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Posts Tagged ‘affoler’

Blessé d’une plaie inhumaine (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



 

Lori Earley_470

Blessé d’une plaie inhumaine,
Loin de tout espoir de secours,
Je m’avance à ma mort prochaine,
Plus chargé d’ennuis que de jours.

Celle qui me brûle en sa glace,
Mon doux fiel, mon mal et mon bien,
Voyant ma mort peinte en ma face,
Feint hélas ! n’y connaître rien.

Comme un roc à l’onde marine
Elle est dure aux flots de mes pleurs :
Et clôt, de peur d’être bénine,
L’oreille au son de mes douleurs

D’autant qu’elle poursuit ma vie,
D’ennuis mon service payant,
Je la dirai mon ennemie,
Mais je l’adore en me hayant.

Las ! que ne me puis-je distraire,
Çonnaissant mon mal, de la voir ?
Ô ciel rigoureux et contraire !
C’est toi qui contrains mon vouloir,

Ainsi qu’au clair d’une chandelle
Le gai papillon voletant,
Va grillant le bout de son aile,
Et perd la vie en s’ébattant :

Ainsi le désir qui m’affole,
Trompé d’un rayon gracieux,
Fait hélas ! qu’aveugle je vole
Au feu meurtrier de vos beaux yeux.

(Philippe Desportes)

Illustration: Lori Earley

 

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Le désir (Pascal Quignard)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018



Le désir nous affole tous les jours
et sa carence nous abandonne aux ombres.

(Pascal Quignard)

 

 

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L’heure était à l’absence (Agnès Schnell)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2018



 

Brad Kunkle 397

L’heure était à l’absence
à cette nécessité portée
en creux dès l’origine,
à ce dire en staccato
qui affolait
et refusait de se tarir.

L’heure était à l’errance
au vertige
sur les terres intimes
au filet lancé à contre espoir
vers la rive
et ramené vide…

(Agnès Schnell)

Découvert ici chez Emmila Gitana

Illustration: Brad Kunkle

 

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Masqué (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018




    
Masqué

La forêt grogne
assiège la maison.

Pour t’affoler, enfant,
ton chien s’est déguisé en loup,
il porte un masque
des gants de fer
mais sous ses gants
les griffes crissent
et sous le masque
les crocs luisent de vraie fureur.

Et le voici dehors, qui laboure le seuil,
mord le vent,
hurle à la lune.

Sois vigilant,
ferme la porte,
pousse bien le verrou,
garde ta main du père.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Longtemps j’ai courtisé la nuit
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Paméla (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



 

Illustration: Yann Rivron
    
Paméla
Tango chanté

1
À Séville,
Belle ville,
Plus tranquille
Qu’à Bell’ ville
L’ beau Dédé fait travailler sa belle.
Aux «Señors» amoureux qui l’appellent
Elle vend
Pour de l’argent
Son beau corps ardent;
Plus félin’ qu’une Espagnole
Ell’ les affole,
Si bien qu’un jour,
Pâmé d’amour,
Don Pedro creva comme un tambour!

Refrain
Paméla, poupée d’amour
Née dans nos faubourgs,
Tu es le plus beau bijou
De l’Andalou,
Et tes soeurs
Dans leurs ardeurs
Les plus grisantes
A leurs possesseurs
Paraissent languissantes;

2
Paméla, tes yeux vainqueurs
Percent tous les coeurs
Paméla, ton corps pervers
Est comme un enfer!
Paméla, poupée d’amour
Née dans nos faubourgs,
Tu es le plus beau bijou
De l’Andalou
Un Alcade
De Grenade
En balade,
Par bravade,
Voulut voir la fameuse hétaïre
Se vantant qu’ell’ ne pourrait l’ séduire,
Mais devant
Ce corps troublant
Il tomba dément,
Et depuis ce jour fatal
D’vint radical
Si bien qu’un jour,
Grisé d’amour,
Il creva Alphons’ comme un tambour!

