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Poésie

Posts Tagged ‘affecter’

Mensonge intime (Jacques Sojcher)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019




    
Mensonge intime
de toute vie.
Nous ne sommes pas
où nous sommes.
Nous simulons le bonheur.
Nous affectons des poses.
Le corps est seul
et le coeur.

(Jacques Sojcher)

 

Recueil: L’idée du manque
Traduction:
Editions: Fata Morgana

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Il y a un nom perdu (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019




    
Il y a un nom perdu.

Nous ne savons pas s’il a toujours été perdu,
une seconde après avoir été prononcé
ou peut-être déjà d’avant.

Nous ne savons pas si quelqu’un l’a caché
et oublia l’endroit,
ou si l’endroit disparut de lui-même.

Nous ne savons pas s’il fut peut-être retiré
du flux furtif des noms
afin de préserver une anomie
indispensable dans l’ouvert.

Nous ne savons pas si la futilité de l’homme
le laissa choir
comme un déchet supplémentaire
dans la pente générale des déchets.

Mais maintenant il nous manque.
Non pour désigner ceci ou cela
parmi tant de choses qui n’ont pas de nom.

Son manque nous affecte plus au fond :
le nom perdu
fracture les noms du reste des choses.

Le nom perdu
creuse petit à petit les autres noms
et nous abandonne dans ce presque unanime désert de mots,
où le vent de la nuit
change de place tous les lieux.

Le vent de la nuit
ou une topographique vengeance de l’abîme.

De sorte que la perte d’un nom
nous a fait perdre tous les noms.

***

Hay un nombre perdido.

No sabemos si estuvo siempre perdido,
desde un segundo después de articulado
o quizá desde antes.

No sabemos si alguien lo ocultó
y olvidó el lugar
o si el lugar desapareció por si mismo.

No sabemos si tal vez fue retirado
del flujo furtivo de los nombres
para preservar una anomia
imprescindible en lo abierto.

No sabemos si la trivialidad del hombre
dejó que se cayera
como un desecho mas
en el declive general de los desechos.

Pero ahora lo extrañamos.
No para designar esto o aquello
entre tantas cosas que no tienen nombre.

Su falta nos afecta más adentro:
el nombre perdido
fractura los nombres de todas las otras cosas.

El nombre perdido
ahueca poco a poco todos los otros nombres
y nos deja abandonados en este casi un
unánime desierto de palabras,
donde el viento de la noche
cambia de sitio todos los lugares.

El viento de la noche
o una topográfica venganza del abismo.

Así el extravío de un nombre
nos ha hecho perder todos los nombres.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Si un jour dans mon sommeil (Bashshâr ibn Burd)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



Illustration: F.A. Moore
    
Si un jour dans mon sommeil tu m’effleurais
Te voyant mes yeux en seraient affectés,
Par désir d’être proche de toi
mon coeur devient léger
Comme si je demeurais suspendue au-dessus du sol,
errante.

(Bashshâr ibn Burd)

 

Recueil: Le Dîwân de la poésie arabe classique
Traduction: Houria Abdelouahed et Adonis
Editions: Gallimard

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Demain s’il subsiste un peu de terre (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2016



Demain s’il subsiste un peu de terre
Dans la bouillie de nos cervelles
Il se peut que s’y accroche
Un nouveau lichen
Venu celui-là des cieux
Sans avoir comme son ancêtre
A affecter de n’être
Qu’une pellagre inoffensive
Ou une écume apprivoisée

Tant mieux pour lui s’il y prospère
Tels Hegel et Baedeker
Qu’il sache ou non
Si nous avions été faits à l’image
D’un dieu plutôt que d’un chien.

(Jean Rousselot)

 

 

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Quand le Coeur s’unifie (Seng Ts’an)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2016



Si le monde vide paraît changer
c’est par notre ignorance
Inutile de chercher la vérité
abandonnez plutôt les opinions

Ne vous attachez pas aux dualités
veillez à ne pas les suivre
Dès qu’apparaissent bien et mal
le Coeur se perd dans la confusion

Le deux découle de l’un
mais ne vous attachez pas à l’un
Quand le Coeur s’unifie sans s’accrocher à l’un
les dix-mille-lois ne l’affectent pas

*

(Seng Ts’an)

 

 

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