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Poésie

Posts Tagged ‘aérien’

UNE OUVERTURE (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2021



Illustration: ArbreaPhotos
    
UNE OUVERTURE

Comment dessiner si on ne fait que deviner
entre deux arbres, dans la rapidité des nuages
une vague lumière incertaine, fragile mais constante,
qui repose dans sa parfaite limpidité,
couronne d’écume ? C’est la terre, c’est peut-être le visage
de la terre et une offrande du ciel, le paradis épars
qui à travers ombres et branches a parcouru le champ entier
de la mémoire dans un vertige immobile. Comment être
l’oiseau fidèle de cet éclair ? Comment garder vivantes
les images concaves et aériennes, les germes de l’origine ?

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Postlude (Octavian Soviany)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2021



Illustration: Pascal Renoux
    
Postlude

Il nous reste la tristesse, ténue comme une bruine,
Dans les paumes ouvertes, sur la bouche, la poitrine,
Et le sang qui fuit vers la mort, aérien.
En dessous c’est le rien. Dessus, toujours rien.

(Octavian Soviany)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Le blues roumain
Traduction: Traduit du roumain par Radu Bata
Editions: Unicité

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DES CUISSES, DES CHEVEUX (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2021



Illustration: Pascal Renoux
    
DES CUISSES, DES CHEVEUX, cette femme est plongeuse
Plus lente que nature
Elle est enfouie comme une rose sous les verdeurs de la mer.

Elle fait pour moi un sourire extasié
Elle m’adresse des baisers faux et anormaux
Elle nage entre mes animaux les poissons miroirs
Elle a des mouvements aériens des jambes.

Elle suce, elle embrasse, elle épuise et remue.
Quand je suis entièrement brisé elle s’envole
Torrent de bulles bleues
Elle crache mes plus précieux souvenirs.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Les Noces suivi de Sueur de Sang
Traduction:
Editions: Gallimard

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Décoller par-delà les ailleurs de tempêtes (Brigitte Garel)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2021



 

    

Décoller par-delà les ailleurs de tempêtes
Larguer les fardeaux inaudibles

Dorloter les matins légers
aux saveurs d’azur
Habiter les silences insondables
aux nuances aériennes
Danser sur le vertige des crépuscules

Ouvrir le carnet de voyage
gardien des souvenirs luxuriants

(Brigitte Garel)

 

Recueil: Bruissement d’elles
Traduction:
Editions: L’Harmattan

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Les petits riens (Mireille Gaglio)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2019




Les petits riens

Immatériels et aériens,
Mais précieux comme le pain quotidien,
Ils valent leur pesant d’or,
Les petits riens…
J’en suis riche :
Sous leur soleil, je me dore,
Sous leur ombre, je dors,
La vie les offre et je les tiens…
Papillons légers,
Ils m’aguichent,
Me suivent
Et me séduisent…
Ils sont baisers, pensées,
Fleurs ou odeurs,
Un rire cristallin,
La tendresse d’un moment,
Le sortilège d’un instant…
Je suis riche de riens,
C’est bien peu et déjà trop !
Pour les dédaigner, il faut être sot !

Du bébé vagissant
Au vieillard agonisant,
Nous avons tous besoin de ces riens
Qui font si chaud au cœur,
Qui nous donnent tant de bonheur…

(Mireille Gaglio)

Illustration: Vacances en Auvergne

 

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La mer (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
La mer, pour moi, impression des narines et des poumons,
espace, dressement des vagues, boisson aérienne,
grandeur, odeur immense et hérissée, arbre
odorant et gros, aéré.
Air hérissé.

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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Jamais je n’ai cherché la gloire (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2019



Jamais je n’ai cherché la gloire
ni voulu dans la mémoire
des hommes laisser ma chanson;
mais j’aime les mondes subtils,
aériens et délicats
comme des bulles de savon.
J’aime les voir se colorer
de soleil et de pourpre, voler
sous le ciel bleu, trembler
subitement puis éclater.

