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Poésie

Posts Tagged ‘agonisant’

La stratégie de l’extase (Claude Vigée)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2021



Illustration: Nathalie Mounier
    
La stratégie de l’extase

Esprit, fais-toi mer pour franchir la mer, nature pour surmonter la nature,
Mortel et agonisant pour devancer la mort et l’agonie.
Embrasse le monde afin de traverser le monde, d’absorber en toi tout l’espace et son temps !
Ton cœur fait monde, esprit, sans rien en retenir,
Par la grâce du saut léger te voilà sauvé de toi-même.
Mais le don ne s’achève qu’en te livrant à ce monde triste avec joie,
En t’y abandonnant dès aujourd’hui au risque de ta perte totale.
Au cœur de l’orage il y aura peut être un instant de rencontre:
Un seul éclair suffit, avant la dispersion mortelle dans la nuit.

(Claude Vigée)

 

Recueil:
Traduction:
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Pourquoi si peu de musique (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2020



Les feuilles au souffle confus,
Le vent noir les fait frissonner
Et l’hirondelle frémissante
Trace un cercle dans le ciel sombre.

La ténèbre qui s’épaissit
Discute en mon coeur doucement
(Mon tendre coeur agonisant)
Avec le rayon qui s’éteint.

Sur la forêt qu’enveloppe le soir
Paraît une lune de cuivre.
Mais pourquoi si peu de musique
Quand il fait un si grand silence ?

(Ossip Mandelstam)

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L’éternelle couche nuptiale (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019



Illustration: Lucie Llong   
    
L’éternelle couche nuptiale

Ce n’est qu’en cessant d’être que l’Amour est fort!
Et la tombe est sans doute une grande pupille,
au fond de laquelle survit et pleure
l’angoisse de l’amour, comme dans un calice
de douce éternité et de noire aurore.

Et les lèvres se dressent pour le baiser,
comme quelque chose de plein déborde et meurt ;
et, en une crispante conjonction,
chaque bouche abdique pour l’autre
une vie de vie agonisante.

Et quand je pense ainsi, douce est la tombe
où tous enfin se pénètrent
dans un même vacarme ;
douce est l’ombre, où tous s’unissent
dans une universelle rencontre d’amour.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Nocturne (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2019



Nocturne

Je songe au vieux Soleil un jour agonisant,
Je halète, j’ai peur, pressant du doigt ma tempe,

En face, pourtant trois jeunes filles, causant,
Brodent à la clarté paisible de la lampe.

(Jules Laforgue)


Illustration

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PASTEL (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2019



PASTEL

L’automne pleure et crie
— Agonisant buccin —
Et les oiseaux s’enfuient
Vont se cacher au loin.

La pluie hélas ! crépite…
Aucun sur le chemin ;
Qui délaisse son gîte
Sombre dans le crachin.

Dans les noirs guérets glissent
Et plongent les corbeaux.
Les beuglements emplissent
Le parc à bestiaux.

Tristement les clarines
Tintent dans ce décor…
Si tard… le jour décline
Et point encor suis mort.

(George Bacovia)

Illustration

 

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Malgré le mal hideux (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



Malgré le mal hideux, l’élévation des cimes.
Les rires des torrents, les sapins crêtés d’or.
Le chevreuil de profil flairant l’air de l’aurore.
La neige qui baise l’azur du ciel azyme.

La rose toute émue de l’odeur de la nuit.
L’arbre dont le feuillage est né de la lumière.
Les épousailles de la lune avec la mer.
Le temps perdu d’où sort la verdeur d’aujourd’hui.

Les enfants innocents dans les bras d’Élohim.
Le meurtri que materne un bon samaritain.
L’agonisant guidé vers le premier Jardin
Malgré le mal hideux, la Tendresse unanime.

(Jean Mambrino)


Illustration: Aimé-Nicolas Morot

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Pourquoi j’écris ? (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2018




    
Pourquoi j’écris ?
Pourquoi je sanglote au petit matin
Pourquoi soudain ce goût de chant du cygne
Cette écume verte accumulée dans la gorge

Mon coeur est absurde comme un masque dans la pluie
La frayeur l’assimile à la mer
Mon corps est une invasion de tambours dans le silence de la nuit

Pourquoi ces nuits comme une oasis pour sorcières
Pourquoi cette conjuration d’absences
Cet enlèvement de la fille du vent

Dans la nuit m’entoure une loge exterminatrice
je t’appelle et tu ne viens pas

Je t’aime et tu ne viens pas
Pourquoi tu es venu comme l’éclair
et tu m’as laissée seule dans le dévasté

Si tu écoutais mon bruit de cellule minuscule
peuplée d’agonisants
mon halètement d’asphyxiée

Si soudain tu me voyais à la lisière du réveil,
chanteuse médusée à la cime de son étonnement
Si tu me voyais attachée à ton visage

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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Il demeure sourd (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2018



Illustration: Laurent Fièvre
    
Il demeure sourd
aux appels plaintifs
de cet agonisant
en lui qui supplie
qu’on lui porte secours

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Créoles (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Louise Breslau

    

Créoles

Le soir frémit encor de nos anciens aveux
Sur les pics foudroyés que l’ouragan ravage…
Laisse-moi respirer l’odeur de tes cheveux.

Sous tes pas de créole enfant, traîne un sillage
D’échos et de reflets, d’angoisses et de voeux ;
Tes seins ont la fraîcheur d’une rose sauvage.

Une vapeur légère estompe le contour
Des montagnes d’azur, et l’eau semble se taire
Pour recueillir le souffle agonisant du jour.

Mon être émerveillé contemple ce mystère,
Ce miracle : t’avoir inspiré de l’amour !
Et je plains le néant de l’être solitaire.

Dans le soir où languit un rêve oriental,
Tes paupières de pourpre ont de lourdes paresses :
L’air est chargé de nard, de myrrhe et de santal.

Et, comme un défilé de funèbres prêtresses,
Baissant leurs fronts gemmés d’argent et de cristal,
Les étoiles du Sud consacrent nos ivresses.

Les longs pressentiments, les lueurs et les voeux
T’auréolent ainsi qu’une rouge couronne :
Sous tes pas se déroule un sillage d’aveux.

Vois flamber le minuit que la fièvre aiguillonne :
Laisse-moi respirer l’odeur de tes cheveux
Et te soumettre enfin à mes ruts de lionne.

(Renée Vivien)

 

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La recherche (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017




    
La recherche

Quand l’homme a tout conquis : honneur, gloire et richesse,
Alors qu’il se repose au seuil de ses vieux ans,
Qu’il soit prince, soldat, artiste, paysan,
Il lui vient un désir au cœur, une détresse.

A tous les biens du monde, au luxe, à ses présents,
Il préfère l’amour — cet instant de jeunesse.
Il s’avance à tâtons vers l’éternelle ivresse…
L’amour est dans la vie et dans l’agonisant.

Hélas ! il n’a trouvé le repos de son âme !
Un jour devant ses yeux, l’amour s’est créé femme
Pour son trouble, jeune homme, ou pour son regret, vieux.

Et maintenant qu’il est devant la mort… il pleure
Et cherche encor l’amour dans cet éternel leurre :
La terre au fond du ciel, et l’homme au fond des yeux !

(Bernard de Louvencourt)

 

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