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Poésie

Posts Tagged ‘adorée’

Extase (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2018



 

Chaque moment d’extase
Se paie d’une angoisse
Vive et frémissante
Tout à proportion
Chaque heure adorée,
D’années faméliques,
De liards amers et disputés,
De coffres remplis de larmes !

***

For each extatic instant
We must an anguish pay
In keen and quivering ratio
To the extasy.
For each beloved hour
Sharp pittances of year –
Bitter contested farthings –
And coffers heaped with Tears !

(Emily Dickinson)

 

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LE MENETRIER (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2018



 

LE MENETRIER

Quand le ménétrier des morts est passé
Avec un mignon cercueil pour boîte à violon,
Le crâne sans toque et les pieds déchaussés,
Lansquenets bravaches ou félons,
Pages d’amour charmants ou vieux cocus rossés
Ont fait la courbette jusqu’à ses talons.

Quand le ménétrier des morts est passé
Avec un tibia pour archet
Abbés papelards, mitrés et crossés,
Pourvus de pécheresses et d’évêchés
Ont lampé leur dernier pichet
Et sont vite allés se confesser.

Et toi aussi, chère petite adorée,
Tu as mis ta collerette de neige
Et ta couronne de fiancée
Pour suivre l’étrange cortège
De danseurs et d’amoureuses au bout du pré,
Quand le ménétrier des morts est passé.

(Tristan Klingsor)

Illustration: Arnold Böcklin

 

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CHANT (Mario Luzi)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017



    

CHANT

Où vas-tu toi qui dans le vent aride parcours
une de ces routes sans saisons
où derrière les murs lumineux
tout pas qui résonne excite les chiens
et réveille l’écho ? Vus de la maison
d’où je te regarde, où le corps vit,
mouvement et quiétude se défont.

Je t’invoque pour la nuit
qui vient et pour le sommeil ;
toi qui souffres, toi seule peux me secourir
en ce passage aveugle du temps
au temps, en cet âpre voyage
de ce que je suis à ce que je serai
vivant une vie dans la vie,
dormant un sommeil dans le sommeil.
Toi, adorée, qui souffres comme moi,
me prend un vertige à penser
que le temps, froid
parmi les astres, sur les tempes et tout autre, contient
ta naissance, ta maladie, ta mort,
ta présence dans mon ciel et ta perte.

***

CANTO

Dove vai che nel vento ando corn
una di quelle vie senza stagioni
dietro i cui mur luminosi
un passo che rintroni aizza i cani
e sveglia Peco ? Visti dalla casa
da cui ti guardo, dove il corpo vive,
movimento e quietudine si sfanno.

T’invoco per la noue
che viene e per il sonno ;
tu che soffri, tu sola puoi soccorrermi
in questo cieco transito dal tempo
al tempo, in questo aspro viaggio
da quel che sono a quello che sari)
vivendo una vita nella vita,
dormendo un sonno nel sonno.
Tu, adorata, che soffri come me,
di cui mi dà vertigine pensare
che il tempo, questo freddo
tra gli asti e supe temple e altro, contiene
la nascita, la malattia, la morte,
la presenza nel mio cielo e la perdita.

(Mario Luzi)

 

Recueil: Dans l’oeuvre du monde
Traduction: Philippe Renard, Bernard Simeone
Editions: Editions Unes

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Essentielle (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration Frederic Leighton
    
Essentielle

Ainsi, l’on se contemple avec des yeux sacrés
Devant l’autel des mers et sur l’autel des prés…

Toi dont la chevelure en plis d’or illumine,
Tu m’as fait partager ton essence divine…

Et tu m’as emportée au fond même du ciel,
O toi que l’on adore, ô l’Etre Essentiel !

Tes yeux ont le regard que n’ont point d’autres femmes…
Et ce fut, pour nous, comme une rencontre d’âmes.

Mon coeur nouveau renaît de mon coeur d’autrefois…
Que dire de tes yeux ? Que dire de ta voix ?

O ma splendeur parfaite, ô ma Toute Adorée !
La mer était en nous, unie à l’empyrée !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Conte de Fée (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2017



Conte de Fée

UNE princesse attend, dans un cachot sans jour.
Elle expie on ne sait quel criminel amour.

On sait uniquement qu’elle est prédestinée.
Elle est belle… Elle est jeune… Elle est l’Infortunée.

Cependant le malheur n’a point courbé son front.
La nuit se fait… Bientôt les bourreaux entreront.

Elle n’écoute pas alors que le glas pleure,
Elle sait pourtant qu’ils entreront tout à l’heure.

Elle se voilera de ses profonds cheveux.
Et les bourreaux diront simplement : Je le veux.

Mais elle, détournant ses regards et sa bouche,
Demeurera sous leurs baisers, calme et farouche.

L’amour et les tourments la briseront en vain.
Elle mourra, dans la hauteur de son dédain.

Elle fut la puissante et la très adorée
Et nul ne pleurera sur sa tombe ignorée.

On l’ensevelira dans la nuit. En tremblant,
Une femme mettra sur son coeur un lys blanc.

