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Poésie

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NOTES D’AUTOMNE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



John Atkinson Grimshaw  [800x600]

NOTES D’AUTOMNE

Silence… l’automne règne en la ville…
Il pleut… et c’est la pluie, uniquement…
Paix de plomb… le vent… et avec le vent
Les feuilles, en toute hâte, défilent…

Ouvre, laisse-moi entrer, adorée,
Avec branches, feuilles sèches, j’accours ;
Triste, une fille est morte dans le bourg, —
Sous la pluie on l’a conduite, enterrée…

Ouvre-moi… l’automne règne en la ville,
La terre entière est un tombeau béant…
Il pleut… et sur le bourg, avec le vent,
Les feuilles, en toute hâte, défilent…

(George Bacovia)

 Illustration: John Atkinson Grimshaw

 

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Les Soeurs de Charité (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2018



Illustration: Alex Alemany
    
Les Soeurs de Charité

Le jeune homme dont l’oeil est brillant, la peau brune,
Le beau corps de vingt ans qui devrait aller nu,
Et qu’eût, le front cerclé de cuivre, sous la lune
Adoré, dans la Perse, un Génie inconnu,

Impétueux avec des douceurs virginales
Et noires, fier de ses premiers entêtements,
Pareil aux jeunes mers, pleurs de nuits estivales,
Qui se retournent sur des lits de diamants ;

Le jeune homme, devant les laideurs de ce monde,
Tressaille dans son coeur largement irrité,
Et plein de la blessure éternelle et profonde,
Se prend à désirer sa soeur de charité.

Mais, ô Femme, monceau d’entrailles, pitié douce,
Tu n’es jamais la Soeur de charité, jamais,
Ni regard noir, ni ventre où dort une ombre rousse,
Ni doigts légers, ni seins splendidement formés.

Aveugle irréveillée aux immenses prunelles,
Tout notre embrassement n’est qu’une question :
C’est toi qui pends à nous, porteuse de mamelles,
Nous te berçons, charmante et grave Passion.

Tes haines, tes torpeurs fixes, tes défaillances,
Et les brutalités souffertes autrefois,
Tu nous rends tout, ô Nuit pourtant sans malveillances,
Comme un excès de sang épanché tous les mois.

– Quand la femme, portée un instant, l’épouvante,
Amour, appel de vie et chanson d’action
Viennent la Muse verte et la Justice ardente
Le déchirer de leur auguste obsession.

Ah ! sans cesse altéré des splendeurs et des calmes,
Délaissé des deux Soeurs implacables, geignant
Avec tendresse après la science aux bras almes,
Il porte à la nature en fleur son front saignant.

Mais la noire alchimie et les saintes études
Répugnent au blessé, sombre savant d’orgueil ;
Il sent marcher sur lui d’atroces solitudes
Alors, et toujours beau, sans dégoût du cercueil,

Qu’il croie aux vastes fins, Rêves ou Promenades
Immenses, à travers les nuits de Vérité
Et t’appelle en son âme et ses membres malades
0 Mort mystérieuse, ô soeur de charité.

(Arthur Rimbaud)

 

Recueil: Rimbaud Cros Corbière Lautréamont Oeuvres Poétiques complètes
Traduction:
Editions: Robert Laffont

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Le parfum (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Le parfum

Lecteur, as-tu quelquefois respiré
Avec ivresse et lente gourmandise
Ce grain d’encens qui remplit une église,
Ou d’un sachet le musc invétéré ?

Charme profond, magique, dont nous grise
Dans le présent le passé restauré !
Ainsi l’amant sur un corps adoré
Du souvenir cueille la fleur exquise.

De ses cheveux élastiques et lourds,
Vivant sachet, encensoir de l’alcôve,
Une senteur montait, sauvage et fauve,

Et des habits, mousseline ou velours,
Tout imprégnés de sa jeunesse pure,
Se dégageait un parfum de fourrure.

(Charles Baudelaire)

 

 

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Chant (Mario Luzi)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018



Chant

Où vas-tu, toi qui dans le vent aride cours
par une de ces rues sans saisons
derrière des murs lumineux de laquelle
un pas qui vient à retentir excite les chiens
et éveille l’écho ? Vus de la maison
d’où je te regarde, où le corps est vivant,
mouvement et quiétude se défont.

Je t’invoque pour la nuit
qui vient et pour le sommeil ;
toi qui souffres, toi seule peut me secourir
dans ce passage aveugle du temps
vers le temps, dans cet âpre voyage
de celui que je suis à celui que je serai,
vivant une vie dans la vie,
dormant un sommeil dans le sommeil.
Toi, adorée, qui souffres comme moi,
toi dont cela me donne le vertige de penser
que le temps, ce froid
parmi les astres et sur les tempes et autre chose encore, contient
la naissance, la maladie, la mort,
la présence de mon ciel et la perte.

***

Dove vai che nel vento arido corri
una di quelle vie senza stagioni
dietro i cui muri luminosi
un passo che rintroni aizza i cani
e sveglia l’eco ? Visti dalla casa
da cui ti guardo, dove il corpo vive,
movimento e quietudine si sfanno.

