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Poésie

Posts Tagged ‘advenir’

Aliénation (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019



Illustration: Odile Escolier 
    
Aliénation

Dans les arbres je ne peux plus voir des arbres.
Les branches n’ont pas de feuilles pour les maintenir au vent.
Les fruits sont sucrés, mais dépourvus d’amour.
Ils ne rassasient même pas.
Que va-t-il advenir ?

Devant mes yeux la forêt prend la fuite,
à mon oreille les oiseaux restent cois,
nulle prairie ne fait lit pour moi.
Je suis repue de temps
et j’ai soif de lui.
Que va-t-il advenir ?

Dans les montagnes les feux la nuit brûleront.
Dois-je me mettre en route, m’approcher à nouveau
de tout ?

Dans aucun chemin je ne peux plus voir de chemin.

***

Entfremdung

In den Bäumen kann ich keine Bäume mehr sehen.
Die Aste haben nicht die Blätter, die sie in den Wind
halten.
Die Früchte sind se, aber ohne Liebe.
Sie sättigen nicht einmal.
Was soli nur werden?

Vor meinen Augen flieht der Wald,
vor meinem Ohr schließen die Vögel den Mund,
für mich wird keine Wiese zum Bett.
Ich bin satt vor der Zeit
und hungre nach ihr.
Was soli nur werden?

Auf den Bergen werden nachts die Feuer brennen.
Soll ich mich aufmachen, mich allem wieder nähern?

Ich kann in keinem Weg mehr einen Weg sehen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Chaque jour en des instants semblables quelqu’un, quelque chose (Franck Venaille)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2019




    
QUELQU’UN, QUELQUE CHOSE

chaque jour
en des instants semblables
quelqu’un, quelque chose, sous quelle forme?
me rejoint — chaque jour — me rejoint –
m’enfonce le visage dans un sac et là, me terrorise et me fait mal
mêlé au grain, dans l’odeur d’écurie
ou
d’étable — chaque jour — me terrorise et me fait mal
c’est
c’est sa fonction, son rôle
voici exactement ce qui se passe, ce qu’il advient de moi au présent
lorsque
la chose approche, m’empêche — tête dans le sac — de respirer
c’est pour
c’est pour t’apprendre l’humilité
me dit une voix que je puis qualifier encore d’humaine
c’est pour cela
que
chaque jour, en des instants semblables,
la vie
se rétracte un peu plus encore
plus pénible
voici

(Franck Venaille)

 

Recueil: Ça
Traduction:
Editions: Mercure de France

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Nuit lasse de ton destin de nuit (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



 

Ettore Aldo Del Vigo e5_o

Nuit lasse de ton destin de nuit et vieille de ce qu’il advient chaque nuit dans la nuit
tu es sevrée car l’homme est debout au soleil et dormant à ta face

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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Dans ma bouche (Yànnis Stiggas)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2019



    Dans ma bouche
l’autre lueur est urgente
elle qui s’espionne
— voilà en gros comment se perdent les plus beaux poèmes
et le sommeil tout en écorchures et lichens

Quelle toundra le sommeil
quelle toundra l’amour
advenant par distillations successives

Pour commencer en tous cas c’est toi
le reste c’est
une chimie tragique

Je vais te le dire le plus simplement que je peux :
J e suis au milieu du pont
et je t’attends
je t’attends tout le temps

(Yànnis Stiggas)

 

Recueil: Vagabondages du sang
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Des Vanneaux

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En l’an trois mille (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019


 


Adrian Chesterman 86

 

Nous n’avions rien et c’était peau de l’ange.
On nous disait de bâtir nos maisons,
qu’en l’an trois mille adviendrait la revanche,
symbole et foi, la joie des compagnons,
qu’au crayon bleu à biffer les frontières
la Terre en bloc serait un seul Pays,
que le Sacré remplacerait la guerre,
et que l’enfer deviendrait paradis.
C’est l’an trois mille et sommes en jachère
à repenser le problème des sots.
– L’argile tremble encore au cimetière
et l’on entend le combat des robots.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Adrian Chesterman

 

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Si tu ne marches au-dedans vers la Source (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2019



Si tu ne marches au-dedans vers la Source
Où la trouverais-Tu ?

À quoi bon ces mirages
Pour capter tes eaux vives
Si tu n’osais manquer
Ce ciel inattendu ?

Il est en toi un printemps
Un éveil à la vie,
Un rendez-vous d’amour qui n’est pas advenu,
Une halte près d’un puits, une étape à midi,
Une fête au soleil qui n’est pas accomplie,

Un silence qui t’appelle,
Un désert traversé,
Un pauvre qui a soif, un dialogue secret,

–>
Un Passant méconnu.

(Jean Lavoué)

Illustration: Piel-Colombo

 

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Si tu ne marches pas au-dedans (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019




    

Si tu ne marches pas au-dedans
vers la Source,
Où la trouverais-Tu ?

À quoi bon ces mirages
Pour capter tes eaux vives
Si tu n’oses manquer
Ce ciel inattendu ?

Il est en toi un printemps,
Un souffle inconnu,
Un éveil à la vie,
Un rendez-vous d’amour qui n’est pas advenu,
Une halte près d’un puits, une étape à midi,
Une fête au soleil qui n’est pas accomplie,

Un silence qui t’appelle,
Un désert traversé,
Un pauvre qui a soif, un dialogue secret,
Un Passant méconnu.

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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QUI PARLE ? (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2018



Illustration: Frederick McCubbin
    
QUI PARLE ?

Qui parle ?
Voix venue de quelle enfance au fond de l’enfance
(tel un jardin abandonné tout au fond des taillis noirs où nul
jamais ne se hasarde).
Quel est ce récit où l’oubli, le mensonge et les paroles folles
se mêlent selon l’ennui, la chance ou le regret ?

Où commence ce qui fut, où s’achève ce qui jamais n’advint ?
La vérité pourtant, la vérité peut-être,
éclat furtif, parfois,
promesse ou défi.

Qui murmurait ? qui écoute ?
Cortège de souvenirs, fables dans le futur,
silence toujours trop vide ou trop lourd,
jadis et demain échangent leurs couleurs.

Du sang, des mots, du temps :
énigme
familière, décevante, et sacrée.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

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Nuit ma voûtée de ton destin de nuit (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018


 


 

Jeanie Tomanek shockandawe

Nuit ma voûtée de ton destin de nuit
qui fais mûre sauvage ma rue que tu émondes de ses ronces
Nuit large comme les rues et lisse jusqu’au ciel comme les toits et les pâtures
et qui t’allonges jusqu’à l’horizon comme la mort des morts
et comme la mémoire des vivants
Nuit sans fissure dessertie du diadème par les nuées
et rejetée du vif par les tentures et par ta nature

Nuit taciturne malgré le meurtrier et la victime et la plainte du sang hors la veine entaillée
Nuit lasse de ton destin de nuit et vieille de ce qu’il advient chaque nuit dans la nuit
tu es sevrée car l’homme est debout au soleil et dormant à ta face

Ton corps d’alcool est l’arête et l’encoignure
tes coudes s’effacent dans les impasses
tu combles les interstices des pavés
tu es le pieu et la lierne des palissades
et tes paupières clignent dans les balustres des balcons
Tes poings coupés par les toits feuillettent parfois une étoile dévoilée

Ma nuit creusée par les canaux de mon attente tu es attentive et courtoise
tu estimes le pas de l’homme et le répercutes dans sa haute unité et dans sa pleine lourdeur
et restitues à son corps son juste bruit

Le soleil a ses sujets qu’il comble qu’il brûle et qui dorment
toi tu as ceux qui manquent les vendanges
et s’anuitent pour rattraper d’impalpables récoltes
et pour rafraîchir la constante et matinale blessure
Et tu annexes exclusive leur passage

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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Sous le laurier (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2018




    
Sous le laurier le banc de pierre rouillée
est tout humide;
la pluie, sur le mur blanc
a lavé le lierre poussiéreux.

Au souffle tiède du vent d’automne
ondoie le gazon, et les peupliers
conversent avec le vent…
Le vent du soir dans le bosquet!

Tandis que flamboie au couchant le soleil
qui dore les grappes de vigne
et qu’un brave bourgeois sur son balcon allume
sa pipe stoïque où fume le tabac,

je me souviens des vers de ma jeunesse…
Qu’est-il advenu de mon coeur sonore?
Ombres charmantes, est-il donc vrai
que vous fuyiez entre les arbres d’or?

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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