coeur
Je regarde à travers
Mes cils inondés
Les voyageurs éternels
Du bonheur que tu m’as donné

(Marie-Hérèse Hiégel)

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L’amour dessine (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2016



L’amour dessine dans mes yeux le corps convoité
comme un lanceur de couteaux
tatouant sur le mur avec crainte et adresse
la nudité immobile de celle qu’il aime.

Ainsi, dans l’ombre, fragments de ceux que j’ai aimés,
lubriques visages adolescents,
parmi eux je suis un autre fantôme.

Parfois, dans la nuit,
ils m’ont dit que mon cœur n’existait pas.
mais j’écoute les chansons ambiguës
d’un pays dévasté par les pluies.

**

El amor dibuja en mis ojos el cuerpo anhelado
como un lanzador de cuchillos
tatuando en la pared con temor y destreza
la desnudez inmóvil de la que ama.

Así, en lo oscuro, fragmentos de los que amé,
lúbricos rostros adolescentes,
entre ellos soy otro fantasma.

A veces, en la noche,
me dijeron que mi corazón no existe.
pero escucho canciones ambiguas
de un país arrasado por las lluvias.

(Alejandra Pizarnik)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

 

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La machine (Léon-Paul Fargue)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2016




Ce qui ne se conçoit pas, c’est la machine à mettre fin aux sensibilités.
Il y aura toujours un adolescent qui pleure dans un coin,
des ombres qui passent dans un parc,
même si les arbres sont en duralumin.

(Léon-Paul Fargue)

 Illustration

 

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L’adolescent (André Frédérique)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2016



 

Un grand jeune homme
aux mains moites
n’arrête pas de croître
en toutes directions

Sa tête grossit comme une citrouille
son front se balade entre les nuages
ses jambes s’allongent dans la mer
ses doigts s’enroulent autour des arbres
comme du chèvre-feuille

Les parents guettent au bout du télescope
un regard lointain
de cette lune livide

(André Frédérique)

 

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A L’OREE DU BONHEUR (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2015




A L’OREE DU BONHEUR

I

L’ombre des bancouliers fera fleurir nos rêves.
Nous irons implorer, dans la ferveur du soir,
La grâce et le parfum du parc où, pour s’asseoir,
Nos âmes choisiront le banc ouaté des rêves.

Le bruit sourd de la ville errera,loin de nous.
Le souci, le chagrin éteindront leurs lumières,
Au souffle calme et sain des ténèbres premières.
Le bonheur éploiera ses frondaisons sur nous.

Nos lèvres scelleront d’un splendide silence
L’hymne d’or qu’un baiser cueillera de nos coeurs.
Et tu verras nos jours, lucides et vainqueurs,
Suspendre leur triomphe aux rameaux du silence.

II

Pourquoi retardes-tu l’heure ouverte en ta main ?
J’ai déjà composé la romance promise.
Tu me la chanteras de cette voix soumise
Qui du sort attendri conjure le dédain.

Frémissant de caresse et palmé de désir,
Tu sentiras, alors, au creux de ton épaule,
L’élan pur de mes doigts enrouler leurs plaisirs
Sur ton cou svelte ainsi qu’un collier d’auréole.

Mes songes nageront dans l’étang de tes yeux :
J’y verrai, comme un sang au rebord d’un calice,
Les gouttes de l’amour empourprer nos délices
Et combler de nos voeux le lac silencieux.

III

Les herbes dont le puits embellit sa margelle
S’enivreront de brise au vol lent des frissons.
Sous les flots des lilas que le printemps flagelle
Se formera le lit suave des gazons.

De la chute du jour s’érigera la stèle.
La main du souvenir y peindra l’écusson.
Seuls, nous déchiffrerons les signes dont s’attèle
Le chariot du temps au pré de l’horizon.

Et nous regarderons, par les sentes désertes,
Conduire jusqu’à nous la richesse des voeux
Le séraphin des nuits que, seule, déconcerte,
Comme moi, la splendeur lourde de tes cheveux…

IV

Tu n’auras pas de mot. Je serai sans parole.
Insensible aux versets que clameront les sens,
La Fierté saura taire au pied de son idole
Le chant originel dans l’odeur des encens…

L’amour resplendira des choses virginales.
Des tiges du tanguin qui nous tiendra captifs,
Nos mains feront jaillir quelles sèves finales
Et baigner nos désirs dans le lac primitif.

L’azur allumera ses promesses stellaires
Sur nous deux ; il fera, comme un phare d’honneur,
Etinceler dans l’ombre où mourront les colères
Notre coeur chavirant aux confins du bonheur…

V

L’ivresse surprendra ma lèvre sur ta lèvre.
La Quiétude lourde, O soeur d’élection,
Pèsera sur nos fronts comme une fleur de fièvres
Dont l’aromate embaume avant l’éclosion.

Un souffle adolescent mourra de rêveries
Sous tes cheveux défaits trop chargés de langueur.
La lune, souveraine, au tournant des prairies,
Mûrira sur ton sein en fondantes vigueurs…

Tu ne bougeras pas. Nous serons immobiles.
Les vagues du secret hausseront, baisseront
En vain le rythme pur de nos oeuvres débiles
Que les doubles torpeurs du destin berceront…

(Jacques Rabemananjara)

Illustration: Lydia Percheron

 

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LE CHANTEUR (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2015




LE CHANTEUR

Avez-vous entendu aux bois la voix nocturne
du poète d’amour chantant son infortune ?
Lorsque les champs au matin se taisaient,
ce chant pur et traînant du pipeau,
l’avez-vous entendu ?

L’avez-vous rencontré au plus sombre des bois,
le poète d’amour chantant son infortune ?
Avez-vous reconnu la trace de ses larmes,
son sourire, ses yeux, voilés par la langueur ?
L’avez-vous rencontré ?

Avez-vous soupiré, oyant la douce voix
du poète d’amour chantant son infortune ?
Voyant l’adolescent errer dans la forêt
et croisant le regard de ses yeux embués,
avez-vous soupiré ?

(Alexandre Pouchkine)

Illustration: David Jay Spyker

 

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Veux-tu connaître ma richesse? (Marina Tsvétaïéva)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2015



Veux-tu connaître ma richesse?
Le cheval galope,
Les morts — dorment, les oiseaux — chantent.

L’adolescent — halète et furète,
Les femmes insensées — pleurent.
Ma richesse — un présent de larmes!

(Marina Tsvétaïéva)


Illustration: Anne-Louis Girodet de Roussy Trioson

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