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Poésie

Posts Tagged ‘adversaire’

On a peu de temps (Antoine Emaz)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017



on a peu de temps

dans l’eau lente puis stagnante
on prend sans voir
une figure d’arbre mort
d’oiseau figé

ainsi même des désirs
ou des rêves demeurés rêves
il ne reste vite
qu’un peu de sable clair
ou bien de vase

***

en continu les jours
on tente de s’enraciner
plus loin à l’intérieur
dans quelques visages
quelques poèmes qui durent
au travers de la masse
des actes des sommeils

***

à la longue
on apprend à vivre
de peu
et à tenir
dans ce long combat sans adversaire
sur qui s’appuyer
mémoire
épaisseur mouvante
enlisement
quand dehors
vite
c’est l’affolement matinal et présent du ciel

***

mémoire vaine
les êtres deviennent flous
puis noms retenus sans visage
et puis nuages qui filent
ou bien terre

on continue
avec ceux qui vivent
parce qu’il n’y a rien d’autre

(Antoine Emaz)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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HELAS QUE ME FAUT-IL FAIRE (Girard de Beaulieu)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017




    
HELAS QUE ME FAUT-IL FAIRE

Hélas que me faut-il faire
Pour adoucir la rigueur.
D’un tyran d’un adversaire,
Qui tient fort dedans mon cœur ?

Il me brûle, il me saccage,
Il me perce en mille parts,
Et puis me donne au pillage
De mille inhumains soldats.

L’un se loge en ma poitrine,
L’autre me suce le sang,
Et l’autre qui se mutine,
De traits me pique le flanc.

L’un a ma raison troublée,
L’autre a volé mes esprits,
Et tout mon âme comblée,
De feux, d’horreur et de cris.

En vains je répands des larmes,
Pour les pensers émouvoir,
Et n’y puis venir par armes :
Car ils ont trop de pouvoir.

Mais ce qui me réconforte
En ce douloureux émoi,
C’est que le mal que je porte
Lui est commun comme à moi.

***

Alas what must I do
To soften the severity
Of a tyrant, an adversary
Who stands powerfully in my heart?

He burns me, he pillages me,
He pierces me in a thousand parts
And then gives me over to the plundering
Of a thousand outrageous soldiers.

One lodges in my breast,
Another sucks my blood,
Yet another revolts and
Pricks my side with arrows.

One has clouded my reason,
Another has stolen my mind
And flled my whole soul
With fres, horror and cries.

In vain do I shed tears
Thinking to move them,
And I am unable to succeed by arms
For they are too powerful.

But what comforts me
In this painful emotion,
Is that the ill I bear
Is common to him as to me.

***

Ach! Was muss ich tun,
Zu mildern diese Strenge
Eines Tyrannen und auch Gegners,
Der tief in meinem Herzen sitzt?

Er brennet mich, er verheeret mich,
Er durchbohret mich an tausend Stellen
Und liefert mich dem Plündern
Von tausend Kriegern ohne Herz.

Der eine nistet in meinem Busen,
Der andre sauget mir das Blut,
Und noch ein andrer meutert,
Und mit seinen Pfeilen durchbohret mir die Seit‘.

Der eine hat mein‘ Sinn verwirret,
Der andre mir den Verstand gestohlen,
Und das Gemüt mir gefüllet
Mit Feuer, Horror und auch Schrei‘n.

Vergebens vergieße ich die Zähren,
Um zu erweichen sie damit.
Und kann‘s doch mit den Waffen nit‘,
Denn ihre Macht ist allzu groß.

Aber was mich tröstet
In der Trauer,
Ist, dass das Elend, das ich trage,
Ihm auch wie mir gemeinsam ist.

(Girard de Beaulieu)

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Etonnement devant le Jour (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration: Frederick Carl Frieseke
    
Etonnement devant le Jour

Mes yeux sont éblouis du jour que je revois !
L’ayant cru défier pour la dernière fois.

Mes yeux sont étonnés de revoir cette aurore,
Ainsi, moi qui souffris autant, je vis encore !

Je vis encor, je souffre et peux encor souffrir…
Sans exhaler mon coeur dans un dernier soupir !

Mais comment puis-je ainsi voir la lumière en face,
Moi dont le coeur est lourd et dont l’âme est si lasse ?

