Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘affronter’

Le chant (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



choeur1
Le chant
Ne contourne pas.
Il affronte.

Le chant
Donne à vivre
L’effort qui repose.

Le chant
Cherche à combler
Ceux qu’il occupe.

Le chant veut porter
Un plus que lui-même
Qui se dérobe.

Toujours
Il laisse percer:

Qui suis-je?
Où vais-je?

Jamais
Il ne se pose la question:
A quoi bon?

(Guillevic)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’enfant précoce (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017



 

Une lampe naquit sous la mer
Un oiseau chanta
Alors dans un village reculé
Une petite fille se mit à écrire
Pour elle seule
Le plus beau des poèmes
Elle n’avait pas appris l’orthographe
Elle dessinait dans le sable
Des locomotives pleins de soleil
Elle affrontait les arbres gauchement
Avec des majuscules enlacées et des coeurs
Elle ne disait rien de l’amour
Pour ne pas mentir
Et quand le soir descendait en elle
Par ses joues
Elle appelait son chien doucement
Et disait
« Et maintenant cherche ta vie. »

(René Guy Cadou)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

LE SOMMEIL VIENT SANS NULLE JOIE (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017



Illustration: Eugène Carrière
    
LE SOMMEIL VIENT SANS NULLE JOIE

Le sommeil vient sans nulle joie;
Jamais ne meurt le souvenir;
Mon âme vit dans la détresse
Et les soupirs.

Le sommeil vient sans nulle paix;
Les ombres des morts que jamais
Mes yeux ouverts ne peuvent voir
Hantent ma couche.

Le sommeil vient sans nul espoir;
Son règne les fait apparaître,
Et leur dolent cortège aggrave
L’ombre funèbre.

Le sommeil vient sans nul regain
De force neuve et de courage :
J’affronte une mer plus sauvage,
Un flot plus noir.

Le sommeil vient sans nul ami
Qui m’apaise, m’aide à souffrir;
Dans tous les yeux, rien que mépris;
Je désespère.

Le sommeil vient sans nul désir
Dont réarmer mon coeur meurtri —
Sinon du sommeil de la Mort
Et son oubli.

***

SLEEP BRINGS NO JOY TO ME

Sleep brings no joy to me,
Remembrance never dies;
My soul is given to misery
And lives in sighs.

Sleep brings no rest to me;
The shadows of the dead
My waking eyes may never see
Surround my bed.

Sleep brings no hope to me;
In soundest sleep they come,
And with their doleful imagery
Deepen the gloom.

Sleep brings no strength to me,
No power renewed to brave,
I only sail a wilder sea,
A darker wave.

Sleep brings no friend to me
To soothe and aid to bear;
They all gaze, oh, how scornfully,
And I despair.

Sleep brings no wish to knit
My harassed heart beneath;
My only wish is to forget
In sleep of death.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Si d’aventure tu venais à passer (Claire Genoux)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2017



    

Si d’aventure tu venais à passer
à portée de mes pattes
je te saisirai en une seule fois
te roulerai sous mes dents
puis je tannerai ta peau comme un cuir
prendrai ta place dans les jardins sur les terrasses
partout là où tu respires
veillant à ce que rien n’efface
la piqûre de tes seins sur mes seins
les lanceurs de couteau tenir haut leur manche ?
ce n’est pas la crainte qui me fait presser le pas
plutôt l’envie de retrouver mes outils
la corde pour jouer sous la lune noire
et les fouets qui ne suffiront pas pour affronter la mort

(Claire Genoux)

 

Recueil: Revue Vagabondages
Editions: Cherche Midi

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’ordre logique s’effondra (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2017



 

L’ordre logique s’effondra avec le toit
nous applaudissions les pluies entre nos murs
rapiécions avec ferveur les accrocs des toiles d’araignée
Nous étions fétichistes
irrévérencieux
ma mère tirait les cartes aux merles moqueurs
mon père frappait le sable
frappait Dieu
à la saignée des nuages
sur le dos courbé de l’air
Notre salut viendrait de la nature
nous attraperions les rousseurs des automnes
le dénuement de l’hiver
nous finirions en sarments
en fagots
pour affronter les colères brèves des résineux.

(Vénus Khoury-Ghata)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Hans Thoma

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

AFFRONTE AVEC ORGUEIL… (Pascal Bonetti)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2017




AFFRONTE AVEC ORGUEIL…

Affronte avec orgueil la vie et ses hasards,
N’attends rien, ô passant, du repos ou du songe,
N’accueille qu’en tremblant l’amour, ce beau mensonge,
Et chaque jour sois prêt pour de nouveaux départs !