(Renée Vivien)

Illustration: Alexandru Darida

 

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Mon Lou je veux te reparler maintenant de l’Amour (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Mon Lou je veux te reparler maintenant de l’Amour
Il monte dans mon cœur comme le soleil sur le jour
Et soleil il agite ses rayons comme des fouets
Pour activer nos âmes et les lier
Mon amour c’est seulement ton bonheur
Et ton bonheur c’est seulement ma volonté
Ton amour doit être passionné de douleur
Ma volonté se confond avec ton désir et ta beauté
Ah! Ah! te revoilà devant moi toute nue
Captive adorée toi la dernière venue
Tes seins ont le goût pâle des kakis et des figues de
Barbarie
Hanches fruits confits je les aime ma chérie
L’écume de la mer dont naquit la déesse
Évoque celle-là qui naît de ma caresse
Si tu marches Splendeur tes yeux ont le luisant
D’un sabre au doux regard prêt à se teindre de sang
Si tu te couches Douceur tu deviens mon orgie
Et le mets savoureux de notre liturgie
Si tu te courbes Ardeur comme une flamme au vent
Des atteintes du feu jamais rien n’est décevant
Je flambe dans ta flamme et suis de ton amour
Le phénix qui se meurt et renaît chaque jour
Chaque jour
Mon amour
Va vers toi ma chérie
Comme un tramway
Il grince et crie
Sur les rails où je vais
La nuit m’envoie ses violettes
Reçois-les car je te les jette
Le soleil est mort doucement
Comme est mort l’ancien roman
De nos fausses amours passées
Les violettes sont tressées
Si d’or te couronnait le jour
La nuit t’enguirlande à son tour

(Guillaume Apollinaire)

 Illustration: Gustav Klimt

 

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La beauté immortelle (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2016




Non pas comme devant jouvencelle ou dame vivant
Avec cette chaleur dans leur beauté humaine
Nous devons jeter nos regards
À la beauté immortelle.

Éloignée pour l’éternité, elle se montre,
Et calme, afin d’être adorée des êtres calmes.
C’est là sa seule façon d’être
Immortelle comme les dieux.

Que jamais la joie passagère
passagère
Ni la passion qui recherche parce qu’elle exige
Ne jettent par nos yeux
Regard sur la beauté.

Comme qui voit un Dieu et jamais n’ose
L’aimer plus fort que ce qu’il faut aimer un Dieu,
Devant la beauté
Faisons-nous sobres.

Pour rien d’autre les dieux ne la soumettent
A notre fièvre humaine et vaine de la vie,
Ainsi contemplons-la
Dans la lumière du délaissement.

Et puis de tout extrayons la beauté
En tant que présence humaine et voilée
Et sourire lointain
De qui à la vie assiste.

En ce jour-ci où la campagne est d’Apollon
La verte colonie dominée par les ors,
Telle une Dame au fond de nous
Soit notre sensation de la vie.

(Fernando Pessoa)

Illustration: Theodore Chassériau

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ROMAN (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2016




ROMAN

I
On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
– Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
– On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bons dans les bons soirs de juin !
L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits, – la ville n’est pas loin, –
A des parfums de vigne et des parfums de bière …

II
– Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche …

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! – On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête …
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête …

III
Le coeur fou Robinsonne à travers les romans,
– Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l’ombre du faux-col effrayant de son père …

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif …
– Sur vos lèvres alors meurent les cavatines …

IV
Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.
Vous êtes amoureux. – Vos sonnets la font rire.
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
– Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire … !

– Ce soir-là, … – vous entrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade …
– On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade

(Arthur Rimbaud)

Illustration: Fabienne Contat

 

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Sans toi (Hermann Hesse)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2016



Mon oreiller me dévisage dans la nuit
Exsangue comme une pierre tombale
Jamais je n’envisageais qu’il serait si cruel
D’être seul
Sans pouvoir me blottir contre ta chevelure

J’habite seul dans une demeure silencieuse
La lampe suspendue dans la pénombre
Et mes mains s’entrouvrent délicatement
Pour y cueillir les vôtres
Et mes lèvres chaudes se posent tendrement
Sur toi ombre invisible, fatigué et affaibli
Je me réveille en sursaut
Enveloppé par une nuit froide qui me glace
L’étoile luit et brille à travers la fenêtre
Où s’est envolée ta chevelure dorée?
Où s’est envolée ta bouche adorée?

Maintenant je bois au chagrin de chaque instant de bonheur
Et au venin de chaque vin
Jamais je n’envisageais qu’il serait si cruel
D’être seul
Seul sans toi!

**************

Ohne dich

Mein Kissen schaut mich an zur Nacht
leer wie ein Totenstein;
So bitter hatt ich’s nie gedacht,
Allein zu sein
Und nicht in deinem Haar gebettet sein!

Ich lieg allein im stillen Haus,
die Ampel ausgetan,
Und strecke sacht die Hände aus,
die deinen zu umfahn,
Und dränge leis den heißen Mund
Nach Dir und küss mich matt und wund-
und plötzlich bin ich aufgewacht
und ringsum schweigt die kalte Nacht,
der Stern im Fenster schimmert klar-
o du, wo ist dein blondes Haar,
wo ist dein süßer Mund??

Nun trink ich Weh in jeder Lust
Und Gift in jedem Wein;
So bitter hat ich’s nie gewußt,
allein zu sein,
allein und ohne dich zu sein!!

(Hermann Hesse)

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Au nom du Père (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2015




Au nom du Père

Nue adorée
Elle est nue
Elle est bien nue
Tout à fait nue
Elle est absolument nue
Nue comme la main
Comme le cœur
Enfant je rêvais d’avoir une femme nue

On voit ses épaules
On voit sa ceinture
Ses seins qui ne sont pas volumineux
Ses genoux ses cuisses
La dernière chose on la regarde trop pour la voir.

On a peur
On se sauve dans le coin noir pour te regarder

On voudrait dire Au nom du Père.

(Pierre Jean Jouve)

Illustration

 

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