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Sous un habit de fleurs, la Nymphe que j’adore (Vincent Voiture)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2019



 

Sous un habit de fleurs, la Nymphe que j’adore,
L’autre soir apparut si brillante en ces lieux,
Qu’à l’éclat de son teint et celui de ses yeux,
Tout le monde la prit pour la naissante Aurore.

La Terre, en la voyant, fit mille fleurs éclore,
L’air fut partout rempli de chants mélodieux,
Et les feux de la nuit pâlirent dans les Cieux,
Et crurent que le jour recommençait encore.

Le Soleil qui tombait dans le sein de Thétis,
Rallumant tout à coup ses rayons amortis,
Fit tourner ses chevaux pour aller après elle.

Et l’Empire des flots ne l’eût su retenir ;
Mais la regardant mieux, et la voyant si belle,
Il se cacha sous l’onde et n’osa revenir.

(Vincent Voiture)

Illustration: Wilfred Gabriel de Glehn

 

 

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Blessé d’une plaie inhumaine (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



 

Lori Earley_470

Blessé d’une plaie inhumaine,
Loin de tout espoir de secours,
Je m’avance à ma mort prochaine,
Plus chargé d’ennuis que de jours.

Celle qui me brûle en sa glace,
Mon doux fiel, mon mal et mon bien,
Voyant ma mort peinte en ma face,
Feint hélas ! n’y connaître rien.

Comme un roc à l’onde marine
Elle est dure aux flots de mes pleurs :
Et clôt, de peur d’être bénine,
L’oreille au son de mes douleurs

D’autant qu’elle poursuit ma vie,
D’ennuis mon service payant,
Je la dirai mon ennemie,
Mais je l’adore en me hayant.

Las ! que ne me puis-je distraire,
Çonnaissant mon mal, de la voir ?
Ô ciel rigoureux et contraire !
C’est toi qui contrains mon vouloir,

Ainsi qu’au clair d’une chandelle
Le gai papillon voletant,
Va grillant le bout de son aile,
Et perd la vie en s’ébattant :

Ainsi le désir qui m’affole,
Trompé d’un rayon gracieux,
Fait hélas ! qu’aveugle je vole
Au feu meurtrier de vos beaux yeux.

(Philippe Desportes)

Illustration: Lori Earley

 

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A la Divinité inconnue (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2019



A la Divinité inconnue

J’ASPIRE auprès de toi le silence et le charme
Des nuits où la douleur se plaît à demeurer,
Toi qu’on ne voit jamais essuyer une larme,
Mais dont parfois j’entends la grande âme pleurer.

Le miroir réfléchit tes chastes attitudes,
Et tu fuis le factice et le faste et le fard.
Tes lèvres ont gardé le pli des solitudes
Et l’accent des bonheurs qui nous viennent trop tard.

Le décor de ton deuil est la chambre sereine
Où meurt languissamment le bruit lointain des eaux.
Les souffles de la mer n’ont soulevé qu’à peine
Le soir perpétuel sous l’ombre des rideaux.

Vers toi le songe pur de mon âme s’élève,
Mon angoisse ne cherche point à s’apaiser,
Car tu m’es inconnue et n’existes qu’en rêve.
C’est pourquoi je t’adore au-dessus du baiser.

(Renée Vivien)

Illustration: Abbott Handerson Thayer

 

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LE CHEVALIER À L’ARMURE ÉTINCELANTE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019



Illustration: Jérôme Royer
    
LE CHEVALIER À L’ARMURE ÉTINCELANTE

Vieil homme vieil homme
arbre à la dure écorce
de quels bourgeons es-tu capable encore ?

Est-ce que soudain tu recommences ?
Est-ce bien toi qui regardes qui entends?
Où vas-tu, mon chemin ?
Je ne te voyais plus dans la forêt
Un éclair, mille éclairs
percent l’ombre et m’illuminent

Qui a vécu vivra
Un reflet perdu
Une voix chante et s’éloigne

Pour un rayon pour un regard pour un visage
j’adore ton retour sans fin
O vie interrompue
toujours reprise

De ce torrent source cachée
je détourne le cours
jusqu’à l’infinitude
au-delà de la mort.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Vous adorez les roses (George Eliot)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019



Vous adorez les roses – moi aussi.
Je voudrais que le ciel fasse pleuvoir des roses,
Comme elles pleuvent du buisson secoué par le vent.
Pourquoi cela ne serait-il pas ?