(Antonio Machado)

Illustration: François Knopf

 

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DANS LES RACINES (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2019



DANS LES RACINES

Dans les racines de l’aube,
rien n’est perdu pour le monde
où l’être passe et devient.
Voici les formes futures
et les souples chevelures
dans l’ombre des chants d’oiseaux.
Quand ma palme sous le nombre
effleurait la croix du sud
était-ce vous ou moi-même
le maïs aérien ?
L’eau chemine vers la source
par les aveugles chemins,
et sur le bord de l’absence
l’épi monte et se souvient.

(Géo Libbrecht)

 

 

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Jamais je n’ai cherché la gloire (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2019



Jamais je n’ai cherché la gloire
Ni voulu dans la mémoire
des hommes
Laisser mes chansons
Mais j’aime les mondes subtils
Aériens et délicats
Comme des bulles de savon.
J’aime les voir s’envoler,
Se colorer de soleil et de pourpre,
Voler sous le ciel bleu, subitement trembler,
Puis éclater…

(Antonio Machado)

Découvert chez Lara ici

Illustration

 

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LES ROSES (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2018




    
LES ROSES

1
Si ta fraîcheur parfois nous étonne tant,
heureuse rose,
c’est qu’en toi-même, en dedans,
pétale contre pétale, tu te reposes.

Ensemble tout éveillé, dont le milieu
dort, pendant qu’innombrables, se touchent
les tendresses de ce coeur silencieux
qui aboutissent à l’extrême bouche.

2
Je te vois, rose, livre entrebâillé,
qui contient tant de pages
de bonheur détaillé
qu’on ne lira jamais. Livre-mage,

qui s’ouvre au vent et qui peut être lu
les yeux fermés…,
dont les papillons sortent confus
d’avoir eu les mêmes idées.

3
Rose, toi, ô chose par excellence complète
qui se contient infiniment
et qui infiniment se répand, ô tête
d’un corps par trop de douceur absent,

rien ne te vaut, ô toi, suprême essence
de ce flottant séjour;
de cet espace d’amour où à peine l’on avance
ton parfum fait le tour.

4
C’est pourtant nous qui t’avons proposé
de remplir ton calice.
Enchantée de cet artifice,
ton abondance l’avait osé.

Tu étais assez riche, pour devenir cent fois toi-même
en une seule fleur;
c’est l’état de celui qui aime…
Mais tu n’as pas pensé ailleurs.

5
Abandon entouré d’abandon,
tendresse touchant aux tendresses…
C’est ton intérieur qui sans cesse
se caresse, dirait-on;

se caresse en soi-même,
par son propre reflet éclairé.
Ainsi tu inventes le thème
du Narcisse exaucé.

6
Une rose seule, c’est toutes les roses
et celle-ci : l’irremplaçable,
le parfait, le souple vocable
encadré par le texte des choses.

Comment jamais dire sans elle
ce que furent nos espérances,
et les tendres intermittences
dans la partance continuelle.

7
T’appuyant, fraîche claire
rose, contre mon oeil fermé —,
on dirait mille paupières
superposées

contre la mienne chaude.
Mille sommeils contre ma feinte
sous laquelle je rôde
dans l’odorant labyrinthe.

8
De ton rêve trop plein,
fleur en dedans nombreuse,
mouillée comme une pleureuse,
tu te penches sur le matin.

Tes douces forces qui dorment,
dans un désir incertain,
développent ces tendres formes
entre joues et seins.

9
Rose, toute ardente et pourtant claire,
que l’on devrait nommer reliquaire
de Sainte-Rose…, rose qui distribue
cette troublante odeur de sainte nue.

Rose plus jamais tentée, déconcertante
de son interne paix; ultime amante,
si loin d’Ève, de sa première alerte —,
rose qui infiniment possède la perte.

10
Amie des heures où aucun être ne reste,
où tout se refuse au coeur amer;
consolatrice dont la présence atteste
tant de caresses qui flottent dans l’air.

Si l’on renonce à vivre, si l’on renie
ce qui était et ce qui peut arriver,
pense-t-on jamais assez à l’insistante amie
qui à côté de nous fait son oeuvre de fée.

11
J’ai une telle conscience de ton
être, rose complète,
que mon consentement te confond
avec mon coeur en fête.

Je te respire comme si tu étais,
rose, toute la vie,
et je me sens l’ami parfait
d’une telle amie.

12
Contre qui, rose,
avez-vous adopté
ces épines ?
Votre joie trop fine
vous a-t-elle forcée
de devenir cette chose armée ?

Mais de qui vous protège
cette arme exagérée ?
Combien d’ennemis vous ai-je enlevés
qui ne la craignaient point.
Au contraire, d’été en automne,
vous blessez les soins
qu’on vous donne.

13
Préfères-tu, rose, être l’ardente compagne
de nos transports présents ?
Est-ce le souvenir qui davantage te gagne
lorsqu’un bonheur se reprend ?

Tant de fois je t’ai vue, heureuse et sèche,
— chaque pétale un linceul —
dans un coffret odorant, à côté d’une mèche,
ou dans un livre aimé qu’on relira seul.

14
Été : être pour quelques jours
le contemporain des roses;
respirer ce qui flotte autour
de leurs âmes écloses.

Faire de chacune qui se meurt
une confidente,
et survivre à cette soeur
en d’autres roses absente.

15
Seule, ô abondante fleur,
tu crées ton propre espace;
tu te mires dans une glace
d’odeur.

Ton parfum entoure comme d’autres pétales
ton innombrable calice.
Je te retiens, tu t’étales,
prodigieuse actrice.

16
Ne parlons pas de toi. Tu es ineffable
selon ta nature.
D’autres fleurs ornent la table
que tu transfigures.
On te met dans un simple vase —,
voici que tout change :
c’est peut-être la même phrase,
mais chantée par un ange.

17
C’est toi qui prépares en toi
plus que toi, ton ultime essence.
Ce qui sort de toi, ce troublant émoi,
c’est ta danse.

Chaque pétale consent
et fait dans le vent
quelques pas odorants
invisibles.

O musique des yeux,
toute entourée d’eux,
tu deviens au milieu
intangible.

18
Tout ce qui nous émeut, tu le partages.
Mais ce qui t’arrive, nous l’ignorons.
Il faudrait être cent papillons
pour lire toutes tes pages.

Il y en a d’entre vous qui sont comme des dictionnaires;
ceux qui les cueillent
ont envie de faire relier toutes ces feuilles.
Moi, j’aime les roses épistolaires.

19
Est-ce en exemple que tu te proposes ?
Peut-on se remplir comme les roses,
en multipliant sa subtile matière
qu’on avait faite pour ne rien faire ?

Car ce n’est pas travailler que d’être
une rose, dirait-on.
Dieu, en regardant par la fenêtre,
fait la maison.

20
Dis-moi, rose, d’où vient
qu’en toi-même enclose,
ta lente essence impose
à cet espace en prose
tous ces transports aériens ?

Combien de fois cet air
prétend que les choses le trouent,
ou, avec une moue,
il se montre amer.
Tandis qu’autour de ta chair,
rose, il fait la roue.

21
Cela ne te donne-t-il pas le vertige
de tourner autour de toi sur ta tige
pour te terminer, rose
Mais quand ton propre élan t’inonde,

tu t’ignores dans ton bouton.
C’est un monde qui tourne en rond
pour que son calme centre ose
le rond repos de la ronde rose.

22
Vous encor, vous sortez
de la terre des morts,
rose, vous qui portez
vers un jour tout en or

ce bonheur convaincu.
L’autorisent-ils, eux
dont le crâne creux
n’en a jamais tant su ?

23
Rose, venue très tard, que les nuits amères arrêtent
par leur trop sidérale clarté,
rose, devines-tu les faciles délices complètes
de tes soeurs d’été ?

Pendant des jours et des jours je te vois qui hésites
dans ta gaine serrée trop fort.
Rose qui, en naissant, à rebours imites
les lenteurs de la mort.

Ton innombrable état te fait-il connaître
dans un mélange où tout se confond,
cet ineffable accord du néant et de l’être
que nous ignorons ?

24
Rose, eût-il fallu te laisser dehors,
chère exquise ?
Que fait une rose là où le sort
sur nous s’épuise ?

Point de retour. Te voici
qui partages
avec nous, éperdue, cette vie, cette vie
qui n’est pas de ton âge.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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