Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘agonie’

La mort (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2018




    
Comment la mort me surprendrait-elle ?
Elle est mienne, n’est que mienne.
Je la nourris moi-même, en vivant.

*

Il ne devrait pas y avoir de mot pour la mort,
que nous ne connaissons pas, qui n’existe pas.

*

Ne pas dire après la mort.
La mort interdit tout après.
Fixer cet étrange ensuite.

*

Le mourant ne prolonge par sa route ailleurs.
C’est sa route même, et tout l’espace derrière lui,
qui, dans l’instant s’effondre.

*

Mort, on franchit l’obstacle en le devenant.
Absorbant – absorbé.

*

Mourir est difficile.
Et pourtant, tous y parviennent.

*

C’est la sortie de ce monde qui est arrachement, agonie.
L’entrée dans le néant
ne peut qu’être inapparente et douce.

(Roger Munier)

 

Publicités

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

C’est la sortie du monde (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018



Illustration
    
C’est la sortie du monde qui est arrachement, agonie.
L’entrée dans le néant ne peut qu’être inapparente et douce.

(Roger Munier)

 

Recueil: Requiem
Traduction:
Editions: Arfuyen

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

Mes yeux sont beaux (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018



 

Abdalieva Akzhan -   16

Mes yeux sont beaux
j’ai un marteau et des clous
qui veut de ma marchandise
je cloue les rêves sur les fronts

mes yeux sont beaux
j’ai un marteau et des clous
qui veut de ma marchandise
j’en fais des traînes
longues comme une agonie

j’ai longues provisions de joie
celle qui veut de ma marchandise
je l’accrocherai à un morceau de vent

mes yeux sont encore plus beaux
de n’avoir pas franchi le seuil
je vous clouerai tous aux portes des vents

chut… ma valise est vide
mais où sont les anges
qui déballeront pour moi leurs joies

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Abdalieva Akzhan

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Broussaille (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



Je m’enfonçai
vers l’heure mortelle.
Heure de l’agonie
et des derniers baisers.
Heure grave que rêvent
les carillons captifs
Coucous
sans coucou.
Etoile de rouille
énormes papillons
livides.
Par le bocage
des soupirs
vibrait
le violon
que j’avais enfant.

Il te faudra passer par là
mon coeur!
Par là
mon coeur!

(Federico Garcia Lorca)

Posted in humour, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Fureur et mystère (René Char)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2018



 

Saxifraga-stolonifera [1280x768]

Fureur et mystère
tour à tour le séduisirent et le consumèrent.
Puis vint l’année qui acheva son agonie de saxifrage.

(René Char)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , | Leave a Comment »

Je ne sais pas qui je suis (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



Guy Lévis Mano s

 

je ne sais pas qui je suis
je viens de terres très lointaines
tant de sangs en moi sont tourmentés
mon grand-père était oriental
et j’ai on me l’a dit une aïeule juive
je ne sais pas qui je suis
mes lèvres n’acceptent jamais les lèvres présentes
je sais qu’il doit exister des lèvres meilleures
je ne sais pas où
là-bas
et mes lèvres sont tendues vers les inexistences
toujours

ils m’ont dit
votre marche est indolente
vos paroles ont des lenteurs chantantes
elles sont toutes de douceur
ils m’ont dit aussi
avec leurs yeux déchirés d’amertume
vous avez des sursauts cruels
vous étranglez les cœurs avec vos dents ardentes
et votre inconscience est terrible

je ne sais pas
j’ai parfois des yeux qui ne sont plus les miens
je viens de terres si lointaines
et tant de races tant de passions jouent en moi
mon grand-père était oriental
mon aïeule on me l’a dit était une juive
qui avait des yeux merveilleux

mes yeux sont pleins d’horizons dorés
j’ai mes mains lourdes de tendresse
sans cesse
mon corps appelle les corps
et je n’ai jamais trouvé
celle des mains douces et de mes rêves fervents
je vais incliné vibrant vers d’incertaines beautés
parfois m’a serré le désir du vulgaire
et mes contradictions sont immenses

parce que mes yeux sont noirs
frissonnant de sensualités profondes
parce que ma peau est brune
l’on me demande d’où je viens
et qui je suis

je sais que je viens de terres très lointaines
là les mers sont couleur de beau ciel
les soirs elles pleurent d’étranges agonies
en des couleurs qui ont déteint dans mon âme
je ne sais pas les chanter
mais elles sont berçantes et nostalgiques
comme mes mers étales

je sais que je viens de très loin
mais je ne sais pas qui je suis
mes solitudes et mes absences incomparables
ne me l’ont jamais appris

(Guy Lévis Mano)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SÉRÉNADE TRISTE (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2018



SÉRÉNADE TRISTE

Comme des larmes d’or qui de mon coeur s’égouttent,
Feuilles de mes bonheurs, vous tombez toutes, toutes.

Vous tombez au jardin de rêve où je m’en vais,
Où je vais, les cheveux au vent des jours mauvais.

Vous tombez de l’intime arbre blanc, abattues
Çà et là, n’importe où, dans l’allée aux statues.

Couleur des jours anciens, de mes robes d’enfant,
Quand les grands vents d’automne ont sonné l’olifant.

Et vous tombez toujours, mêlant vos agonies,
Vous tombez, mariant, pâles, vos harmonies.

Vous avez chu dans l’aube au sillon des chemins,
Vous pleurez de mes yeux, vous tombez de mes
mains.

Comme des larmes d’or qui de mon coeur s’égouttent,
Dans mes vingt ans déserts vous tombez toutes,
toutes.

(Emile Nelligan)


Illustration: Francine Van Hove

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

AGONIE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



Illustration: Jacqueline Fabbri
    
AGONIE

Au chevet du sommeil c’est la porte du mort
Par où l’âme s’en va sans bruit.
Une agonie d’aigles de feu
S’ébat sur la blancheur des draps.
Il faudrait un peu d’eau fraîche;
Il faudrait qu’une main
Caresse ce visage
Déjà mordu, la peur au coeur et l’angoisse à la gorge.
Il faudrait qu’un soleil le prenne dans ses yeux,
Il faudrait qu’une mer l’arrose de ses cruches,
Il faudrait qu’un buisson de nos prairies mortelles
Le cache à son regard anxieux.

Songe aux fumées perdues dans la douceur des soirs,
Blé du ciel immobile et fauché par les cloches;
Songe aux bruits de la vie, songe à l’amour, ô coeur,
Ô coeur qui ne veut pas se rompre, ô coeur de proie.

Mais te voilà déjà tout blanc, comme un baigneur
Pris dans les harpes d’eau, la lumière éternelle.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Cette rue, je la connais (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018




    
Cette rue, je la connais,
je la connais, cette maisonnette.
Le chaume bleu de ses chenaux
a glissé par-dessus la fenêtre.

Il y eut les années de détresse,
le déchaînement de forces insensées.
Je me suis souvenu de ma jeunesse,
souvenu de ma campagne bleue.

Je n’ai cherché ni la tranquillité
ni la gloire, dont je connais la vanité.
Aujourd’hui si je ferme les yeux
je ne vois que la maison paternelle.

Je vois le jardin sous la bruine bleue,
août en silence tapi contre la haie.
Et les saules dont les pattes vertes
abritent le ramage des oiseaux.

Si je l’ai aimée, notre maison de bois
aux poutres craquelées, inquiétantes !
Les nuits de pluie, notre vieux poêle
poussait d’étranges plaintes sauvages.

Râles déchirants, voix puissante
comme d’un vivant à l’agonie.
Que voyait-il, notre chameau de briques,
à travers le gémissement de la pluie ?

Quelque pays lointain sans doute,
rêves d’antan, époques florissantes,
les sables d’or d’Afghanistan,
les soirs cristallins de Boukhara.

Ces pays, je les connais aussi.
Que de chemin n’y ai-je parcouru.
Mais aujourd’hui je n’ai qu’un souhait :
Revoir les lieux de mon enfance

Pourtant ce tendre espoir n’est plus,
n’est plus que cendres dans la brume bleue.
Paix à toi, chaume de mes champs
paix à toi, ma maison de bois !

***

(Sergueï Essénine)

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

C’est enjamber (Éric Ferrari)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2018




    
C’est
enjamber sa propre agonie.
Désaveugler l’instant. La légèreté
d’un mouchoir blanc jeté dans
le fleuve.

(Éric Ferrari)

 

Recueil: Les Inventions
Traduction:
Editions: Cheyne

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :