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Aède (Constantin Cavàfis)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2017




    
Aède

Loin du monde, il s’enivre de sa poésie.
Le monde, pour l’aède, est la belle chanson
des vers. Il a reçu, don de sa Fantaisie,
sans matière, immuable, une fière maison.

Vous direz : « Quelle vie froide et vaine ! Ô folie,
croire que notre vie se résume aux doux sons
de la flûte et rien d’autre ! » ou « Celui qui oublie
du combat pour la vie les austères leçons
a le coeur sec. » C’est un avis injuste et vain.

La Nature pour lui est un être divin.
La raison, cette aveugle, à grand tort vous convainc.
Sa maison a des murs d’émeraude magique.
« Sois sans crainte », y murmurent des voix angéliques ;
« pense, chante et sois fort, toi, l’apôtre mystique ! »

(Constantin Cavàfis)

 

Recueil: Tous les poèmes
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Le miel des Anges

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ODORANT AUTOMNE MÉLODIEUX AUTOMNE (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017




    
ODORANT AUTOMNE
MÉLODIEUX AUTOMNE

La folie des parfums

Que je les goûte et que j’en meure,
Tel un philtre aphrodisiaque,
Les parfums déments qui m’effleurent
Embrumant les nuiteux cloaques.

Que j’en comprenne le mystère
De cet étourdissant breuvage,
Effluve de Pan solitaire
Dansant par les tourbeux pacages.

O voluptés exténuantes,
Odeurs, qui sont des mains tenaces,
Des souches que l’hiver crevasse
Des champignons aux chairs gluantes.

Comme un Dieu qui m’enlacerait,
Que votre errance me possède,
Plus mythique qu’un chant d’aède
M’enseignant le divin secret.

(Marie Dauguet)

 

 

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Je suis sans être (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017




    
Je suis sans être

Je suis sans être — ailleurs quand je suis là,
partout perdu, dans la marche immobile,
dans le sommeil voyageant, voyageant.

Je me recherche et ne sais si je brûle
ou si le froid se cache sous ma cendre,
le vieux désir enfermé dans mon âtre.

M’avez-vous vu ? Je cherche, je me cherche.
Connaissez-vous ce malfaiteur ? Il vole
son propre corps à sa personne même.

Je suis dans l’être — et l’être n’est pas là.
L’identité qu’on me donne est aux autres.
Ne m’appartient qu’un reste de frayeur.

Ce que je cherche ici, c’est ma recherche,
mon petit poids d’invisible, de doute,
qui construit mon moi sans être moi.

Sois cet oiseau qui chantait la naissance
en élevant ses ailes sur le feu,
sois du néant le seul ordonnateur
et sois l’aède effaré du Pourquoi.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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