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Posts Tagged ‘affamé’

L’union parfaite (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2019



    

L’union parfaite

Jour et nuit, je pleure après une union, mon Amour,
Union semblable à une mort affamée.
Viens me ligoter, viens me cueillir,
Dénude-moi de ma pudeur, de mes habits, de mon voile.
Viens et maraude parmi mon corps juvénile,
Prive mes yeux de sommeil, du rêve même de dormir.
Dévalise cet univers vaste et réveille
Ma vie et ma mort, pour toute éternité.
Au bûcher de l’union dans un monde solitaire
Là où la création s’est évanouie à l’extinction du soleil,
Sans pudeur et dévêtus en deux coeurs nus
Que toi et moi devenions beauté infinie.
Quel est ce rêve audacieux, Seigneur,
Où réside cette union sans Toi?

***

Total union

Night and day, I weep, O Love, for a union,
Union resembling a hungry death.
Come and bind me, pluck me away,
Strip me of modesty, of raiment, of screen.
Come and steal this juvenile body,
Bereave my eyes of sleep, of dream of sleeping.
Rob this universe vast an d awake,
My life and my death, for an eternity.
At the crematorium of union amid a solitary world
Where the creation has fainted with the extinction of the sun,
Shameless unclothed in two naked hearts
Let you and me become beauty infinite.
What an audacious dream, O Lord,
Where lies this union without You?

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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J’ai faim de tes cheveux, de ta voix, de ta bouche (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



puma

J’ai faim de tes cheveux, de ta voix, de ta bouche,
sans manger je vais par les rues, et je me tais,
sans le soutien du pain, et dès l’aube hors de moi
je cherche dans le jour le bruit d’eau de tes pas.

je suis affamé de ton rire de cascade,
et de tes mains couleur de grenier furieux,
oui, j’ai faim de la pâle pierre de tes ongles,
je veux manger ta peau comme une amande intacte,
et le rayon détruit au feu de ta beauté,

je veux manger le nez maître du fier visage,
je veux manger l’ombre fugace de tes cils,
j’ai faim, je vais, je viens, flairant le crépuscule

et je te cherche, et je cherche ton coeur brûlant
comme un puma dans le désert de Quitratúe.

***

Tengo hambre de tu boca, de tu voz, de tu pelo,
y por las caltes voy sin nutrirme, callado,
no me sostiene el pan, el alba me desquicia,
busco el sonido líquido de tus pies en el día.

Estoy hambriento de tu risa resbalada,
de tus manos color defuriosogranero,
tengo hambre de la pálida piedra de tus uñas,
quiero comer tu piel como una intacta almendra.

Quiero comer el rayo quemado en tu hermosura,
la nariz soberana del arrogante rostro,
quiero comer la sombra fugaz de tus pestañas

y hambriento vengo y voy olfateando el crepúsculo
buscándote, buscando tu corazón caliente
como un puma en la soledad de Quitratúe.

(Pablo Neruda)

 

 

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Madame au fond de vous (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2019



Illustration: Amedeo Modigliani
    
Madame au fond de vous

Madame au fond de vous j’ai mangé au fruit rose
Et je n’en suis pas encore rassasié
Pour être vrai j’accours à ce nouveau cellier
D’avoir
Madame en vous mangé si claire chose

Madame j’ai tâté de l’enfer je suppose
En m’abandonnant de la langue à ce beau fruit
Depuis j’erre assoiffé affamé jour et nuit
Ne pouvant me passer d’une nouvelle dose

Quel secours appeler?
Je ne sais pas attendre
Ni ne peux plus aller par un autre sentier
Sans que le goût de votre pulpe me poursuive

Vous perdant comme on perd les perles d’un collier
Si de votre déduit ne puis être la grive
Me soûlant à votre raisin tendu et tendre

(Jacques Chessex)

 

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Le Ranz des Vaches (Anonyme Suisse)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2019




    
Le Ranz des Vaches

1

Les armaillis des Colombettes
De bon matin se sont levés.

2

Quand ils sont arrivés aux Basses-Eaux
Le chancre me ronge! Ils n’ont pu passer.

3

Pauvre Pierre, que faisons-nous ici?
Nous ne sommes pas mal embourbés

4

Il te faut aller frapper à la porte,
A la porte du curé.

5

Que voulez-vous que je lui dise
A notre brave curé.

6

Il faut qu’il dise une messe
Pour que nous puissions passer

7

Il est allé frapper à la porte
Et il a dit ceci au curé:

8

Il faut que vous disiez une messe
Pour que nous puissions passer

9

Le curé lui fit sa réponse:
Pauvre frère, si tu veux passer

10

Il te faut me donner un petit fromage
Mais sans écrémer le lait.

