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Poésie

Posts Tagged ‘agoniser’

Les enfants lisent (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2021



 

classe 199

Les enfants lisent, troupe blonde ;
Ils épellent, je les entends ;
Et le maître d’école gronde
Dans la lumière du printemps

J’aperçois l’école entrouverte ;
Et je rôde au bord des marais ;
Toute la grande saison verte
Frissonne au loin dans les forêts.

Tout rit, tout chante ; c’est la fête
De l’infini que nous voyons ;
La beauté des fleurs semble faite
Avec la candeur des rayons.

J’épelle aussi moi ; je me penche
Sur l’immense livre joyeux ;
O champs, quel vers que la pervenche !
Quelle strophe que l’aigle, ô cieux !

Mais, mystère ! rien n’est sans tache.
Rien ! — Qui peut dire par quels noeuds
La végétation rattache
Le lys chaste au chardon hargneux ?

Tandis que là-bas siffle un merle,
La sarcelle, des roseaux plats,
Sort, ayant au bec une perle ;
Cette perle agonise, hélas !

C’est le poisson qui, tout à l’heure,
Poursuivait l’aragne, courant
Sur sa bleue et vague demeure,
Sinistre monde transparent.

Un coup de fusil dans la haie,
Abois d’un chien ; c’est le chasseur.
Et, pensif, je sens une plaie
Parmi toute cette douceur.

Et, sous l’herbe pressant la fange,
Triste passant de ce beau lieu,
Je songe au mal, énigme étrange,
Faute d’orthographe de Dieu.

(Victor Hugo)

 

 

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Langages (Jean Moraisin)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2021



Langages

Mots effleurés,
cristal de la pensée,
jaillissement du coeur,
encre liquide et versée
dans le calice avec douceur.
L’émotion défait les codes
et conjugue l’instant
d’écriture éphémère.

Mots blessés,
cloués sur une porte
comme un oiseau maudit
aux ailes transpercées.
Injustes jugements,
censuré dans le sang,
le poème agonise
sous un trait de rature.

Mots d’amour,
battant à crève-tambour.
Étreintes et soupirs
musiquent le poaime
où la rime frissonne
en regards pétillants.
L’écriture caresse
l’ange qu’elle amadore.

(Jean Moraisin)

 

 

 

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L’Esprit Pur (Jean Marcenac)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2020



L’Esprit Pur

Cerf agile Cerf fragile
La tête prise à sa propre ramure
Il agonise dans le bois

Prisonnière de soi-même
La belle âme a bien mordu
A tous les hameçons du ciel.

(Jean Marcenac)


Illustration: Edwin Henry Landseer

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C’EST À VOUS QUE JE M’ADRESSE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020



Illustration: Christian Lepère
    
C’EST À VOUS QUE JE M’ADRESSE

Bref il est toujours facile
de croire que tout finit
et de se moquer du monde

Mais quand il s’agit
de mourir à petit feu
et d’agoniser bravement

Alors il faut bien chanter
crier maudire ou hurler
que la vie est un enfer

Et croire que tout est fini
et tout est à recommencer

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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CHANT No X (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2020



 

Boris Anguélouchev _Vassil Levski

CHANT No X

Mort aux rats. Pif !
Pif, Pif, Pif, Pif, Kr.
KR. KR. KR.
Le rat agonise au grenier.
Strychnine.
O mes jeunes jours,
Comme le soleil silencieux au grenier.
Du haut du toit me parvient le parfum des tilleuls.
Cre, cre, cre, cre
Crève,
Homme.
Homme.
Homme.
A 8 heures il y a conférence
Sur les idéaux humanistes.
Les journaux publient les photos
Des pendus bulgares.
Les gens ?
Ils lisent et craignent Dieu.
Mais Dieu est en disponibilité.

(Srecko Kosovel)

Illustration: Boris Anguélouchev

 

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L’ÉPUISEMENT (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2020



 

Igor Morski 9ab99e64

L’ÉPUISEMENT

De toute façon
En ces temps difficiles,
Que l’âme exulte ou pleure,
Que le coeur saigne,

Que j’agonise libre ou prisonnier,
Saoul de désespérance
Ou tendant au bonheur,
Tout est en vain, en vain.

Nous vivions et nous mourions
En ces temps désordonnés,
A la vie nous avons résisté,
Mais elle nous est passée sur le corps.

(Srecko Kosovel)

Illustration: Igor Morski

 

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Le singe (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019


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Le singe a vu les hommes naître
Insensiblement les yeux morts
Et puis lentement se repaître
Des animaux aux larmes d’or.

