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Poésie

Posts Tagged ‘adorable’

Les enfants (René Char)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2019



 

Chelin Sanjuan 1fffc48d6

Les enfants réalisent ce miracle adorable
de demeurer des enfants
et de voir par nos yeux.

(René Char)

Illustration: Chelin Sanjuan

 

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LES HÉRAUTS NOIRS (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019



 


Illustration: ArbreaPhotos
    
LES HÉRAUTS NOIRS

Il est des coups dans la vie, si rudes… Je ne sais!
Des coups comme de la haine de Dieu; comme si avec eux,
le ressac de toutes les souffrances
s’enlisait dans l’âme… Je ne sais!

Ils sont rares; mais ils sont… Ils ouvrent des saignées obscures
dans le visage le plus farouche et dans le flanc le plus fort.
Ils sont peut-être les poulains de barbares attilas;
ou bien les hérauts noirs que nous envoie la Mort.

Ils sont les chutes profondes des Christs de l’âme,
d’une foi adorable que le Destin blasphème.
Ces coups sanglants sont les crépitations
d’un pain que nous laissons brûler à la porte du four.

Et l’homme… Le pauvre… Le pauvre! Il tourne les yeux, comme
quand nous appelle une tape sur l’épaule ;
il tourne ses yeux fous, et tout le vécu
s’enlise, telle une flaque de faute, dans le regard.

Il est des coups dans la vie, si rudes… Je ne sais!

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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À une dame qui lui demandait des énigmes (Claude Malleville)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2019



Olga Naletova    (41)

À une dame qui lui demandait des énigmes

Je suis en même temps et de glace et de flamme,
La crainte et le désir accompagnent mes pas,
Ma peine a ses plaisirs, mon mal a ses appas
Et ma propre douleur me tient lieu de dictame.

En cet étrange état où souvent je me pâme,
J’ignore également la vie et le trépas.
Les endroits où je suis, c’est où je ne suis pas
Et j’ai du mouvement, bien que je sois sans âme.

Mon esprit de mon corps est toujours dégagé,
Un astre fait la nuit où je me vois plongé,
Un aveugle me guide, un enfant me conseille.

Je suis dans la prison et j’erre en mille lieux.
Voilà le seul énigme, adorable merveille,
Où ne pénètre point la clarté de vos yeux.

(Claude Malleville)

Illustration: Olga Naletova

 

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EVADNE (René Char)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2019



 

Bruno Di Maio 191

EVADNE

L’été et notre vie étions d’un seul tenant
La campagne mangeait la couleur de ta jupe odorante
Avidité et contrainte s’étaient réconciliées
Le château de Maubec s’enfonçait dans l’argile
Bientôt s’effondrerait le roulis de sa lyre
La violence des plantes nous faisait vaciller
Un corbeau rameur sombre déviant de l’escadre
Sur le muet silex de midi écartelé
Accompagnait notre entente aux mouvements tendres
La faucille partout devait se reposer
Notre rareté commençait un règne
(Le vent insomnieux qui nous ride la paupière
En tournant chaque nuit la page consentie
Veut que chaque part de toi que je retienne
Soit étendue à un pays d’âge affamé et de larmier géant).

C’était au début d’adorables années
La terre nous aimait un peu je me souviens.

(René Char)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Bruno Di Maio

 

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Souvenir (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2019



Allan Douglas Davidson a-reclining-female-nude-in-a-sunlit-glade

Souvenir

Le ciel, aux lueurs apaisées,
Rougissait le feuillage épais,
Et d’un soir de mai, doux et frais,
On sentait perler les rosées.

Tout le jour, le long des sentiers,
Vous aviez, aux mousses discrètes,
Cueilli les pâles violettes
Et défleuri les églantiers.

Vous aviez fui, vive et charmée,
Par les taillis, en plein soleil ;
Un flot de sang jeune et vermeil
Pourprait votre joue animée.

L’écho d’argent de votre voix
Avait sonné sous les yeuses,
D’où les fauvettes envieuses
Répondaient toutes à la fois.

Et rien n’était plus doux au monde
Que de voir, sous les bois profonds,
Vos yeux si beaux, sous leurs cils longs,
Etinceler, bleus comme l’onde !

O jeunesse, innocence, azur !
Aube adorable qui se lève !
Vous étiez comme un premier rêve
Qui fleurit au fond d’un coeur pur !

Le souffle des tièdes nuées,
Voyant les roses se fermer,
Effleurait, pour s’y parfumer,
Vos blondes tresses dénouées.

Et déjà vous reconnaissant
A votre grâce fraternelle,
L’Etoile du soir, blanche et belle,
S’éveillait à l’Est pâlissant.

C’est alors que, lasse, indécise,
Rose, et le sein tout palpitant,
Vous vous blottîtes un instant
Dans le creux d’un vieux chêne assise.

Un rayon, par l’arbre adouci,
Teignait de nuances divines
Votre cou blanc, vos boucles fines.
Que vous étiez charmante ainsi !

Autour de vous les rameaux frêles,
En vertes corbeilles tressés,
Enfermaient vos bras enlacés,
Comme un oiseau fermant ses ailes ;

Ou comme la Dryade enfant,
Qui dort, s’ignorant elle-même,
Et va rêver d’un Dieu qui l’aime
Sous l’écorce qui la défend !

Nous vous regardions en silence.
Vos yeux étaient clos ; dormiez-vous ?
Dans quel monde joyeux et doux
L’emportais-tu, jeune Espérance ?

Lui disais-tu qu’il est un jour
Où, loin de la terre natale,
La Vierge, d’une aile idéale,
S’envole au ciel bleu de l’amour ?