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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J’aime la vie… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2018




    
J’aime la vie…

J’aime la vie,
La saison jolie,
Les yeux de mon amie.
Rien ne peut m’affoler.
J’aime la vie
Et ma tendre amie.
Rien ne peut m’affoler,
M’attrister
Ni mes amours changer.
Comme un feu d’artifice
Les dangers s’évanouissent.
J’aime la vie,
Et ma tendre amie.
La vie est belle
Profitons bien d’elle
Car le temps fuit trop vite.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Si je frôle (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2018



Illustration: Keisai Eisen
    
si je frôle dit-il
(ça m’affole dit-elle
juste une fois dit-il)
ma foi dit-elle

(si je touche dit-il
c’est louche dit-elle
pas qu’un peu dit-il)
donc on peut dit-elle

(allons viens dit-il
pas trop loin dit-elle
loin c’est où dit-il
là-dessous dit-elle)

si je reste dit-il
(comment faire dit-elle
comme cela dit-il
embrasse-moi dit-elle

si je bouge dit-il
est-ce l’amour dit-elle)
t’es d’accord dit-il
(mais moins fort dit-elle

***

may i feel said he
(i’ll squeal said she
just once said he)
it’s fun said she

(may i touch said he
how much said she
a lot said he)
why not said she

(let’s go said he
not too far said she
what’s too far said he
where you are said she)

may i stay said he
(which way said she
like this said he
if you kiss said she

may i move said he
is it love said she)
if you’re willing said he
(but you’re killing said she

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Le bourdonnement du taon (Aphorismes Bretons)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2017



Illustration: Julien Dupré
    
Wesh-Wesh an dabonenn
Lak ar saout da vrechenn.

Le bourdonnement du taon
Affole les vaches

(Aphorismes Bretons)

 

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J’ai longtemps attendu (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2017



Illustration: Amedeo Bocchi
    
J’ai longtemps attendu sur le versant sud de la lumière
L’arrivée de l’aimée
Embellie des jours suspendus

J’ai imaginé sa voix
J’ai dessiné la grâce de ses mouvements
Je l’ai invitée dans mes rêves
Je l’ai habillée
Robes et kaftans d’Orient

J’ai marché sur le fil improbable du désir
Une rencontre c’est un peu de hasard
Le temps et le vide
La raison et l’absurde qui sourient

Il faut renoncer à comprendre
Prendre le train de la nuit
Les yeux fermés
Et la lumière au bout du tunnel

J’ai longtemps vécu d’espoir
Embarqué par l’illusion
Un doux mensonge à soi
Une promesse et du vent

Sur les lèvres gercées du temps
Sur le corps meurtri par l’attente
Dans la clarté des évidences
J’ai vu l’aimée
Avancer vers l’horizon où j’ai enfoui mon visage

L’ai-je vue ou imaginée
Je sais qu’elle existe
Je sais son sourire qui affole les regards
Je sais les yeux mouillés de brume
Les mains prêtes pour recevoir

Je sais qu’elle viendra un jour
Ramasser ce qui subsistera de mes solitudes
Elle m’emmènera là où on dépose
Les âmes et les armes.

(Tahar Ben Jelloun)

 

Recueil: Que la Blessure se ferme
Editions: Gallimard

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Plainte d’Automne (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017




    
Plainte d’Automne

Entends soudain, dans la rousseur des champs,
Cet hymne lent que la nature entonne…
Entends ! les bois ont des accents touchants
D’automne.

Tout s’est fané. L’été meurt aux buissons.
L’autre saison sourit, frêle et morose,
Vient se bercer au loin de longs frissons
De rose…

Adieu les fleurs ! Adieu les papillons !
L’arbre jaunit, se balance et s’allège,
Et l’on croirait, à voir ses tourbillons,
Qu’il neige.

Les gazouillis ont déserté les bois :
Il n’est plus rien des notes que tu cueilles.
C’est vrai. Mais tout est plus vibrant de voix
De feuilles.

C’est une plainte au loin se soulevant,
Et qui palpite et qui retombe, lasse ;
Et, tant de pleurs ne sont qu’un peu de vent
Qui passe…

Quand elle souffle et vient tout affoler
Devines-tu que les heures sont brèves?
Rêves-tu donc — ou crains-tu d’envoler
Tes rêves?

Peut-être au vent crispé du clair matin,
Regrettes-tu la chaleur qui sommeille ;
L’aimes-tu mieux, sur des cieux de satin,
Vermeille?

Réfléchis-tu que nous sommes ainsi
Que cette fouille à terre, tournoyante,
— Jamais constants parce que le Souci
Nous hante?

Réfléchis-tu que la feuille en remous
Est notre image et celle de la vie :
Près du bonheur que chacun d’entre nous
Dévie?

Réfléchis-tu que ce tourbillon d’or
Est le destin qui chaque jour emporte ;
Que nous mourrons… et que l’âme qui dort
Est morte ?

Écoute, long, le charme frissonnant
De ce qui tombe au grand bois qui fredonne ;
Suis cette course — au vent — traînant —
D’automne…

(Bernard de Louvencourt)

 

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