L’oeil du singe ouvert sur l’abîme
Verra l’homme carbonisé
Sur des montagnes de victimes
Juste à l’instant d’agoniser.

(Bernard Dimey)

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Petites leçons d’érotisme (Giaconda Belli)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



 

Illustration: François Joxe
    
Petites leçons d’érotisme

1
Parcourir un corps dans son extension de voile
C’est s’ouvrir sur le monde
Traverser sans boussole la rose des vents
Îles golfes péninsules digues battues par des vagues furieuses
Pour être plaisante, ce n’est point tâche facile
Ne pense pas y parvenir en un jour ou une nuit de draps en bataille
Il est des secrets dans les pores pour combler tant de lunes

2
Le corps est une carte astrale en langage chiffré
Découvres-tu un astre, peut-être te faudra-t-il alors
Changer de cap lorsque nuée ouragan ou hurlement profond
Te feront tressaillir
Conque de la main que tu ne soupçonnais pas

3
Parcours plusieurs fois telle étendue
Découvre le lac aux nénuphars
Caresse de ton ancre le centre du lys
Plonge suffoque distends-toi
Ne te refuse point l’odeur le sel le sucre
Les vents profonds cumulus rhumbs des poumons
Brume dans le cerveau
Tremblement des jambes
Raz-de-marée assoupi des baisers

4
Attends pied dans l’humus sans peur de la fatigue sans hâte
Ne prétends pas atteindre le terme
Retarde l’entrée au paradis
Place ton ange retombé ébouriffe sa dense chevelure
De l’épée de feu usurpée
Croque la pomme

5
Sens
Ressens
Échange des regards salive imprègne-toi
Tourne et retourne imprime des sanglots peau qui s’éclipse
Pied découverte à l’extrémité de la jambe
Suis cherche secret du pas forme du talon
Courbure de la démarche baies croquant une allure cambrée
Savoure…

6
Écoute conque de l’oreille
Comme gémit l’humidité
Lobe qui s’approche de la lèvre rumeur de la respiration
Pores qui se dressent formant de minuscules montagnes
Sensation frémissante de peau insurgée au toucher
Pont suave nuque descends à la houle poitrine
Marée du coeur susurre à ton oreille
Découvre la grotte de l’eau

7
Franchis la terre de feu la bonne espérance
Navigue fou là où se rejoignent les océans
Traverse les algues arme-toi de coraux hulule gémis
Émerge avec le rameau d’olivier pleure fouissant des tendresses
occultes
Dé‚nude des regards stupéfaits
Éveille le sextant depuis le haut des cils
Hausse les sourcils dilate les narines

8
Aspire soupire
Meurs un peu
Doucement lentement meurs
Agonise contre la pupille accrois la jouissance
Plie le mât gonfle les voiles
Navigue cingle vers Vénus
Étoile du matin
— la mer comme un vaste cristal étamé —
endors-toi naufragé‚.

(Giaconda Belli)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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SEUL, LE VISAGE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



 

Erik Johansson x478

SEUL, LE VISAGE

L’arbre a perdu l’oiseau
Et le chemin son aube,
Une colombe agonise contre la nuit.
Où sont nos compagnons ?
Où donc est le royaume ?
Pour qui parles-tu,
Et pourquoi j’écris ?

Nous vivons la plupart du temps comme des ombres
Des ombres, dont nous serions le fruit.

L’homme qui combat avec armes et lanternes,
L’homme qui succombe, plaies et cavernes,
Renaît avril des batailles,
Bleu des larmes, profonde fleur.

Seul le visage est notre royaume,
Son jour traverse nos nuits.

(Andrée Chedid)

Illustration: Erik Johansson

 

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Pesanteur et tendresse (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2018




Pesanteur et tendresse, soeurs aux signes semblables,
Lourdes roses pour les guêpes et les mouches à miel.
L’homme agonise, la chaleur s’échappe du sable
Et sur de noirs brancards git le soleil d’hier.

La pierre est plus légère qu’à ma bouche ton nom.
Ô ! lourds rayons des ruches et vous tendres réseaux !
Je n’ai pour vivre désormais d’autre raison —
Ce beau souci, du temps surmonter le fardeau.

Je bois comme une eau noire l’air soudain troublé.
Le soc creuse le temps. La rose fut de terre
Et son lent tourbillon fit des couronnes doubles
Des lourdes tendres roses — tendresse et pesanteur.

(Ossip Mandelstam)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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