11

Envoyez-nous votre servante
Nous lui ferons un bon fromage gras.

12

Ma servante est trop jolie
Vous pourriez bien la garder

13

N’ayez pas peur, notre curé
Nous n’en sommes pas si affamés

14

De trop « moler » votre servante
Il faudra bien nous confesser

15

De prendre le bien de l’Eglise
Nous ne serions pas pardonnés

16

Retourne-t’en, mon pauvre Pierre
Je dirai pour vous un Ave Maria.

17

Beaucoup de biens et de fromages vous souhaite
Mais venez souvent me trouver.

18

Pierre revient aux Basses-Eaux
Et tout le train a pu passer

19

Ils ont mis le kio à la chaudière
Avant d’avoir à moitié trait

REFRAIN

1-3-5-7-9-11-13-15-17-19: Lyôba (appel des vaches) pour traire (bis).
Venez toutes, les blanches, les noires,
les rouges, les étoilés sur la tête les jeunes, les autres,
Sous ce chêne où je vous traie,
sous ce tremble où je fabrique le fromage, Lyôba, lyôba, pour la traite (bis).

***

Lè j’armayi di Kolonbètè

TITRE DU CHANT EN FRANCAIS:
Le Ranz des Vaches

1
Lè j’armayi di Kolonbètè
Dè bon matin chè chon lèvâ.

2
Kan chon vinyê i Bachè j’Ivouè
Tsankro lo mè! n’an pu pachâ.

3
Tyè fan no ché mon pouro Piéro?
No no chin pâ mô l’inrinbyâ.

4
Tè fô alâ fiêr a la pouârta,
A la pouârta dè l’inkourâ.

5
Tyè voli vo ke li dyécho?
A nouthron brâvo l’inkourâ.

6
I fô ke dyéchè ouna mècha
Po ke no l’y pouéchan pachâ.

7
L’y è j’elâ fiêr a la pouârta
È l’a de dinche a l’inkourâ:

8
I fô ke vo dyécho ouna mècha
Po ke no l’y puéchan pachâ.

9
L’inkourâ li fâ la rèponcha:
Pouro frârè che te vou pachâ,

10
Tè fô mè bayi ouna motèta
Ma ne tè fô pâ l’èhyorâ.

11
Invouyi no vouthra chèrvinta
No li farin on bon pri grâ.

12
Ma chèrvinta l’è tru galéja
Vo porâ bin la vo vouêrdâ.

13
N’ôchi pâ pouêre, nouthron prithre,
No n’in chin pâ tan afamâ.

14
Dè tru molâ* vouthra chèrvinta
Fudrè èpè no konfèchâ.

15
Dè prindre le bin dè l’èlyije
No ne cherin pâ pèrdenâ.

16
Rètouârna t’in mou pouro Piéro
Deri por vo on’Avé Maria.

17
Prou bin, prou pri i vo chouèto
Ma vinyi mè chovin trovâ.

18
Piéro rèvin i Bâchè j’Ivouè
È to le trin l’a pu pachâ.

19
L’y an mè le kiô a la tsoudêre
Ke n’avan pâ la mityi aryâ.

Redzingon
1-3-5-7-9-11-13-15-17-19: Lyôba, lyôba, por aryâ (bis). Vinyidè totè, byantsè, nêre, Rodzè, mothêlè, dzouvenè ôtrè,
Dèjo chti tsâno, yô vo j’âryo, Dèjo chti trinbyo, yô i trintso, Lyôba, lyôba, por aryâ (bis).

(Anonyme Suisse)

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Visage affamé de l’intérieur (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2019



    

Visage affamé de l’intérieur,
visage de nuit avec
ces ombres qui palpitent dans leur prison

d’os froids, en lui tu existes
tu te défais.

Ainsi le temps
à pas retenus s’avance
dans l’invisible ardeur.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Comme un château défait suivi de Syllabes de sable
Traduction:
Editions: Gallimard

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DANS LES RUES DE PRAGUE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018




DANS LES RUES DE PRAGUE

Tu te souviens des rues de Prague,
de leur son dur comme si des tambours de pierre
avaient roulé dans la solitude de celui qui à travers les mers chercha ton souvenir :
ton image au-dessus du pont Saint-Charles était une orange.

C’est alors que nous avons franchi la neige de sept frontières,
partis de Budapest qui ajoutait des rosiers et du pain à son lignage,
jusqu’au moment où les amants — toi et moi —, traqués, assoiffés, affamés,
s’étant reconnus se blessèrent avec les dents et des baisers et des épées.

O jours tranchés par les cimeterres du feu et de la furie
où l’amant et l’amante souffrent sans répit et sans larmes
comme si l’amour était allé s’enterrer dans une lande parmi les orties
et comme si chaque expression se troublait et brûlait, devenait lave.

(Pablo Neruda)

Illustration

 

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LE GOINFRE D’AMOUR (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



Illustration: Gérard de Lairesse
    
LE GOINFRE D’AMOUR

Non, non, l’amour vivant, quoi que toi-même en dises,
N’est pas un délicat épris de gourmandises
Qui grignote du bout des dents, plein de dégoûts,
Réglant son estomac, buvant à petits coups,

Craignant les larges plats et la grande rasade,
Et restant sur sa faim pour n’être pas malade.
C’est un goinfre attablé qui, plus que de raison
Enivré de vin pur, gavé de venaison,

Ote le ceinturon qui lui gêne la taille
Et, sans peur d’avoir mal au ventre, fait ripaille.
Il ne sait si demain sera jour de gala
Et veut manger de tout pendant que tout est là.

[…]

Affamés et grinçant des dents comme les loups.
Vous aurez des remords, et vous serez jaloux
De ceux qui se seront gaîment garni la panse.
Mais vous aurez beau faire et vous mettre en dépense,
Et chercher autre part un semblable repas ;
Ces beaux festins d’amour ne se retrouvent pas.

[…]

A la table divine où l’on doit manger vite
La jeunesse prodigue en passant vous invite.
Il faut mettre à profit cet hôte hasardeux,
Qui reçoit une fois les gens, mais jamais deux.

Maîtresse, c’est pourquoi je bois à perdre haleine,
Pourquoi je veux avoir toujours la bouche pleine,
Pourquoi mes appétits, sans paraître apaisés,
Font si large bombance au banquet des baisers.

(Jean Richepin)

 

 

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Pourquoi cet obstiné refus du plaisir (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018




    
Pourquoi cet obstiné
refus du plaisir
pourquoi ce refus de la vie

tout un pan
de la vieille Espagne
dans ce monastère
enfoncé sous la roche

mêlé à la roche
écrasé par la roche
San Juan de la Peña

enfoui je ne sais où
au plus reculé
de l’Espagne profonde

génération après génération
les centaines les milliers d’hommes
affamés assoiffés
qui ont dépéri là
loin de la femme
et de sa chair bienfaisante
loin des bontés des orages
des ivresses de la vie

pourquoi ce rejet
du corps
pourquoi ce mortel
refus de soi

pourquoi ces existences
verrouillées
acharnées à arracher
ce qui grondait
dans le sang
et voulait s’épanouir

le nécessaire bonheur d’être
se refuse aux âmes
et aux corps asséchés

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Happé par la machine (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Happé par la machine! et déjà le sang sourd,
Sa tête tombe à terre et pâlit sa paupière,
Il va régner sur la vermine pour toujours,
On l’étend dans la cour sur la fraîcheur des pierres.

Sur ses mains d’ouvrier la nuit roule, éternelle,
Certains – tristes et las – le regardent, l’envient,
La lutte brûle en eux d’un feu perpétuel,
Car leurs petits attendent d’eux le pain, la vie.

La rumeur du travail un moment s’est calmée,
Un soupir d’homme monte et se mue en sanglot
Et s’éveillent au lit deux enfants affamés.

La machine reprend son rythme de robot
Et tout va comme si rien ne s’était passé.
Des hommes, il en restera toujours assez…

(Attila Jozsef)


Illustration: Charlie Chaplin

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Ma chérie (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Illustration: Carolus Duran
    
Ma chérie

C’est vrai que les pétales se rejoignent, le soir.
Je ne voulais même pas t’embrasser,
Juste te sentir ici, près de moi,
Comme le petit enfant aime sentir sa mère.
Le poirier sauvage se mêle à la branche greffée,
Moi aussi, je suis devenu meilleur, depuis que tu m’as greffé tes baisers.
Mon adorée,
Et je suis plus beau, aussi, comme la nuit
Est plus belle grâce à ses astres innombrables.

Tu es la chaleur : un vent printanier qui annonce la pluie,
Qui enseigne aux enfants le jeu du chat perché
Et redresse les herbes embourbées.
Il y a longtemps que l’horizon broussailleux de mon torse t’attendait,
Tantôt affamé, tantôt transi de froid,
La horde des passions donnait des coups de cornes
Maintenant, la voilà
Paissant paisiblement dans le pré
Tes mots de lys, de giroflées.

Car tu es venue, oui,
Tu devais venir, mon Adorée.
Il fait encore sombre
On ne voit même pas notre souffle,
Mais déjà sur notre fenêtre s’épanouissent des fleurs de givre.
L’aube se lève au dehors,
Et mes lèvres parlent encore la langue des baisers.

(Attila Jozsef)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Le mendiant de la beauté
Traduction: Francis Combes, Cécile Guichard, Georges Kassai
Editions: Le temps des cerises

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