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Posts Tagged ‘agave’

VOYAGE (Salvador Novo)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2017



 

agaves

VOYAGE

Les figuiers de Barbarie nous tirent la langue ;
quant au maïs, de sa hauteur,
— avec son petit toupet mal peigné
et son cahier sous le bras —
il nous salue de ses manches brisées.

Les agaves font de la gymnastique suédoise
en colonne par cinq cents
et le soleil — de la police secrète —
(il fait son coup en douce)
dénonce notre ridicule fuite
dans la lanterne magique du pré.

Le soir venu, nous nous vengerons
en allumant nos fanaux
et en abattant les forêts.

Un arbre ou l’autre
veut enseigner la philologie.
Les nuages, inspecteurs de monuments,
secouent les maquettes des montagnes.

Qui veut jouer au tennis avec des nopals
et des figuiers de Barbarie
sur le réseau télégraphique ?
Plus tard, nous prendrons un bain russe
dans une chaumière perdue dans la montagne ;
une douche d’arc-en-ciel nous suffira.
Nous nous sécherons avec un stratus.

(Salvador Novo)

Illustration

 

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L’Etrange fleur (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016



 

L’Etrange fleur

L’agave, dit-on, fleurit tous les cent ans
Notre floraison à nous c’est la mort
Il faut se pencher avec amour, avec soin
Sur cette fleur pâle de notre corps.

Chacun de nous est un jardinier et la plante
Qu’il doit préserver jour et nuit
Avec son parfum de tilleul et de menthe
C’est sa propre mort qui est la fleur et le fruit.

Il faut que tout se passe sans heurt, en silence,
Sans crier, sans froncer les sourcils,
Sans avoir l’air de reconnaître cette présence
Qui tisse autour de nous ses vaporeux fils.

Jusqu’à ce qu’enfin la fleur s’épanouisse
Cet éclat, ce pollen violent,
Ce vacarme de l’air où s’unissent
Soudain le dehors et le dedans.

Il y en a qui sont comme une terre aride
Et le grain de la mort lutte en vain
Leur face vieillit trop vite,
Comme feuilles se dessèchent leurs mains.

Ils s’en vont dans les jeux, dans les foires,
Ils clament l’orgueil tout autour
Plus que la nuit leur bouche est noire
Sans l’étoile d’un mot d’amour.

Jamais au milieu de leurs fêtes
Dans leurs étoffes, dans leurs ors,
Ils ne pensent à la fleur secrète
Que défait en leurs veines la mort.

Mais ceux qui ont su attendre la gloire
Qu’apporte enfin l’étrange floraison
Et dont les lèvres de chair ont su boire
Un impalpable vin qu’ignore la raison.

Ces purs horticulteurs, ces hommes sages
La mort en eux monte de toutes parts
Et l’âme apparaît sur leurs beaux visages
Comme sur l’eau un nénuphar.

(Ilarie Voronca)

 

 

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La pomme (Pierre Gamarra)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2016



ver pomme

La pomme

Une pomme rubiconde
Se pavanait, proclamant
Qu’elle était le plus beau
de tous les fruits du monde,
Le plus tendre, le plus charmant,
Le plus sucré, le plus suave,
Ni la mangue, ni l’agave,
Le melon délicieux,
Ni l’ananas, ni l’orange,
Aucun des fruits que l’on mange
Sous l’un ou l’autre des cieux,
Ni la rouge sapotille,
La fraise, ni la myrtille
N’avait sa chair exquise et sa vive couleur.
On ne pourrait jamais lui trouver une soeur.
La brise répandait alentour son arôme
Et sa pourpre éclatait sur le feuillage vert.
– « Oui, c’est vrai, c’est bien vrai! »
dit un tout petit ver
Blotti dans le creux de la pomme.

(Pierre Gamarra)

 

 

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ROMANCERO SOMNAMBULE (Federico García Lorca)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2015



ROMANCERO SOMNAMBULE

Vert, que je t’aime vert.
Le vent vert. Les vertes branches.
Le bateau sur la mer
et dans la montagne le cheval.
Avec l’ombre à la ceinture,
elle rêve à son balcon
verte chair, cheveux verts,
les yeux d’argent glacé
Vert que je t’aime vert.
Sous la lune gitane
les choses la regardent
et elle, elle ne peut les regarder.

****

De grandes étoiles de givre,
viennent avec le poisson d’ombre
qui ouvre le chemin de l’aube.
Le figuier frotte son vent
avec la lime de ses branches,
et la colline, chat sauvage
hérisse ses dures agaves.
Mais qui viendra ? Et d’où … ?
Elle est toujours à son balcon
verte chair, chevelure verte,
rêvant de la mer amère.

****

Compère, je veux changer,
mon cheval pour votre maison,
ma monture pour votre couverture.
Compère, je perds mon sang,
depuis les cols de Cabra.
Si je pouvais, garçon,
le marché serait conclu.
Mais moi je ne suis plus moi
et ma maison n’est déjà plus ma maison.
Compère, je veux mourir
décemment dans mon lit.
Lit d’acier, si possible,
avec draps de hollande.
Ne voyez-vous pas ma blessure
de la poitrine à la gorge ?
Trois-cents roses brunes
porte ta blanche chemise.
Ton sang suinte et sent
autour de ta ceinture.
Mais moi je ne suis plus moi :
Et ma maison n’est plus ma maison.
laissez-moi au moins monter
jusqu’aux hauts balcons,
laissez-moi monter ! laissez-moi
jusqu’aux verts balcons.
Balustrades de la lune
où l’eau résonne.

****

Les compères montent déjà
vers les hauts balcons.
Ils laissent un traînée de sang.
Ils laissent une traînée de larmes.
Sur les toits tremblaient
des lampions de fer-blanc.
Mille tambours de cristal
blessaient l’aurore.

****

Vert que je t’aime vert,
le vent vert, les vertes branches.
Les deux compères sont montés.
Le vent persistant, laissait
dans la bouche un goût étrange
de fiel, de menthe et de basilic.
Compère ! Où es-tu, dis-moi ?
Où est ta fillette amère ?
Que de fois elle t’a attendu !

Que de fois a-t-elle pu t’attendre
frais visage, cheveux noirs,
sur ce vert balcon !

****

Sur le ciel du puits,
la gitane se balançait.
Verte chair, cheveux verts,
avec des yeux d’argent froid.
Un glaçon de lune,
la soutient sur l’eau.
La nuit devint intime
comme une petite place.
Des gardes civils ivres,
donnaient des coups dans la porte.
Vert comme je t’aime vert.
Vent vert. Vertes branches.
Le bateau sur la mer.
Et dans la montagne le cheval.

(Federico García Lorca)

 

 

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