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Poésie

Posts Tagged ‘affreux’

Ce n’était pas la Mort (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Ce n’était pas la Mort, car j’étais debout
Et que tous les Morts, gisent –
Ce n’était pas la Nuit, car toutes les Cloches,
Langue dardée, sonnaient Midi.

Ce n’était pas le Gel, car sur ma Chair
Je sentais – ramper – des Siroccos –
Ni le Feu – car le seul Marbre de mes pieds
Eût gardé frais, un Sanctuaire –

Pourtant, j’éprouvais tout cela ensemble,
Les Formes que j’ai vues
Apprêtées, pour l’Enterrement,
Me rappelaient la mienne –

Comme si pour l’adapter à un cadre,
On eût rogné ma vie,
Et qu’elle ne pût respirer sans clé,
On aurait dit Minuit –

Quand tout ce qui tictaque – stoppe –
Et que partout – bée l’espace –
Ou que l’Affreux gel – aux matins d’Automne,
Abolit le Sol Palpitant –

Mais surtout, le Chaos – Sans bornes – froid –
Sans une Chance, ou un espar –
Ni même l’Annonce d’une Terre –
Pour justifier – le Désespoir.

(Emily Dickinson)


Illustration: Sabin Balasa

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Douleur (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



Douleur

Ce soir je me sens malheureux
C’est qu’il a menti le beau songe
Je m’exaltais en plein mensonge
Ah ! comme j’en sors douloureux

Je croyais, et c’était ma gloire
J’espérais, c’était mon bonheur
Et maintenant, j’ai dans le coeur
Le mal affreux de ne plus croire

Je pleure, et ma main tremble un peu
Demain, je serai triste encore
Je verrai sans plaisir l’aurore
Et sans plaisir l’infini bleu

Quand on souffre par une femme
Sans espoir d’être consolé
On ne voit, d’un oeil désolé
Que le ciel sombre de son âme

(Albert Lozeau)


Illustration

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Saint Rufin (Pierre-Albert Birot)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2016



 

Saint Rufin

Le plus affreux des gueux
En affreuses guenilles
Peut faire une belle ombre
Je vous dis que le soleil est un grand peintre

(Pierre-Albert Birot)

Illustration

 

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Ombre égoïste, chienne bleue (Jean Tortel)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2016



Ombre égoïste, chienne bleue
Je ne peux pas la lâcher
Elle grandit quand j’éloigne la lampe
Elle aboie au désert aux mendiantes secrètes.

Pour retrouver par dessus l’aire du soleil
Une soeur inconnue, affreuse entre les pierres
Et qui tourne elle aussi dans l’immobilité.

(Jean Tortel)

 

 

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Les amants (Hölderlin)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2016



Nous séparer, c’est nous qui l’avions décidé,
l’estimant bon et sage;
Alors, pourquoi l’accomplissant,
l’acte fut-il affreux comme un assassinat?
Hélas! nous nous connaissons peu
Car règne en nous un dieu.

(Hölderlin)


Illustration

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Affreux mur (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2016



Affreux mur

Affreux mur
affreux voyage
affreuse nuit

où-suis-jur ?
où suis-joye ?
où suis-juis ?

nulle part
nul pur
nulle page
nul puits

un jeu simple
que j’invimple
dans la nuimple

(Raymond Queneau)

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COIN DE FORÊT (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2016



COIN DE FORÊT

Quand j’y allai, deux ailes claquèrent affolées, et ce fut tout.
On y va seul. C’est un grand édifice composé de fissures,
un édifice qui vacille toujours, mais jamais ne s’abat.
Le soleil flotte au centuple par les fissures.
Dans le jeu des lumières règne une pesanteur inversée :
la maison est ancrée dans le ciel, et ce qui tombe, tombe vers le-haut.
Là-bas, on a le droit de se retourner.
Là-bas, on a la permission de porter le deuil.
Là-bas, on ose regarder en face certaines vérités anciennes,
celles qui d’ordinaire restent emmitouflées.
Mes rôles des bas-fonds, là-bas, remontent à la surface,
ils pendent comme ces crânes desséchés dans la case des ancêtres,
sur une île perdue de Mélanésie.
Une lueur enfantine sur ces affreux trophées.
Si douce est la forêt.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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Carnaval (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2015




Carnaval

Venise pour le bal s’habille.
De paillettes tout étoilé,
Scintille, fourmille et babille
Le carnaval bariolé.

Arlequin, nègre par son masque,
Serpent par ses mille couleurs,
Rosse d’une note fantasque
Cassandre son souffre-douleurs.

Battant de l’aile avec sa manche
Comme un pingouin sur un écueil,
Le blanc Pierrot, par une blanche,
Passe la tête et cligne l’oeil.

Le Docteur bolonais rabâche
Avec la basse aux sons traînés;
Polichinelle, qui se fâche,
Se trouve une croche pour nez.

Heurtant Trivelin qui se mouche
Avec un trille extravagant,
A Colombine Scaramouche
Rend son éventail ou son gant.

Sur une cadence se glisse
Un domino ne laissant voir
Qu’un malin regard en coulisse
Aux paupières de satin noir.

Ah! fine barbe de dentelle,
Que fait voler un souffle pur,
Cet arpège m’a dit : C’est elle !
Malgré tes réseaux, j’en suis sûr,

Et j’ai reconnu, rose et fraîche,
Sous l’affreux profil de carton,
Sa lèvre au fin duvet de pêche,
Et la mouche de son menton.

(Théophile Gautier)

 

 

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Quand pourrai-je, quittant les soins inutiles (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2015



Quand pourrai-je, quittant les soins inutiles

Quand pourrai-je, quittant tous les soins inutiles
Et le vulgaire ennui de l’affreuse cité,
Me reconnaître enfin, dans les bois, frais asiles,
Et sur les calmes bords d’un lac plein de clarté !

Mais plutôt, je voudrais songer sur tes rivages,
Mer, de mes premiers jours berceau délicieux.
J’écouterai gémir tes mouettes sauvages,
L’écume de tes flots rafraîchira mes yeux.

Ah, le précoce hiver a-t-il rien qui m’étonne ?
Tous les présents d’avril, je les ai dissipés,
Et je n’ai pas cueilli la grappe de l’automne,
Et mes riches épis, d’autres les ont coupés.

(Jean Moréas)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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NOTRE TOUR (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2015



 

NOTRE TOUR

J’ai vu un projet de maison
Beau rêve élancé à l’échelle d’un centième
Tout autour les fenêtres tournoyaient
Enveloppant la tour de tant de lumière
Que du blanc de la page soufflait
L’air pur des hauteurs agité par les ailes

Fenêtres fenêtres cadres qui nous attendent
Points fertiles de l’espace
Où le visage de nos désirs
Vient et nous fait lever 1a tête

Là-haut j’aurais voulu vivre longtemps sans redescendre

Beau rêve précis on avait tout prévu l’avenir
Etait là déjà à chaque étage et j’ai tout vu
Les murs de verre les jardins inattendus
Les terrasses reflétant une carte du ciel
Alcôves où le sommeil était image de survie
Les baignoires donnant des moulages parfaits
Et des chambres avaient pour trésor le silence
Dans l’ambre des cloisons et des jets d’eau
Attendaient le signal de la grâce

L’homme déjà rêve très bien
Il dorme des mesures si précises à ses désirs
Qu’autour de lui voilà que les lignes s’allongent
Montent s’échafaudent
Et parfois il sait agir de même

Mais éviter l’éclair affreux de la discorde
Et célébrer sur la plus haute tour
L’instant sacré quand les bâtisseurs de très haut
Verront tous les hommes semblables
Comme des frères
Alors plus rien ne pourra t’empêcher d’exister
O splendide palais de la réalité

(Ernest Delève)

Illustration: Michael Whelan

 

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