(Pascal Bonetti)


Illustration: Gilbert Garcin

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La Mouette qui s’éleva (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



 

Illustration: Florence Coquais Foucault
    
La Mouette qui s’éleva

Oh ! soyez-moi cléments, mes espaces fidèles !
Car je sens remuer en moi mes grandes ailes !
Et je subis ici la volupté du vent,
Moi qui sus l’affronter et le braver souvent.

Vent qui fais s’élever en moi mes larges ailes,
Vent qui sait dominer les vagues infidèles,
Viens vers moi ! Porte-moi, comme tu fis souvent,
Toi qui sais dominer la mer immense, ô vent !

(Renée Vivien)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Vieillesse commençante (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017




    
Vieillesse commençante

C’est en vain aujourd’hui que le songe me leurre.
Me voici face à face inexorablement
Avec l’inévitable et terrible moment :
Affrontant le miroir trop vrai, mon âme pleure,

Tous les remèdes vains exaspèrent mon mal,
Car nul ne me rendra la jeunesse ravie…
J’ai trop porté le poids accablant de la vie
Et sanglote aujourd’hui mon désespoir final.

Hier, que m’importaient la lutte et l’effort rude !
Mais aujourd’hui l’angoisse a fait taire ma voix.
Je sens mourir en moi mon âme d’autrefois,
Et c’est la sombre horreur de la décrépitude !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Déroute (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Christian Schloe 
    
Déroute

Voici que me fascine enfin le mal hagard…
Enfin, je suis en proie aux multiples malaises,

Et mes yeux aveuglés par les larmes mauvaises
S’attachent… La ténèbre a repris mon regard.

Car mon coeur est vaincu, mon âme est en déroute.
J’erre à tâtons, selon le hasard de la route.

Et mon coeur bat moins fort, et mon âme s’enfuit.
Et je n’aperçois plus la lueur sur la route.

Mais tandis que le temps irrévocable fuit,
Et que je n’ose plus affronter cette face

Qui fut mienne, j’aurai cette dernière audace
D’affronter, seule à seule, en silence, la Nuit !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LES CONTRADICTIONS DU CORPS (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017



Illustration: Gunther von Hagens

    

LES CONTRADICTIONS DU CORPS

Mon corps n’est pas mon corps, il est
d’un autre être l’illusion.
Il connaît l’art de me cacher
et il est tellement sagace
que moi-même il m’occulte à moi.

Mon corps, mais non pas mon agent,
mon enveloppe cachetée,
mon pistolet pour faire peur,
il est devenu mon geôlier,
il me sait mieux que je ne me sais.

Mon corps éteint le souvenir
qu’il me restait de mon esprit.
Il m’inocule son pathos,
m’attaque, me blesse et condamne
pour des crimes que n’ai commis.

Sa ruse la plus diabolique
consiste à se rendre malade.
Il me jette le poids des maux
qu’à chaque moment il ourdit
et il me passe en révulsion.

Mon corps inventa la douleur
afin de la rendre intérieure,
de l’incorporer à mon ld,
pour qu’elle offusquât la lumière
qui essayait de s’y répandre.

D’autres fois il se divertit
sans que je le sache ou le veuille,
et dans cette maligne joie,
dont sont imprégnées ses cellules,
il se moque de mon mutisme.

Mon corps ordonne que je sorte
quérir ce que je ne veux pas,
et il me nie, en s’affirmant
seigneur et maître de mon Moi
en chien servile transformé.

Mon plaisir le plus raffiné,
ce n’est moi qui vais le goûter.
C’est lui, à ma place, rapace,
et il tend des restes déjà
mâchés à ma faim absolue.

Si j’essaie de m’en éloigner
de m’abstraire, de l’ignorer,
il me revient avec le poids
entier de sa chair polluée,
son dégoût et son inconfort.

Avec mon corps il me faut rompre,
je veux l’affronter, l’accuser,
afin d’abolir mon essence,
mais il ne m’entend même pas
et s’en va par chemin contraire.

Déjà oppressé par son pouls
à l’inébranlable rigueur,
plus ne suis celui que j’étais:
dans une volupté voulue,
je sors danser avec mon corps.

(Carlos Drummond de Andrade)

 

Recueil: La machine du monde et autres poèmes
Traduction: Didier Lamaison et Claudia Poncioni
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :