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Poésie

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Nous ne sommes qu’une braise (Fernand Verhesen)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018


feu

Je me glisse aux jointures
je me nourris aux confins
du temps et des rencontres
de l’espace des instants

tu m’es présente par-dessus les fougères
les langues de la pelouse nous caressent
nous interrogeons le faîte du mur
nous affinons l’air
qui nous sépare
plus légères les branches
où se ramifie l’espoir
hauteur de ton souffle
sur nos mains tendues
L’attente efface
les distances
Nous ne sommes qu’une braise
dans la gorge du temps

(Fernand Verhesen)

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TERRE ET POÉSIE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



 

TERRE ET POÉSIE

La poésie, comme l’amour, charge de tout son contenu,
force à tous ses espaces le visage, le geste, le mot.
Sans elle, à l’instant d’être, ils seraient déjà morts —
ou cernés à jamais en leur étroite forme,
ce qui est mourir d’une autre façon.

Le roman prend corps pour ensuite se vêtir.
Prenant âme, la poésie demeure nue.

L’heure aride : des clefs sur la table et pas de porte à ouvrir.

La poésie suggère. En cela, elle est plus proche qu’on ne pense
de la vie, qui est toujours en deçà de l’instant qui frappe.

La poésie n’est pas la proie du poème.
Elle assiège et s’éclipse.
Nous laissant plus gravé dans l’argile, ou plus libre d’un anneau.

Lorsqu’on a pressenti, rien qu’une fois, l’immensité de l’aventure humaine,
on peut se demander quelle force nous retient dans l’étroit.
Quelle force est là, qui fait que nous poursuivons quand même la route
sans fomenter des bouleversements et sans abattre les murs ?
La poésie — si elle s’inscrit en nous — tout en admettant de nous regarder cheminer, nous délivre.

Parfois, se mirant dans l’un de nos destins,
elle nous découvre son envers terrestre qui est l’amour.
Alors, malgré les tiraillements, nous nous sentons sauvés ;
et en réalité nous le sommes, sauvés, ici et ailleurs.
Toujours un peu en amont du dernier poème vécu, la poésie ne saurait décevoir.
Je dis : un peu, car il faut apprivoiser l’impossible ;
vouloir qu’un passage existe, à portée de voix, à portée de regard.
Ce qui nous dépasse, et dont nous portons le grain aussi
certainement que nous portons notre corps, cela s’appelle : Poésie.

Le poème se nourrit de mouvements.
Son rythme est celui de la vague, son dessein est de traverser.

Hostile aux vérités à éclipses,
le poète n’est soucieux que de l’homme à la recherche de son visage enfoui.

La poésie est naturelle.
Elle est l’eau de notre seconde soif.

Il est vital pour le poète de lever des échos et de le savoir.
Nul mieux que lui ne s’accorde aux solitudes ;
mais aussi, nul n’a plus besoin que sa terre soit visitée.

Le poète séjourne hors des enceintes.
S’il ne rompait les digues,
comment joindrait-il ses terres à la terre, et la parole aux mots ?

Si l’appel du poème n’est pas contraignant, celui de la poésie est d’une haleine.
Fièvre perpétuelle qui brûle de devenir.

Pour en épeler les signes, la poésie endosse le monde dont elle est issue.
Mais à travers l’essaim des poèmes — intacte et pourtant remuée —
la poésie demeure au futur.

En sa terre labourée, le poète — pour un temps — s’apaise du cri qu’il pousse ;
poème dans sa nuit.

Le poète avance par saccades : coups d’aile et retombées.
L’expérience lui enseigne que la chute est le présage de l’essor ;
mais, au plus sombre d’une détresse, cette mémoire est de maigre secours.

Sauvegardons à ceux qui nous ont failli le mystère entier de leur visage.
Blessés et en cause, nous voici juges, les affublant du masque odieux.
Les faiblesses d’autrui, quand elles égratignent notre susceptible peau,
nous poussent à renier tout un passé d’entente.
Tourné vers la possession, nous sommes sans perspective et sans recours.

L’amour est toute la vie. Il est vain de prétendre qu’il y a d’autres équilibres.
Le dénué d’amour trace partout des cercles dont le centre n’est pas.

Le coeur se rit de l’absurde.
Sa vérité est au midi des contradictions.

L’amour comme la mort — qui naviguent hors du temps —
lissent nos fronts, affinent nos visages.
Au bord de ce qui est vaste, le regard n’erre plus.
Et le souffle, complice de l’angoisse et des jours, trouve enfin sa paix.

(Andrée Chedid)

 

 

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Séparée de son amoureux (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2017



Séparée de son amoureux,
la femme file à son rouet.

La cité de son corps se dresse dans sa beauté
et le palais de l’esprit y a été construit.

Le rouet de l’amour tourne au ciel
et il est fait des joyaux du savoir.

Quels fils subtils tisse la femme
et combien elle les affine encore par son amour et son respect.

Kabîr dit : « Je tresse la guirlande des jours et des nuits;
quand mon amoureux viendra et que Ses pieds m’effleureront, je Lui offrirai mes larmes.

(Kabîr)

 

 

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Nous ne sommes qu’une braise dans la gorge du temps (Fernand Verhesen)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2016



Je me glisse aux jointures
je me nourris aux confins
du temps des rencontres
de l’espace des instants

tu m’es présente par-dessus les fougères
les langues de la pelouse nous caressent
nous interrogeons le faîte du mur

nous affinons l’air
qui nous sépare
plus légères les branches
où se ramifie l’espoir
hauteur de ton souffle
sur nos mains tendues
L’attente efface
les distances
Nous ne sommes qu’une braise
dans la gorge du temps

(Fernand Verhesen)

Illustration

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