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Poésie

Posts Tagged ‘affaibli’

Plus de chants (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



 

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Plus de chants

À Madame De Simonis

Enfant d’un nid loin du soleil éclos,
Tombée un jour du faîte des collines,
Ouvrant à Dieu mes ailes orphelines,
Poussée aux vents sur la terre ou les flots,
Mon coeur chantait, mais avec des sanglots.

Pour louer Dieu, dès que je pus chanter,
Que m’importait ma frêle voix de femme ?
Tout le concert se tenait dans mon âme.
Que l’on passât sans daigner m’écouter,
Je louais Dieu ! Qui pouvait m’arrêter ?

Le front vibrant d’étranges et doux sons,
Toute ravie et jeune en solitude,
Trouvant le monde assez beau sans l’étude,
Je souriais, rebelle à ses leçons,
Le coeur gonflé d’inédites chansons.

J’étais l’oiseau dans les branches caché,
S’émerveillant tout seul, sans qu’il se doute
Que le faneur fatigué qui l’écoute,
Dont le sommeil à l’ombre est empêché,
S’en va plus loin tout morose et fâché.

Convive sobre et suspendue aux fleurs,
J’ai pris longtemps mon sort pour une fête ;
Mais l’ouragan a sifflé sur ma tête,
Les grands échos m’ont crié leurs douleurs,
Et je les chante affaiblis de mes pleurs.

La solitude est encor de mon goût,
Je crois toujours à l’auteur de mon être :
Mes beaux enfants me l’ont tant fait connaître !
Je monte à lui, je le cherche partout ;
Mais de chansons, plus une ! Oh ! Plus du tout !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Erte

 

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Mille chagrins et dix mille regrets (Liu Yong)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2018



Mille chagrins et dix mille regrets,
Du jeune homme que je suis
Accaparent le coeur.
Rêve brisé,
Dans l’hôtel solitaire, je me réveille de mon ivresse.
La nuit est longue et insipide.
Hélas! cet amour partagé sur l’oreiller
Pour tous les deux aujourd’hui est fini.
Orphelin,
Je n’ai plus que mes insomnies
Et suis de plus en plus affaibli.

Mon mal empire,
Mais que faire ?
Je n’y peux rien,
Si je suis déprimé.
Seul et perdu dans mes pensées,
Souvent je pleure.
Je ne sais pourquoi ces choses me reviennent,
Pourquoi je ne puis les chasser de ma tête.
Finalement,
Je vous le demande,
Que faut-il faire ?

(Liu Yong)


Illustration: Bernard Buffet

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LE GRAND LIVRE (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017



    

LE GRAND LIVRE

Quelque part dans un tuyau d’orgue
dans les carafes et le sang des libellules
dans les villes mentales
et la ménagerie des fantômes

On est allé. on s’est dissous
dans l’étonnement. on a postulé
le coeur de la terre. puis on s’est tu
avec le couteau qui se repose.

Quelque part dans la résine ou les pépins de pomme
dans des ferveurs d’hirondelle
dans une serpillière et la trompette qui éclate
dans l’écurie aux morsures fraîches

On s’est frayé un chemin égarant.
On s’est repu de patience et de nuages
et d’obscurité sans limites.
On s’est évanoui dans la splendeur.

Quelque part dans le bois ou l’espèce de sourire
des chaises fracassées. dans la langue affaiblie
des violettes. dans la main froide des étrangers
et les petites créatures paisibles.

Dans le chant limpide des fenêtres
et la poussière vivante. dans le moustique scintillant.
les stèles, les arcs. et le fouet des tempêtes.
dans la sphère exacte de la bulle.

On s’est inscrit. on s’est enfoui. on a germé.
on est devenu la Terre.
on s’est rassemblé. on s’est accepté.
on a regardé le Grand Livre.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Le nom perdu
Editions: Gallimard

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L’OMBRE (Jacques Basse)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2017



Illustration: Salvador Dali
    
L’OMBRE

l’ombre s’est terrée
dans le jour affaibli
l’âme repose assagie
déjà le temps a passé

ce trouble de la pensée
embaume dans l’instant
le rêve bref et mouvant
que pousse l’ombre portée

la nuit s’assoupit
s’efface l’oubli
le repentir est passé
où la grâce a soufflé

surprenant ce temps
qui trouble l’inconscient
dans une dérive amère

où l’horloge digère
une larme de silence
que le temps balance

(Jacques Basse)

 

Recueil: Le temps des Résonances
Editions: Rafaël de Surtis

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Soleils couchants (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017



Une aube affaiblie
Verse par les champs
La mélancolie
Des soleils couchants.
La mélancolie
Berce de doux chants
Mon coeur qui s’oublie
Aux soleils couchants.
Et d’étranges rêves
Comme des soleils
Couchants sur les grèves,
Fantômes vermeils,
Défilent sans trêves,
Défilent, pareils
À des grands soleils
Couchants sur les grèves.

