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L’aurore s’allume (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2020



 

Illustration: William Turner
    
L’aurore s’allume

I
L’aurore s’allume ;
L’ombre épaisse fuit ;
Le rêve et la brume
Vont où va la nuit ;
Paupières et roses
S’ouvrent demi-closes ;
Du réveil des choses
On entend le bruit.

Tout chante et murmure,
Tout parle à la fois,
Fumée et verdure,
Les nids et les toits ;
Le vent parle aux chênes,
L’eau parle aux fontaines ;
Toutes les haleines
Deviennent des voix !

Tout reprend son âme,
L’enfant son hochet,
Le foyer sa flamme,
Le luth son archet ;
Folie ou démence,
Dans le monde immense,
Chacun. recommence
Ce qu’il ébauchait.

Qu’on pense ou qu’on aime,
Sans cesse agité,
Vers un but suprême,
Tout vole emporté ;
L’esquif cherche un môle,
L’abeille un vieux saule,
La boussole un pôle,
Moi la vérité !

II

Vérité profonde !
Granit éprouvé
Qu’au fond de toute onde
Mon ancre a trouvé !
De ce monde sombre,
Où passent dans l’ombre
Des songes sans nombre,
Plafond et pavé !

Vérité, beau fleuve
Que rien ne tarit !
Source où tout s’abreuve,
Tige où tout fleurit !
Lampe que Dieu pose
Près de toute cause !
Clarté que la chose
Envoie à l’esprit !

Arbre à rude écorce,
Chêne au vaste front,
Que selon sa force
L’homme ploie ou rompt,
D’où l’ombre s’épanche ;
Où chacun se penche,
L’un sur une branche,
L’autre sur le tronc !

Mont d’où tout ruisselle !
Gouffre où tout s’en va !
Sublime étincelle
Que fait Jéhova !
Rayon qu’on blasphème !
Oeil calme et suprême
Qu’au front de Dieu même
L’homme un jour creva !

III

Ô Terre ! ô merveilles
Dont l’éclat joyeux
Emplit nos oreilles,
Eblouit nos yeux !
Bords où meurt la vague,
Bois qu’un souffle élague,
De l’horizon vague
Plis mystérieux !

Azur dont se voile
L’eau du gouffre amer,
Quand, laissant ma voile
Fuir au gré de l’air,
Penché sur la lame,
J’écoute avec l’âme
Cet épithalame
Que chante la mer !

Azur non moins tendre
Du ciel qui sourit
Quand, tâchant d’entendre
Je cherche, ô nature,
Ce que dit l’esprit,
La parole obscure
Que le vent murmure,
Que l’étoile écrit !

Création pure !
Etre universel !
Océan, ceinture
De tout sous le ciel !
Astres que fait naître
Le souffle du maître,
Fleurs où Dieu peut-être
Cueille quelque miel !

Ô champs ! ô feuillages !
Monde fraternel !
Clocher des villages
Humble et solennel !
Mont qui portes l’aire !
Aube fraîche et claire,
Sourire éphémère
De l’astre éternel !

N’êtes-vous qu’un livre,
Sans fin ni milieu,
Où chacun pour vivre
Cherche à lire un peu !
Phrase si profonde
Qu’en vain on la sonde !
L’oeil y voit un monde,
L’âme y trouve un Dieu !

Beau livre qu’achèvent
Les coeurs ingénus ;
Où les penseurs rêvent
Des sens inconnus ;
Où ceux que Dieu charge
D’un front vaste et large
Ecrivent en marge :
Nous sommes venus !

Saint livre où la voile
Qui flotte en tous lieux,
Saint livre où l’étoile
Qui rayonne aux yeux,
Ne trace, ô mystère !
Qu’un nom solitaire,
Qu’un nom sur la terre,
Qu’un nom dans les cieux !

Livre salutaire
Où le cour s’emplit !
Où tout sage austère
Travaille et pâlit !
Dont le sens rebelle
Parfois se révèle !
Pythagore épèle
Et Moïse lit !

(Victor Hugo)

 

Recueil: Les rayons et les ombres
Traduction:
Editions: Bayard Jeunesse

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Pardonnes-tu ma jalousie en rêve (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2020




Pardonnes-tu ma jalousie en rêve
Et mon amour follement agité?
Tu m’es fidèle, alors pourquoi sans trêve
Rendre craintif mon esprit tourmenté?
Dis-moi pourquoi tu veux paraître aimable
Envers chacun de tes admirateurs,
Donner à tous, espoir invraisemblable,
Ton beau regard, triste ou plein de douceur?
Tu m’as saisi, m’as fait perdre la tête,
Asservissant mon amour malheureux,
Ne me vois-tu, seul et silencieux,
Plein de tourment, de dépit, quand s’apprête
A t’encenser tout ce monde étranger?
Pour moi, cruelle, aucun mot, aucun geste!
Veux-je m’enfuir, prêt à te supplier,
De ton regard, tu ne me dis pas: reste!
Une beauté me tient-elle un discours
A double sens, toi tu restes tranquille,
Et même gaie en blâmant cette idylle,
Et moi j’en meurs: tu parles sans amour.
Si mon rival éternel t’a surprise
A mes côtés, en tête à tête assise,
Pourquoi vient-il te saluer, narquois?
Qu’est-il pour toi? Dis-moi donc de quel droit
Devient-il blême et pris de jalousie?
Et quand vient l’heure indiscrète du soir,
Pourquoi dois-tu, seule, le recevoir,
Nue à moitié, quand ta mère est partie?
Mais je suis préféré. Seule avec moi
Tu es si tendre. Et que tu es ardente
Dans tes baisers ! Ton âme est éloquente
Quand tu me dis ton amour avec foi.
Tu crois que mes tourments, je les invente.
Mais je suis préféré: je te comprends.
Epargne-moi, s’il te plaît, toute offense:
Ne sait-tu pas que j’aime fortement,
Ne sais-tu pas qu’atroce est ma souffrance.

(Alexandre Pouchkine)

Illustration

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Par l’appel souriant de sa claire étendue (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2019



 

Par l’appel souriant de sa claire étendue
Et les feux agités de ses miroirs dansants,
La mer, magicienne éblouissante et nue,
Eveille aux grands espoirs les meurs adolescents.

Pour tenter de la fuir leur effort est stérile ;
Les moins aventureux deviennent ses amants,
Et, dès lors, un regret éternel les exile,
Car l’on ne guérit point de ses embrassements.

C’est elle, la première, en ouvrant sa ceinture
D’écume, qui m’offrit son amour dangereux
Dont mon âme a gardé pour toujours la brûlure
Et dont j’ai conservé le reflet dans mes yeux.

(Jean de la Ville de Mirmont)

Illustration: William Bouguereau

 

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L’ALOUETTE (René Char)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2019



L’ALOUETTE

Extrême braise du ciel et première ardeur du jour,
Elle reste sertie dans l’aurore et chante la terre agitée,
Carillon maître de son haleine et libre de sa route.

Fascinante, on la tue en l’émerveillant.

(René Char)

Illustration

 

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QUAND IL EUT DESSINÉ (Yvon Givert)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2019



QUAND IL EUT DESSINÉ

quand il eut dessiné sur le sol
un grand cercle
certains virent un soleil une lune
d’autres la terre
d’autres une pomme de terre
d’autres encore un cercle

et d’autres rien
que la poussière

il avait le gros doigt du pied droit tout sale
il alla se laver à la source

il regarda son visage dans l’eau
un cercle lui aussi
un soleil une lune
la terre
ou une pomme
ou rien qu’un peu d’eau
agitée

(Yvon Givert)

 

 

 

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Jambes allongées (Taneda Santoka)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2018



Jambes allongées dans la mer agitée
Le voyage écoulé
Le voyage à venir.

(Taneda Santoka)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Diane, Séléné, lune de beau métal (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



Diane, Séléné, lune de beau métal,
Qui reflète vers nous, par ta face déserte,
Dans l’immortel ennui du calme sidéral,
Le regret d’un soleil dont nous pleurons la perte,

O lune, je t’en veux de ta limpidité
Injurieuse au trouble vain des pauvres âmes,
Et mon coeur, toujours las et toujours agité,
Aspire vers la paix de ta nocturne flamme.

(Jean de la Ville de Mirmont)

 

 

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À HELENE, QUAND ELLE NAGE (William Faulkner)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2018



Illustration: Eric Zener
    
À HELENE, QUAND ELLE NAGE

L’or de quelques doux étés fait
Qu’elle revient l’été céder vite au désir
Et qu’elle calme la musique éclatante qui est sienne
Par des mains d’une eau agitée d’un feu bouillonnant.

Où le vent cisèle de son mouvement dans la vallée
Les remparts taillés et changeants, lentement mis en place,
L’eau argentée déforme de ses mains réticentes
Sa poitrine de garçon et ses flancs droits de garçon.

À travers cette cité naissante déjà ciselée
De bras de mer majestueux et continus,
L’eau et ses mains interrompent de leur vert regret
La pure musique brune de ses genoux.

***

TO HELEN, SWIMMING

The gold of smooth and numbered summers does
She back to summer give in swift desire
And hushed the flashing music that is hers
By hands of water mooned to bubbled fire.

Where wind carves of its valleyed unrepose
Hewn changing battlements in slow deploy,
Silver reluctant hands of water lose
Her boy’s breast and the plain flanks of a boy.

Throughout this surging city carven yet
To measured ceaseless corridors of seas,
Hands of water hush with green regret
The brown and simple music of her knees.

(William Faulkner)

 

Recueil: Hélène: ma cour
Traduction: Michèle Plâa et Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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Le Vent (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2018



Le Vent – heurta comme un Homme las –
Et moi, en Hôte – «Entrez»
Dis-je hardiment – alors pénétra
Dedans ma Résidence

Un Visiteur Rapide – ailé –
A qui offrir un Fauteuil
Eût été aussi fol qu’à l’Air
Avancer un Sofa –

Nul Os pour L’assembler –
Sa Voix était comme l’Envol
D’innombrables Colibris à la fois
D’un sublime Buisson –

Sa Physionomie – une Houle –
Ses Doigts, sur Son passage
Faisaient une musique – un trémolo
D’airs soufflés dans du Verre –

Voltigeant – Il fit sa visite –
Puis tel un Homme timide
Heurta de nouveau – tout agité –
Et ce fut la solitude –

***

The Wind – tapped like a tired Man –
And like a Host – « Come in »
I boldly answered – entered then
My Residence within

A Rapid – footless Guest –
To offer whom a Chair
Were as impossible as hand
A Sofa to the Air –

No Bone had He to bind Him –
His Speech was like the Push
Of numerous Humming Birds at once
From a superior Bush –

His Countenance – a Billow –
His Fingers, as He passed
Let go a music – as of tunes
Blown tremulous in Glass –

He visited – still flitting-
Then like a timid Man
Again, He tapped – ’twas flurriedly –
And I became alone –

(Emily Dickinson)

Illustration: William Bouguereau

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Je voudrais croire (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018




    
Je voudrais croire

Je voudrais croire et les dieux me rejettent.
Si je croyais, je dirais des prières.
Pourtant je prie et ne sais qui je prie,
toi mon poème ou l’inconnu du socle
que vit saint Paul et que l’on attendait.

Serais-je un corps — un corps et rien de plus ?
On parle d’âme et je ne vois que chair.
La mort en moi ne va-t-elle dissoudre
ce peu de foi qu’on nomme incertitude ?

Il suffirait d’un signe, un léger signe
comme un mouchoir agité dans la brume,
comme une voix qui me chuchoterait :
tu n’es pas seul ! et je croirais la voix.
Ma surdité même pourrait l’entendre.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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