Alors toute la vallée serait rose et blanche
Et si douce au pas du marcheur: Elles tomberaient aussi légères
Que les feuilles, dans une douce odeur: et ce serait
Comme dormir et s’éveiller tout ensemble.

(George Eliot)

 

 

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COMMENCEMENT ET FIN (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




    
COMMENCEMENT ET FIN
(Fugue sur deux substantifs)

Le commencement
ne s’arrête pas
et la fin ne cesse

Ton sang tu l’oublies,
ce commencement.
Ce qui passe en toi
et n’a pas de fin
tu ne l’entends plus.

Au commencement
torrents et volcans,
à la fin des fins
le ciel et la mer.

Si tu comprenais ?
Si tu commençais ?
Si c’était la fin ?

Tu crois que le monde
vient de commencer
tu crois que le temps
n’aura pas de cesse

Admire la fin
du commencement
adore le jour
adore la nuit
qui t’ont dévoré.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le doux printemps est ton temps est le mien est le nôtre (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Illustration: Karen L’Hémeury

    

« le doux printemps est ton
temps est le mien est le nôtre
car c’est le temps de l’amour
et vive le doux amour »

(tous les joyeux petits oiseaux
volent dans le flottant dans les
esprits mêmes ils chantent dans
le battement d’ailes des fleurs)

les amants vont les amants viennent
vagabondant ils s’émerveillent
mais tous les deux parfaitement
seuls il n’est nul autre au monde

(un tel ciel et un tel soleil
n’ai pas connu ni toi non plus
personne jamais n’a respiré
autant de variétés de oui)

nul arbre ne sait compter ses feuilles
chacune d’elles de s’ouvrir seule
mais ces qui brillant par milliers
ne font qu’un seul étonnement

(en secret adorant timides
petits s’allant dardant flottant
et joyeux dans le fleurissant
les heureux soi toujours chantent)

« le doux printemps est ton
temps est le mien est le nôtre
car c’est le temps de l’amour
et vive le doux amour »

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Une fois un
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: La Nerthe

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Les autres attendent notre mort (Miriam Silesu)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2019




    
Les autres attendent notre mort
pour nous pardonner d’être.
Mort ils peuvent nous adorer
sans risque.

(Miriam Silesu)

 

Recueil: Cinéraire
Traduction:
Editions: Lettres vives

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Braises pour que brûle le monde (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



Jesse Barnes _  [800x600]

Les murs ne tombent pas
[17]

… braises pour que brûle le monde,
car nous devons aller de l’avant,

nous sommes au carrefour,
la marée se refonde ;

elle découvre galets et coquillages,
si beaux et pourtant statiques, anciennes

pensées creuses, anciens usages ;
descendons vers la mer,

ramassons des algues sèches,
entassons du bois flotté,

allumons un nouveau brasier
et dans la fragrance

de sel brûlé et d’encens de mer
chantons de nouveaux péans au Soleil nouveau

de la régénération ;
Lui, nous l’avons toujours adoré,

nous avons toujours dit,
à jamais au grand jamais, Amen.

***

… coals for the world’s burning,
for we must go forward,

we are at the cross-roads,
the tide is turning;

it uncovers pebbles and shells,
beautiful yet static, empty

old thought, old convention;
let us go down to the sea,

gather dry sea-weed,
heap drift-wood,

let us light a new fire
and in the fragrance

of burnt salt and sea-incense
chant new paeans to the new Sun

of regeneration ;
we have always worshipped Him,

we have always said,
forever and ever, Amen.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Jesse Barnes 

 

 

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J’aimai d’un coeur aveugle je ne savais qui (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




Je savais peu de toi, moins encore de moi,
J’aimai d’un coeur aveugle je ne savais qui,
Ni où le regard de l’amour s’enracinait,
Ignorante qui t’ai adoré et blessé.

***

Little of what you were, less of myself I knew,
Loved with my blind heart I knew not who,
Nor from what root love’s recognition grew,
Who in my ignorance worshipped and wounded you.

(Kathleen Raine)

Illustration: Kilburne George Goodwin

 

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