Qui sait ? L’oiseau sous la feuillée
Hésite et n’a point pris l’essor,
Et la Dryade rêve encor…
Un Dieu ne l’a point éveillée !

(Leconte de Lisle)

Illustration: Allan Douglas Davidson

 

 

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Ton rire (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019



Ton rire

Les fleurs se prosternent
Devant tes pas menus
Tu ris dans l’herbe
Sous un gai soleil
Ou sous la pluie
Qui te fait cet adorable visage
Mouillé qui reste enjoué
Et qu’on a envie d’essuyer
Non avec un mouchoir
Mais avec des baisers
Et dans la candeur de l’aube
Ton regard en prend la couleur

Tu ris sous le feuillage attentif
D’un arbre qui songe
Déjà à une abondance de fruits
Rien que pour te faire plaisir
Car il aime te voir croquer ses pommes
Et danser autour de lui
Dans le pré verdoyant
En légère robe d’été
Qui incite au péché.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Kendrick Sydney

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Être angélique (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018


Ce petit corps charmant que semble avoir sculpté la main la plus habile
Comme il est là flottant, souple et sans ossature, au mollusque pareil!
En lui tout est organe, et tout s’y articule, et tout y plaît aux yeux.
Tout y est fait selon les normes, tout y est mobile à volonté.
Des hommes, j’en connais, des animaux aussi, tant oiseaux que poissons,
Et maints reptiles bien à part, miracles nés de la grande nature;
Pourtant je te regarde avec stupeur, Bettine, adorable miracle,
Toi qui es tout cela ensemble et qui, de plus, es un être angélique.

***

Wie, von der künstlichsten Hand geschnitzt, das liebe Figürchen,
Weich und ohne Gebein, wie die Molluska nur schwimmt!
Alles ist Glied, und alles Gelenk, und alles gefällig,
Alles nach Maßen gebaut, alles nach Willkür bewegt.
Menschen hab ich gekannt und Tiere, so Vögel als Fische,
Manches besondre Gewürm, Wunder der großen Natur;
Und doch staun ich dich an, Bettine, liebliches Wunder,
Die du alles zugleich bist, und ein Engel dazu.

(Goethe)

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Dame à son miroir (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2018



Illustration: Paul Delvaux
    
Dame à son miroir

Comme on fait fondre en la boisson du soir
des épices, elle dissout ses gentes las
dans la fluide transparence du miroir;
et elle y met tout son sourire.

puis elle attend que le liquide monte;
versant alors sa chevelure
dans le miroir, et faisant ressortir
de la robe du soir son épaule adorable,

elle boit, calme, son image. Elle boit
ce qu’un amant boirait dans le vertige,
goûtant, pleine de défiance; et ne fait signe

à la soubrette que lorsqu’au fond
de son miroir elle découvre des lumières,
des armoires et le trouble d’une heure tardive.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Non, je ne t’oublierai pas (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2018



Illustration: Freydoon Rassouli  
    
Non, je ne t’oublierai pas,
quoi que je devienne,
lumière juste, adorable,
prémices terriennes.

La moindre de tes promesses
a été tenue
depuis que tu m’as rompu
le coeur sans rudesse.

Figure brève, précoce,
entrevue à peine :
j’ose, d’avoir su la force,
l’éloge du frêle.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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L’irréparable (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



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L’irréparable

Pouvons-nous étouffer le vieux, le long Remords,
Qui vit, s’agite et se tortille,
Et se nourrit de nous comme le ver des morts,
Comme du chêne la chenille ?
Pouvons-nous étouffer l’implacable Remords ?

Dans quel philtre, dans quel vin, dans quelle tisane,
Noierons-nous ce vieil ennemi,
Destructeur et gourmand comme la courtisane,
Patient comme la fourmi ?
Dans quel philtre ? – dans quel vin ? – dans quelle tisane ?

Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais,
A cet esprit comblé d’angoisse
Et pareil au mourant qu’écrasent les blessés,
Que le sabot du cheval froisse,
Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais,

A cet agonisant que le loup déjà flaire
Et que surveille le corbeau,
A ce soldat brisé ! s’il faut qu’il désespère
D’avoir sa croix et son tombeau ;
Ce pauvre agonisant que déjà le loup flaire !

Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?
Peut-on déchirer des ténèbres
Plus denses que la poix, sans matin et sans soir,
Sans astres, sans éclairs funèbres ?
Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?

L’Espérance qui brille aux carreaux de l’Auberge
Est soufflée, est morte à jamais !
Sans lune et sans rayons, trouver où l’on héberge
Les martyrs d’un chemin mauvais !
Le Diable a tout éteint aux carreaux de l’Auberge !

Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ?
Dis, connais-tu l’irrémissible ?
Connais-tu le Remords, aux traits empoisonnés,
A qui notre coeur sert de cible ?
Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ?

L’Irréparable ronge avec sa dent maudite
Notre âme, piteux monument,
Et souvent il attaque, ainsi que le termite,
Par la base le bâtiment.
L’Irréparable ronge avec sa dent maudite !

– J’ai vu parfois, au fond d’un théâtre banal
Qu’enflammait l’orchestre sonore,
Une fée allumer dans un ciel infernal
Une miraculeuse aurore ;
J’ai vu parfois au fond d’un théâtre banal

Un être, qui n’était que lumière, or et gaze,
Terrasser l’énorme Satan ;
Mais mon coeur, que jamais ne visite l’extase,
Est un théâtre où l’on attend
Toujours, toujours en vain, l’Être aux ailes de gaze !

(Charles Baudelaire)

Illustration: Salvador Dali

 

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