O mon destin mauvais… Je suis devant l’amour
Un adversaire nu… Voici venir le jour !…

Moi donc l’être est plus las que le dernier automne
Qui se meurt sur Ies lacs, je vis… Et je m’étonne !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Retouche à l’adversaire (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2017



retouche à l’adversaire

le temps voit dans mes jours de vaines forteresses
qui tombent quand il fuit

(Daniel Boulanger)

 

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Invocation à la Lune (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2017



Invocation à la Lune

Ô Lune chasseresse aux flèches très légères,
Viens détruire d’un trait mes amours mensongères !
Viens détruire les faux baisers, les faux espoirs,
Toi dont les traits ont su percer les troupeaux noirs !

Toi qui fus autrefois l’Amie et la Maîtresse,
Incline-toi vers moi, dans ma grande détresse !…
Dis-moi que nul regard n’est divinement beau
Pour qui sait contempler le grand regard de l’eau !…

O Lune, toi qui sais disperser les mensonges,
Eloigne le troupeau serré des mauvais songes !
Et, daignant aiguiser l’arc d’argent bleu qui luit,
Accorde-moi l’espoir d’un rayon dans la nuit !

O Lune, toi qui sais rendre l’âme à soi-même
Dans sa vérité froide, indifférente et blême !
O toi, victorieuse adversaire du jour,
Accorde-moi le don d’échapper à l’amour !

(Renée Vivien)

Illustration: James Sant

 

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MES FRÈRES… (Nâzim Hikmet)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2016



 

MES FRÈRES…

Mes frères
Il faut pouvoir atteler nos poèmes
à la charrue du boeuf maigre
Il faut qu’ils s’enfoncent jusqu’aux genoux
Dans la vase des rizières
Il faut qu’ils posent toutes les questions
Il faut qu’ils moissonnent toutes les lumières
Il faut que nos poèmes telles des bornes kilométriques jalonnent les routes
Il faut qu’ils soient le signal avant-coureur de l’approche de l’adversaire
Il faut qu’ils battent le tam-tam dans la jungle
Et tant que sur la terre un seul pays ou même un seul homme est esclave
Et tant qu’il reste au ciel ne serait-ce qu’un seul nuage atomique
Il faut qu’ils donnent tous leurs biens, nos poèmes corps et âme à la grande liberté.

(Nâzim Hikmet)

Illustration: Marc Legris

 

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IRISATIONS (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2015



 

Anne Walker  April1995I [1280x768]

IRISATIONS
(sur un livre peint d’Anne Walker)

ce serait
fulgurer et trembler

ouvrir et rassembler
ébranler le temps

ce serait
changer le coeur
de l’adversaire

ce serait
un passage
vers le tout autre

ce serait
ranimer chaque instant

ne plus se posséder
abandonner tous les garde-fous

ce serait
une vigilance fraîche
en prise sur notre radar intime

un éloge du court-circuit

ce serait
une réincarnation permanente

ce serait
une désobéissance retrouvée

respirer respirer
loin des chaînes du connu

ce serait
forcer amoureusement toutes les portes

une immense ouverture
un déchirement du regard

ce serait
ne jamais ôter
son mystère à la réalité

ce serait
une plongée réenchantée

un corps-espace

ce serait
caresser l’indicible
capter le foisonnement

parier sans fin sur l’illimité

(Zéno Bianu)

Illustration: Anne Walker

 

 

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JEU (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2015



 

Gurbuz Dogan Eksioglu (39) [1280x768]

JEU

Je suis le cuisinier d’un feu de poésie,
Magicien tournant dans la marmite d’or
Le coeur purifié des paroles choisies
Avec le piment noir et pourpre de la Mort.

Je suis le capitaine d’un prince plus fort
Que tous les conquérants des Indes ou d’Asie,
Chuchotant tout à coup aux oreilles saisies
Le mot de passe impérieux, de port en port.

Par le monde mon seul adversaire est l’ennui;
Pour le mettre en déroute il n’est que sérénades :
Le caprice arlequin en bondissant me suit.

Bien déluré d’ailleurs qui dira d’où je suis,
Car chasseur kurde ou guitariste de Grenade,
J’enferme des oiseaux dans un cercle de nuit.

(Tristan Klingsor)

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

 

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Faut-il (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2015


 


 

Ettore Aldo Del Vigo -   (91)

Faut-il que l’homme demeure extrême nourriture
et que hors de l’extrême adversaire
le héros soit radeau quêtant la voile salvatrice

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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Faut-il que l’homme demeure extrême nourriture (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2015



 

Euan Macleod    969

Faut-il que l’homme demeure extrême nourriture
et que hors de l’extrême adversaire
le héros soit radeau quêtant la voile salvatrice.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Euan Macleod 

 

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