Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘agonie’

Les fruits (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



 Illustration: Marc Thouy
    
Les fruits

Je hais les fruits, splendeurs par le soleil mûries,
Prunes de pourpre et d’or, dont l’odorant sommeil
Dans l’aube fut troublé par un baiser vermeil,
Mystique Orange, éclose au pays des féeries,

Pomme fraîche exhalant le parfum des prairies,
Cerise folle, offrant ses lèvres au soleil,
Abricot à la joue espagnole pareil,
Et pêche aux chairs de femme exquises et meurtries.

Les fruits, réalités des rêves du printemps
Dans l’ostentation de leurs corps éclatants,
M’attristent à l’égal des choses accomplies.

Leur saveur sensuelle et leur lourde couleur
Ne fait frémir en moi que des mélancolies,
Car j’y vois l’agonie et la mort d’une fleur.

(Renée Vivien)

 

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(Chanson) (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Andrew Wyeth
    
(Chanson)

Lorsque la lune vient pleurer
Sur les tombes des fleurs fidèles
Mon souvenir vient t’effleurer
Dans un enveloppement d’ailes.

Il se fait tard, tu vas dormir
Les paupières déjà mi-closes…
Dans l’air des nuits on sent frémir
L’agonie ardente des roses —

Sur ton front lourd d’accablement
Tes cheveux font de légers voiles…
Dans le ciel brûle infiniment
La flamme blanche des étoiles

Et la Déesse du Sommeil
De ses mains lentes fait éclore
Des fleurs qui craignent le soleil
Et qui meurent avant l’aurore —

(Renée Vivien)

 

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L’Automne (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Graham Gercken
    
L’Automne

Avec des ardeurs de lionne,
La forêt vibre et s’abandonne
Aux baisers rouges de l’automne,

Et sa chevelure jaunie
Pleure sur la lente agonie
Des solitudes d’Ionie.

La feuille vole et tourbillonne :
Le rythme du vent monotone
Gémit sur la mort de l’automne.

La forêt jette un cri fantasque,
Comme une plainte qui se masque
Sous le rire de la bourrasque.

Dans l’ombre au parfum d’anémone,
La nuit glorifie et couronne
La mort divine de l’automne.

(Renée Vivien)

 

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Fleurs orgiaques (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



 

Illustration: Carlo Farneti  
    
Fleurs orgiaques

Tes doigts frais effeuillent les fleurs
Qui parsèment de leurs pâleurs
Les tapis aux rudes couleurs.

Vois mourir les roses païennes
Que les mains des Musiciennes
Mêlent aux lyres doriennes.

Aux soirs de voluptés, les fleurs
Neigent, ineffables pâleurs,
Parmi les sons et les couleurs.

Et leurs fébriles agonies
Ensanglantent les harmonies
Des corruptions infinies.

Les femmes masquent leurs pâleurs
Dans le soir ivre de couleurs
Qu’hallucine la mort des fleurs.

(Renée Vivien)

 

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Gravités de la Solitude (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



 


    
Gravités de la Solitude

Je vis dans le farouche exil
De la volupté qui s’isole,
Et le rythme de ta parole
Fait rire en moi les chants d’avril.

J’aspire les fraîcheurs nocturnes
Et la langueur de ton repos,
Dans l’ombre de tes yeux mi-clos
Et sur tes lèvres taciturnes.

Le sanglot lointain des douleurs
Ne trouble plus la quiétude
De notre étrange solitude,
Ivre de musique et de fleurs.

Ah ! les soirs de fauve agonie,
Versant les rayons violets !
Ah ! les échos et les reflets
Des temples lascifs d’Ionie !

(Renée Vivien)

 

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Le Sablier (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



Illustration: Etzy
    
Le Sablier

Le bien-être s’en va de mon corps douloureux…
Et l’ombre revenue emplit encor mes yeux.
O bien-être ! reviens dans mon coeur douloureux !

La terreur d’une proche et certaine agonie
Me hante brusquement d’une horreur infinie
O spectre horrible et prompt de la proche agonie !

Instant inévitable, éloigne-toi de moi !
Je veux vivre et n’ai point la ferveur de la foi
Qui ferait éloigner toute crainte de moi !

Comme en un sablier glisse et coule le sable,
La vie insidieuse échappe, inexorable…
Voici que lentement glisse et coule le sable !…

(Renée Vivien)

 

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Ondine (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Ton rire est clair, ta caresse est profonde,
Tes froids baisers aiment le mal qu’ils font;
Tes yeux sont bleus comme un lotus sur l’onde,
Et les lys d’eau sont moins purs que ton front.

