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Poésie

Posts Tagged ‘affirmer’

Presque toutes les choses resteront à dire (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019




    
Presque toutes les choses
resteront à dire.
C’est trop que de recommencer du début
ce qu’il faut dire.

Seule notre parole
nous donne une réalité.
Les paroles des autres
tantôt nous affirment la bouche
et tantôt nous déplacent
ce qu’il faut dire.

Et ainsi arriverons-nous à la fin,
réels à moitié,
entravés également
par ce qu’il ne faut pas dire.

Nous poursuivrons la quête
de la clé introuvable.
Et quelquefois nous éprouverons
une fleur verbale dans le vide,
une fleur non complètement étrangère
notre tenace requête
d’être quelque chose dans le dire et le non-dire.

***

Quedarán por decir
casi todas las cosas.
Es demasiado empezar otra vez desde el comienzo
lo que hay que decir.

Sólo nuestra palabra
nos vuelve realidad.
Las palabras ajenas
a veces nos afirman la boca
y otras veces nos desplazan
lo que hay que decir.

Y así llegaremos al final,
reales a medias,
coartados también
por lo que no hay que decir.

Seguiremos buscando
la combinación inhallable.
Y a veces sentiremos
una flor verbal en el vacío,
una flor no totalmente ajena
notre tenace requête
d’être quelque chose dans le dire et le non-dire.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Quelque chose (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2019



Illustration: Alex Nabaum
    
Quelque chose regarde par toutes les fenêtres,
vers dedans ou dehors.
Quelque chose passe par toutes les portes,
vers dehors ou dedans.

On ne peut pas affirmer l’être.
On ne peut pas affirmer le non-être.

Seulement ce qui regarde par toutes les fenêtres.
Seulement ce qui passe par toutes les portes.

***

Algo mira por todas las ventanas,
hacia adentro o afuera.
Algo pasa por todas las puertas,
hacia afuera o adentro.

No se puede afirmar el ser.
No se puede afirmar el no ser.

Sólo aquello que mira por todas las ventanas.
Sólo aquello que pasa por todas las puertas.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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L’ESPRIT TUTÉLAIRE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration
    
L’ESPRIT TUTÉLAIRE

L’esprit est étrange
Qui regarde avec mes yeux,
Travaille de mes mains,

Dont l’élan attise ma poussière
Et dans mon âme affirme
Ses certitudes.

Mais je peux fermer à tout ce qu’il connaît
L’esprit éternel,

Nier
L’amour qui bouge en moi
Quand l’esprit souffle.

Ceci, mon être
Dressé depuis le commencement du temps,
Que cette puissance l’utilise.

***

THE TUTELARY SPIRIT

The mind is strange
That looks out of my eyes
Labours with my bands,

Whose impulse surs my dust
And in my soul affirms
Its certainties.

Yet I can close
The eternal mind to all it knows,

Dent’
The love that moves in me
When the spirit blows.

This my being
Raised up from lime’: beginning
May the power use.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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La nuit n’est jamais complète (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2018



Illustration
    
La nuit n’est jamais complète.
Il y a toujours, puisque je le dis,
Puisque je l’affirme,
Au bout du chagrin
Une fenêtre ouverte, une fenêtre éclairée

Il y a toujours un rêve qui veille,
Désir à combler, Faim à satisfaire,
Un cœur généreux,
Une main tendue, une main ouverte,
Des yeux attentifs,
Une vie, la vie à se partager.

La nuit n’est jamais complète.

(Paul Eluard)

 

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En quelques morceaux (Arnaud Savoye)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



 

    
 

En quelques morceaux

Soif et joie;
pieds lavés dans la rivière
remontent à la source.
Rêve d’élan.
De l’engagement.

Nos propres dé‚couvertes
porté‚es haut et partagé‚es,
repas pris en commun.

Ensemble sur
un même chemin,
vers une oeuvre.

Solidarité‚ des oiseaux;
une mésange guette,
surveille, annonce, pré‚vient.

Rouges-queues, chardonnerets,
passereaux au sol picorent,
partage équilibré.

Parfois, une colère, une ré‚volte.
Et tu dé‚poses tes sentiments,
affirmes l’être que tu es,
insuffle une direction.

Parfois, oui,
une mise à nu simple.
Révélation de l’être,
reconnaissance.

Tu es, je te vois, t’entends.
Mots, portée d’une page,
mots murmurés, répétés.
Ils pénètrent l’intérieur,
mordant d’une oreille, elle
écoute.

Un feu; le feu en nous
n’incendie plus la forêt et son
entêtante illusion du sauvage en gestation
avant son réveil brutal, brûlure vive.

Ici, seul le désir partagé, désir commun,
s’érige contre-feu.

Embrasement des coeurs.
Nous puiserons dans la flamme
ravivée chaque matin.

Opiniâtreté des jours
courage de l’oiseau éclatant,
persistante volonté
où chacun prend part à.

Néfliers rougeoyants, éclats des regards.
Il y a de la passion dans cette terre brandonnée.
Ne rêvons-nous pas secrètement de prolonger le jour?

Le bois nourrit l’âtre,
repousse le noir de la nuit.
Coûte que coûte maintenir flamme,
chaleur et lumière.

Ne confondons pas
ombres et corps,
mirage de l’oeil.

Dissocier braises et cendres
en suivant les signaux des fumées.
N’avons-nous pas à chaque instant
à tisonner le corps ?

Une main s’ouvre pour qu’un mot
se dépose dans sa paume : ardeur.

(Arnaud Savoye)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Que de vagues stériles (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2018



Illustration: Kupka Frantisek
    
Que de vagues stériles
pour une vague féconde
Pourtant c’est la même eau
mettant du sel sous ta langue
portant l’écume à tes lèvres
et dont tu prétends être
le sourcier
Parfois tu te demandes
— puisqu’on affirme
que tu es sorti d’elle —
si l’eau
possède ou non
une mémoire

(Abdellatif Laâbi)

 

Recueil: Tribulations d’un rêveur attitré
Traduction:
Editions: La Différence

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La poésie (Aldo Pellegrini)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018



    

La poésie n’est rien d’autre que cette violente nécessité d’affirmer son être qui anime l’homme.
Elle s’oppose à la volonté de ne pas être qui guide les foules domestiquées
et à la volonté d’être par les autres qui se manifeste chez ceux qui exercent le pouvoir.

Les imbéciles vivent dans un monde artificiel et faux :
attachés au pouvoir qu’ils peuvent avoir sur autrui,
ils nient la pleine réalité de l’humain au bénéfice de schémas creux.

Le monde du pouvoir est un monde vide de sens, hors du réel.
La poésie est une mystique du réel.

Le poète cherche dans le mot, non pas un mode d’expression,
mais une manière de participer à la réalité.
Au moyen du verbe, le poète n’exprime pas le réel : il y participe.

La porte de la poésie n’a ni clef ni verrou :
elle se défend par sa qualité d’incandescence.
Seuls les innocents, accoutumés au feu purificateur,
peuvent ouvrir cette porte de leurs mains ardentes et accéder à la réalité.

La poésie prétend accomplir la tâche suivante :
que ce monde ne soit pas seulement habitable pour les imbéciles. »

(Aldo Pellegrini)

 

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Ceux qui marchent en se tenant par la main (Roberto Fernández Retamar)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018



Illustration: Daniele Guido
    
Ceux qui marchent en se tenant par la main,
Avec leurs mains élèvent une tour,
Construisent une maison,
Organisent le monde,
Lavent l’air de ses feuilles mortes,
Saluent l’aube,
Couchent le crépuscule,
Défendent les premiers fruits,
Assurent, affirment, unissent.

Et nous brisent le cœur.

***

Los que caminan cogidos de las manos,
Con sus manos levantan una torre,
Construyen una casa,
Organizan el mundo.
Limpian el aire de hojas rotas.
Saludan el amanecer
Acuestan el ocaso,
Defienden los primeros frutos.
Aseguran, afirman, juntan.

Y nos rompen el corazón.

(Roberto Fernández Retamar)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil:
Traduction: anchita Gonzalez Batlle
Editions:

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Les vrais amants (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2018



Illustration: Raymond Peynet
    
les vrais amants à chaque irruption de leur coeur
vivent plus longtemps que tout ce qu’ils et chacun qui;
quoi que l’espoir affirme et quoi que nie la peur,
tous deux prouvant le vrai le faux est démenti

(tout doute ou certitude,que bons ou méchants fourrent
parmi les purs semblants de leurs pauvres cervelles
—grimace des singeries de durée:seul l’amour
qui passe l’entendement nous arrive immortel)

tellement à jamais l’un ou l’autre à présent
d’aimer,et chaque ici un partout se révèle
que plus vrais grandiraient les plus fidèles amants
si de minuit tombaient plus qu’il n’est de soleils

(oui; que le temps questionne son était par souci
du sera,leurs yeux ne sauraient manquer un oui)

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Une fois un
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: La Nerthe

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Le Grand Événement (Leonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2018



Illustration
    
Le Grand Événement

Il va se produire très bientôt. Le grand événement
qui mettra fin à l’horreur. Qui mettra fin au chagrin.
Mardi prochain, quand le soleil descendra, je jouerai
la Sonate au Clair de Lune à l’envers. Ceci inversera
les effets de la folie du monde plongeant dans la
souffrance depuis 200 millions d’années. Quelle nuit
merveilleuse ce sera ! Quel soupir de soulagement,
de voir les rouges-gorges séniles redevenir écarlates,
et les rossignols à la retraite relever leurs queues
poussiéreuses, pour affirmer la majesté de la création !

***

The Great Event

It’s going to happen very soon. The great
event which will end the horror. Which will
end the sorrow. Next Tuesday, when the sun
goes down, I will play the Moonlight Sonata
backwards. This will reverse the effects of
the world’s mad plunge into suffering, for
the last 200 million years. What a lovely
night that would be. What a sigh of relief, as
the senile robins become bright red again,
and the retired nightingales, pick up their
dusty tails, and assert the majesty of creation!

(Leonard Cohen)

Recueil: Le livre du désir
Traduction: Jean-Dominique Brierre et Jacques Vassal
Editions: Cherche Midi

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