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Poésie

Posts Tagged ‘affres’

Poème d’adieu (Du Mu)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



    
Poème d’adieu

Une grande passion ressemble à l’indifférence
Devant la coupe nul sourire ne vient aux lèvres
C’est la bougie qui brille les affres des adieux :
Jusqu’au jour, pour nous, elle verse des larmes

(Du Mu)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil
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Habiter un lieu (Georges Perec)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



Habiter un lieu

Habiter une chambre, qu’est-ce que c’est?
Habiter un lieu, est-ce se l’approprier?
Qu’est-ce que s’approprier un lieu?
A partir de quand un lieu devient-il vraiment vôtre?

Est-ce quand on a mis à tremper ses trois paires de chaussettes
dans une bassine de matière plastique rose?
Est-ce quand on s’est fait réchauffer des spaghettis
au-dessus d’un camping-gaz?

Est-ce quand on a utilisé tous les cintres dépareillés de l’armoire-penderie?
Est-ce quand on a punaisé au mur une vieille carte postale
représentant le Songe de sainte Ursule de Carpaccio?

Est-ce quand on y a éprouvé les affres de l’attente,
ou les exaltations de la passion,
ou les tourments de la rage de dents?
Est-ce quand on tendu les fenêtres de rideaux à sa convenance,
et posé les papiers peints, et poncé les parquets?

(Georges Perec)

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DANS LA FRONDAISON ROUGE OÙ CHANTENT LES GUITARES (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018



 

DANS LA FRONDAISON ROUGE OÙ CHANTENT LES GUITARES

Dans la frondaison rouge où chantent les guitares,
La jaune chevelure au vent des jeunes filles
Couronne la clôture où sont les tournesols.
Une charrette d’or traverse les nuages.

Dans la paix des ombres brunes, des vieillards
Se taisent et niaisement s’étreignent.
Le chant des orphelins, si doux, célèbre vêpres.
Dans de jaunes vapeurs bourdonnent les mouches.

Les lavandières au ruisseau lavent encore.
Les linges étendus ondulent.
La fille qui longtemps me plut
Revient à travers les affres du soir.

Du haut du ciel tiède, des moineaux tombent
Dans des trous verts pleins de pourri.
Aux sens de l’affamé, mirage qui guérit,
Monte un parfum de pain et d’épices amères.

(Georg Trakl)

Illustration: Maurice Denis

 

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INFINIMENT (Émile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



INFINIMENT

Voici très longuement, très lentement, les râles
D’hiver et les grands soirs dressés en bûchers d’or
Rouge sur des fleuves et les mers novembrales
Pleines de pleurs, pleines d’affres, pleines de mort.

Les chiens du désespoir, les chiens du vent d’automne
Mordent de leurs abois les échos noirs des soirs,
Et l’ombre, immensément, dans le vide, tâtonne
Vers la lune, mirée au clair des abreuvoirs.

De point en point, là-bas, des lumières lointaines,
Fixes. Et par-dessus, toujours, comme des voix,
À travers l’infini des dunes et des plaines,
Des voix, nocturnement, à travers les grands bois.

Et des routes de soir continûment unies,
Qui se croisent, ainsi que des voiles, sans bruit,
Et s’allongent et s’écoulent indéfinies
Par au delà des loins et des loins de la nuit.

(Émile Verhaeren)

 

 

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Je suis! (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2017



Illustration: Andrew Murray
    
Je suis!

Je suis – mais qui je suis, nul ne sait ou s’en soucie ;
Mes amis me délaissent tel un souvenir vieux :
De mes propres souffrances je me rassasie-
Elles enflent et meurent dans un essaim oublieux
Comme les ombres de nos affres amoureuses-
Et pourtant je suis et je vis –ballotté, vaporeux,

Dans le vaste néant du mépris et du bruit,
Dans l’océan vivant des rêves éveillés
Sans le moindre bonheur et sans la moindre vie,
Seul le grand naufrage de mes vies estimées ;
Et même les êtres que j’aime, les êtres chers,
Me sont devenus étrangers –et je les perds.

Je rêve de lieux ou nul homme n’a marché,
Où nulle femme encore n’a souri ni pleuré,
Ainsi là avec Dieu, toujours, y demeurer,
Et rêver tel qu’enfant doucement j’ai rêvé,
Serein et calme, couché dans un songe éternel,
L’herbe en dessous –par-dessus, l’arche du ciel.

***

I am!

I am—yet what I am none cares or knows;
My friends forsake me like a memory lost:
I am the self-consumer of my woes—
They rise and vanish in oblivious host,
Like shadows in love’s frenzied stifled throes
And yet I am, and live—like vapours tossed

Into the nothingness of scorn and noise,
Into the living sea of waking dreams,
Where there is neither sense of life or joys,
But the vast shipwreck of my life’s esteems;
Even the dearest that I loved the best
Are strange—nay, rather, stranger than the rest.

I long for scenes where man hath never trod
A place where woman never smiled or wept
There to abide with my Creator, God,
And sleep as I in childhood sweetly slept,
Untroubling and untroubled where I lie
The grass below—above the vaulted sky.

(John Clare)

 

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Je meurs de soif auprès de la fontaine, (Charles d’Orléans)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017




Je meurs de soif auprès de la fontaine,
Tremblant de froid au feu des amoureux;
Je suis aveugle et je conduis les autres;
Pauvre en bon sens, l’un des gens avertis ;
Très négligent, souvent soucieux pour rien :
Ma situation est comme ensorcelée,
Conduite au pire et au mieux par Fortune.

Gagnant du temps, je perds mainte semaine ;
Je joue et ris quand la douleur m’étreint;
Mon déplaisir est comblé d’espérance;
J’attends ma chance aux affres du regret;
Rien ne me plait et pourtant je désire;
Joie et chagrin je trouve à ma pensée
Conduite au pire et au mieux par Fortune.

Je suis bavard et me tais à grand peine ;
Déconcerté sans manquer de courage ;
Mon réconfort est aux mains de Tristesse :
Je ne peux pas les esquiver tous deux ;
Dans l’affliction, je fais bonne figure ;
La maladie m’échoit dans la santé
Conduite au pire et au mieux par Fortune.

Envoi

prince, je dis que mon cas désastreux
Et mon profit aussi avantageux,
Je les jouerai au hasard, quelque année
Conduite au pire et au mieux par Fortune.

(Charles d’Orléans)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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Alors mon âme s’écria (Zelda)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2017



Illustration: Ron Mueck
    
Alors mon âme s’écria :
Lèvres calcinées —
Vous êtes d’un côté,
Et l’univers de l’autre,
L’univers entier de l’autre côté.
Car dans cette chambre
inondée de soleil,
Je me tenais si près d’elle
que ma bouche touchait son visage
transfiguré par les affres de la mort.
Elle prononça mon nom
d’une voix
gisant au fond de l’océan,
d’une voix lointaine, assourdie
qui fit voler en éclats
les miroirs d’argent,
lèvres fumantes
qui épelèrent mon nom.

(Zelda)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: L. Schechtman
Editions: Gallimard

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J’aime un regard d’Agonie, car je sais qu’il est vrai (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



J’aime un regard d’Agonie,

Car je sais qu’il est vrai –

On ne singe pas la Convulsion,

On ne feint pas, des Affres –

L’œil se fige d’un coup – et c’est la Mort –

Impossible de simuler

Les Perles sur le Front

Par la fruste Angoisse enfilées.

(Emily Dickinson)

Illustration

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L’Agonie (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2016



J’aime l’air de l’Agonie,
Parce que je sais que c’est vrai –
On ne feint pas les Spasmes,
On ne simule pas les Affres –

Les Yeux se glacent – c’est ça la Mort –
Impossible d’imiter
Ces grosses Perles sur le Front
Par l’Angoisse – enfilées.

(Emily Dickinson)


Illustration: Egon Schiele

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On apprend l’Eau par la soif (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2016



On apprend l’Eau par la soif
Et la Terre par les Voyages en mer –
La Passion – par les affres
Et la Paix – par les récits de guerre –
L’Amour – par la Mort
Et les oiseaux – par l’Hiver.

(Emily Dickinson)


Illustration: Michel Ogier

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