Ta forme fuit, ta démarche est fluide,
Et tes cheveux sont de légers roseaux;
Ta voix ruisselle ainsi qu’un flot perfide;
Tes souples bras sont pareils aux roseaux,

Aux longs roseaux des fleuves, dont l’étreinte
Enlace, étouffe, étrangle savamment,
Au fond des flots, une agonie éteint
Dans un nocturne évanouissement.

(Renée Vivien)

Illustration

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Le poème immobile (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2017


 

 

Le poème immobile

C’était      à n’en plus finir…
Cette âme en orties
Ce feu qui se dégrade
La foudre de toute souffrance
injectée dans la moelle
Les entailles du cri.

C’était     c’était     c’était :
comment traduire ce jour
son espoir dépecé
la tête cherchant murs où partir en éclats?

C’était     c’était     c’était…
Captif comme solitude
Plus malade qu’agonie

C’était     c’était encore
Cependant je le jure :
pour distancer l’écorce
pour dissoudre tout l’amer

C’était     ce fut
Ensuite :
en deçà des abîmes
Renommer la terre d’herbes
Donner lieu à l’espace
Et délivrer les souffles
pour revivre en cette vie !

(Andrée Chedid)

 

Recueil: cavernes et soleils
Editions: Flammarion

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Amazone (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017




    
Amazone

L’Amazone contemple à ses pieds des ruines,
Tandis que le soleil, las de luttes, s’endort ;
La volupté du meurtre a gonflé ses narines ;
Elle exulte, amoureuse étrange de la Mort.

Elle veut les baisers des lèvres expirantes
Qui laissent à sa bouche en feu le goût du sang ;
Sur le champ de bataille aux odeurs enivrantes,
Son orgueilleux désir se vautre en pâlissant.

Elle aime les amants qui lui donnent l’ivresse
De leur fauve agonie et de leur fier trépas,
Et, méprisant le miel de la fade caresse,
Les coupes sans horreur ne lui suffisent pas.

Le râle la remplit d’une ivresse sauvage ;
Au milieu des combats son coeur s’épanouit
Et, lionne aux yeux d’or éprise de carnage
La livide sueur des fronts la réjouit.

Elle rit et se pâme auprès du vaincu blême ;
Son corps, vêtu de pourpre, aux derniers feux du jour
Se penche avec ardeur sur le spasme suprême,
Plus terrible et plus beau que le spasme d’amour.

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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PÉCHÉ (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017




PÉCHÉ

I
Péché! Tentation du soir ! Chairs profanées,
Lampe éteinte où ne brûle aucun reste de feu,
Lèvres ne sachant plus les douceurs de l’aveu,
Et s’effeuillant pour tous comme des fleurs fanées.

Chambres de volupté, rouge et flambant décor
Dont les miroirs profonds redisent la féerie,
Alcôves où la chair lamentable et fleurie
Offre son plaisir rose et nu sur des fonds d’or.

O baume du Péché ! courtisanes menteuses,
Muses des soirs mauvais, versant des élixirs
Qui sont entremetteurs d’amour et de désirs
Et du champagne blond aux mousses chuchoteuses.

Douceur des seins s’offrant comme un coussin moelleux
Où reposer sa tête endolorie et pâle
Quand l’ivresse, à travers les vins couleur d’opale,
Fait surgir des lits d’or sous de grands rideaux bleus.

Et vers ces lits profonds, baignés d’odeur légère,
On marche, halluciné par des fantômes nus,
Et l’on va demander, dans des bras inconnus,
La minute d’oubli d’une mort passagère!

Oh ! dormir! oublier tout ce qui peut mentir !
Les lèvres et les yeux, amante ou fiancée !
Etouffer les coups d’aile aux murs de sa pensée
Et clamer peu à peu la douleur de sentir.

C’est comme qui dirait une agonie heureuse !
On divague, on s’endort dans un énervement
Et les choses au loin flottent confusément
Dans l’aube du sommeil fragile et vaporeuse !

Et vaincu, tout un soir dans l’ombre, sans flambeau,
On enlace une chair que le spasme importune,
Triste comme les morts caressant sous la Lune
L’ange de marbre blanc couché sur leur tombeau !

[…]

(Georges Rodenbach)

Illustration: Franz von Stück

 

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