(Verlaine)

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L’Etoile de Vénus (V) (José-Maria de Heredia)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2016



Il était nuit; au loin une voix affaiblie
Avec le vent de mer soupirait mollement
Une chanson d’amour d’un maître d’Italie
Et la lune voilée éclairait doucement.

Un murmure, un soupir, un long frémissement,
S’unissaient aux parfums de la brise attiédie,
Et j’entendais monter avec la mélodie
De deux tremblantes voix le doux chuchotement.

Et je marchais, pensif, retenant mon haleine,
Quand je crus voir glisser en effleurant à peine
La terre, une ombre pâle avec un voile noir.

Est-ce vous, est-ce vous qui, du ciel descendues,
Voltigez devant moi dans les ombres du soir,
De mes jeunes amours, Illusions perdues?

(José-Maria de Heredia)

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DANS LA FORÊT (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2016



DANS LA FORÊT

Cet endroit qu’on appelle les marais de Jacob :
comme la cave d’une journée d’été
où la lumière surit en un breuvage
au goût de grand âge et de coupe-gorge.

Les géants affaiblis sont si enchevêtrés
que rien ne parvient à tomber.
Le bouleau brisé pourrit là,
au garde-à-vous, comme un dogme.

Je remonte du fond de la forêt.
La lumière renaît entre les troncs.
La pluie s’abat sur mes toitures.
Je suis la gouttière des impressions.

L’air s’adoucit à l’orée du bois. –
De grands sapins, détournés et obscurs,
dont le mufle s’est enfoui dans l’humus de la terre,
lapent l’ombre de la pluie.

(Tomas Tranströmer)

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Il suffit d’un instant (Ramón Sampedro)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2016



Il suffit d’un instant
pour savoir où se trouve l’être humain :

Là où il y a de la tendresse
pour qui est affaibli.

Où il y a, pour qui a froid, un acte de chaleur.
Où il y a, pour la vie, un respect absolu.

Là où un être vit l’humiliation
d’un semblable comme sa propre humiliation.

Là où l’humour ne se confond pas avec la moquerie,
ni l’hypocrisie avec l’amour.

Il suffit d’un instant pour comprendre la douleur.

***

Basta un instante
para saber dónde hay un ser humano :

Allí donde haya ternura
para una debilidad.

Donde haya, para un frío, un acto de calor.
Donde Haya por la vida, absoluto respeto.

Allí donde haya un ser que siente la humillación
de un semejante comme su propia humillación.

Allí donde no se confunda humor con burla
ni hipocresía con amor.

Basta un instante para entender el dolor.

(Ramón Sampedro)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Tamara Lunginovic

 

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Conte d’amour VI (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2015



Conte d’amour VI

Rouges comme un fer de forge
Ou le taureau qu’on égorge,
Sous les regrets assassins
Nos coeurs saignent dans nos seins.

Viennent donc des sorts propices
Nous garer des précipices !
Que nous nous serrions la main
Sans souci du lendemain ;

Qu’enfin nous puissions sans trêve,
Sans redouter l’heure brève,
Sous les ciels profonds des lits
Tordre nos corps affaiblis !

(Jean Moréas)

 

 

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DÉPART (Jacques Madeleine)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2015



DÉPART

Quand, après l’exquise journée
Qui n’aura pas de lendemain,
L’heure du départ fut sonnée,
Je ne t’ai pas tendu la main.

La nuit tombait, la nuit profonde ;
Les contours flottaient indécis.
Mes yeux de larmes obscurcis
Ne voyaient plus ta tête blonde.

Peut-être en tes yeux passait-il
Un regret qui s’envola vite
Ou l’angoisse étrange et subite
D’un rêve doux, triste et subtil ?

Dans la grande mélancolie
De cette belle nuit d’été,
Je n’aurai pas même emporté
Leur expression affaiblie.

Tristes jusqu’à la mort, les cieux
Étaient pleins dans la nuit profonde
De rêves défunts, et mes yeux
Ne voyaient plus ta tête blonde.

(Jacques Madeleine)

Illustration: Ryszard Miłek

 

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