T’invoco per la notte
che viene e per il sonno ;
tu che soffri, tu sola puoi soccorrermi
in questo cieco transito dal tempo
al tempo, in questo aspro viaggio
da quel che sono a quello che saro
vivendo una vita nella vita,
dormendo un sonno nel sonno.
Tu, adorata, che soffri comme me,
di cui mi dà vertigine pensare
che il tempo, questo freddo
tra gli astri e sulle tempie e altro, contiene
la nascita, la malattia, la morte,
la presenza nel mio cielo e la perdita.

(Mario Luzi)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Cesar Santos

 

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LA MER SANS RIVAGES (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



Illustration: Utagawa Kunisada
    
LA MER SANS RIVAGES
Li-Hun-Chang

O Dragon !
toi qui gouvernes la Mer sans rivages de la Mort,

Quand, dans une ardente rêverie, penché vers ma bien-aimée, je bois son haleine,
Viens, alors, viens voler son souffle adoré ;

emporte l’amante sur ton vaisseau-spectre.
Et prends-moi avec elle, afin que nous naviguions ensemble,
sans relâche, ivres d’amour, éternellement.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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À GYRINNO (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Francine Van Hove
    
À GYRINNO

Ne crois pas que je t’aie aimée.
Je t’ai mangée comme une figue mûre,
je t’ai bue comme une eau ardente,
je t’ai portée autour de moi comme une ceinture de peau.

Je me suis amusée de ton corps,
parce que tu as les cheveux courts,
les seins en pointe sur ton corps maigre,
et les mamelons noirs comme deux petites dattes.

Comme il faut de l’eau et des fruits,
une femme aussi est nécessaire,
mais déjà je ne sais plus ton nom,
toi qui as passé dans mes bras comme l’ombre d’une autre adorée.

Entre ta chair et la mienne, un rêve brûlant m’a possédée.
Je te serrais sur moi comme sur une blessure et je criais :
Mnasidika! Mnasidika! Mnasidika!

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ma chérie (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Illustration: Carolus Duran
    
Ma chérie

C’est vrai que les pétales se rejoignent, le soir.
Je ne voulais même pas t’embrasser,
Juste te sentir ici, près de moi,
Comme le petit enfant aime sentir sa mère.
Le poirier sauvage se mêle à la branche greffée,
Moi aussi, je suis devenu meilleur, depuis que tu m’as greffé tes baisers.
Mon adorée,
Et je suis plus beau, aussi, comme la nuit
Est plus belle grâce à ses astres innombrables.

Tu es la chaleur : un vent printanier qui annonce la pluie,
Qui enseigne aux enfants le jeu du chat perché
Et redresse les herbes embourbées.
Il y a longtemps que l’horizon broussailleux de mon torse t’attendait,
Tantôt affamé, tantôt transi de froid,
La horde des passions donnait des coups de cornes
Maintenant, la voilà
Paissant paisiblement dans le pré
Tes mots de lys, de giroflées.

Car tu es venue, oui,
Tu devais venir, mon Adorée.
Il fait encore sombre
On ne voit même pas notre souffle,
Mais déjà sur notre fenêtre s’épanouissent des fleurs de givre.
L’aube se lève au dehors,
Et mes lèvres parlent encore la langue des baisers.

(Attila Jozsef)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Le mendiant de la beauté
Traduction: Francis Combes, Cécile Guichard, Georges Kassai
Editions: Le temps des cerises

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Vers les yeux des sirènes (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



Vers les yeux des sirènes
Qu’on déserte la ville! que nul rallume
L’autel! nous laisserons à tout jamais,ce soir,
Les dieux horribles de la terre,et dans le noir
Nous partirons,suivis par un frisson d’écume…

La nef impérieuse à travers l’amertume
Bondira, tranchant l’eau du fil de son coupoir
Et nous nous pencherons sur la proue, à l’espoir
De vos terribles voix, déesses de la brume!

Grands poissons glauques d’où fleurissent des corps blancs,
Nus miroirs de la lune et des flots nonchalants,
Vous qui chantez vos yeux dans les algues, Sirènes!

Quand nous aurons touché vos bouches, vous pourrez,
D’un signe seulement de vos doigts adorés,
Délivrer dans la mort nos âmes plus sereines.

(Pierre Louÿs)

Illustration

 

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Yeux baissés (Paul Louis Rossi)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



 

yeux
baissés

tisonnant
le feu

regards
tournés

vers
l’intérieur

vers la
cendre

un goût
de fumée

adoré pour
son manque

odeur du
bois brûlé

(Paul Louis Rossi)

Illustration: Edouard Léon Cortès

 

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TOUTES LES ÂMES (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2018



 

TOUTES LES ÂMES

Anonymat et banquise : novembre
par son seul nom, dansé
à mort
dans la parole brisée
de la houe et du sillon
tracé
des gouttières d’accablement — ces
marteaux adorés
vomissures
projetées
dans les zones du sang.

Une transfusion de ténèbres,
la paix fertile, empiétant
sur la tuerie.

Vie égale à la vie.

(Paul Auster)

Illustration: Volker Birke

 

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