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Poésie

Posts Tagged ‘agoniser’

C’EST À VOUS QUE JE M’ADRESSE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020



Illustration: Christian Lepère
    
C’EST À VOUS QUE JE M’ADRESSE

Bref il est toujours facile
de croire que tout finit
et de se moquer du monde

Mais quand il s’agit
de mourir à petit feu
et d’agoniser bravement

Alors il faut bien chanter
crier maudire ou hurler
que la vie est un enfer

Et croire que tout est fini
et tout est à recommencer

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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CHANT No X (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2020



 

Boris Anguélouchev _Vassil Levski

CHANT No X

Mort aux rats. Pif !
Pif, Pif, Pif, Pif, Kr.
KR. KR. KR.
Le rat agonise au grenier.
Strychnine.
O mes jeunes jours,
Comme le soleil silencieux au grenier.
Du haut du toit me parvient le parfum des tilleuls.
Cre, cre, cre, cre
Crève,
Homme.
Homme.
Homme.
A 8 heures il y a conférence
Sur les idéaux humanistes.
Les journaux publient les photos
Des pendus bulgares.
Les gens ?
Ils lisent et craignent Dieu.
Mais Dieu est en disponibilité.

(Srecko Kosovel)

Illustration: Boris Anguélouchev

 

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L’ÉPUISEMENT (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2020



 

Igor Morski 9ab99e64

L’ÉPUISEMENT

De toute façon
En ces temps difficiles,
Que l’âme exulte ou pleure,
Que le coeur saigne,

Que j’agonise libre ou prisonnier,
Saoul de désespérance
Ou tendant au bonheur,
Tout est en vain, en vain.

Nous vivions et nous mourions
En ces temps désordonnés,
A la vie nous avons résisté,
Mais elle nous est passée sur le corps.

(Srecko Kosovel)

Illustration: Igor Morski

 

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Le singe (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019


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Le singe a vu les hommes naître
Insensiblement les yeux morts
Et puis lentement se repaître
Des animaux aux larmes d’or.

L’oeil du singe ouvert sur l’abîme
Verra l’homme carbonisé
Sur des montagnes de victimes
Juste à l’instant d’agoniser.

(Bernard Dimey)

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Petites leçons d’érotisme (Giaconda Belli)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



 

Illustration: François Joxe
    
Petites leçons d’érotisme

1
Parcourir un corps dans son extension de voile
C’est s’ouvrir sur le monde
Traverser sans boussole la rose des vents
Îles golfes péninsules digues battues par des vagues furieuses
Pour être plaisante, ce n’est point tâche facile
Ne pense pas y parvenir en un jour ou une nuit de draps en bataille
Il est des secrets dans les pores pour combler tant de lunes

2
Le corps est une carte astrale en langage chiffré
Découvres-tu un astre, peut-être te faudra-t-il alors
Changer de cap lorsque nuée ouragan ou hurlement profond
Te feront tressaillir
Conque de la main que tu ne soupçonnais pas

3
Parcours plusieurs fois telle étendue
Découvre le lac aux nénuphars
Caresse de ton ancre le centre du lys
Plonge suffoque distends-toi
Ne te refuse point l’odeur le sel le sucre
Les vents profonds cumulus rhumbs des poumons
Brume dans le cerveau
Tremblement des jambes
Raz-de-marée assoupi des baisers

4
Attends pied dans l’humus sans peur de la fatigue sans hâte
Ne prétends pas atteindre le terme
Retarde l’entrée au paradis
Place ton ange retombé ébouriffe sa dense chevelure
De l’épée de feu usurpée
Croque la pomme

5
Sens
Ressens
Échange des regards salive imprègne-toi
Tourne et retourne imprime des sanglots peau qui s’éclipse
Pied découverte à l’extrémité de la jambe
Suis cherche secret du pas forme du talon
Courbure de la démarche baies croquant une allure cambrée
Savoure…

6
Écoute conque de l’oreille
Comme gémit l’humidité
Lobe qui s’approche de la lèvre rumeur de la respiration
Pores qui se dressent formant de minuscules montagnes
Sensation frémissante de peau insurgée au toucher
Pont suave nuque descends à la houle poitrine
Marée du coeur susurre à ton oreille
Découvre la grotte de l’eau

7
Franchis la terre de feu la bonne espérance
Navigue fou là où se rejoignent les océans
Traverse les algues arme-toi de coraux hulule gémis
Émerge avec le rameau d’olivier pleure fouissant des tendresses
occultes
Dé‚nude des regards stupéfaits
Éveille le sextant depuis le haut des cils
Hausse les sourcils dilate les narines

8
Aspire soupire
Meurs un peu
Doucement lentement meurs
Agonise contre la pupille accrois la jouissance
Plie le mât gonfle les voiles
Navigue cingle vers Vénus
Étoile du matin
— la mer comme un vaste cristal étamé —
endors-toi naufragé‚.

(Giaconda Belli)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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SEUL, LE VISAGE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



 

Erik Johansson x478

SEUL, LE VISAGE

L’arbre a perdu l’oiseau
Et le chemin son aube,
Une colombe agonise contre la nuit.
Où sont nos compagnons ?
Où donc est le royaume ?
Pour qui parles-tu,
Et pourquoi j’écris ?

Nous vivons la plupart du temps comme des ombres
Des ombres, dont nous serions le fruit.

L’homme qui combat avec armes et lanternes,
L’homme qui succombe, plaies et cavernes,
Renaît avril des batailles,
Bleu des larmes, profonde fleur.

Seul le visage est notre royaume,
Son jour traverse nos nuits.

(Andrée Chedid)

Illustration: Erik Johansson

 

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Pesanteur et tendresse (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2018




Pesanteur et tendresse, soeurs aux signes semblables,
Lourdes roses pour les guêpes et les mouches à miel.
L’homme agonise, la chaleur s’échappe du sable
Et sur de noirs brancards git le soleil d’hier.

La pierre est plus légère qu’à ma bouche ton nom.
Ô ! lourds rayons des ruches et vous tendres réseaux !
Je n’ai pour vivre désormais d’autre raison —
Ce beau souci, du temps surmonter le fardeau.

Je bois comme une eau noire l’air soudain troublé.
Le soc creuse le temps. La rose fut de terre
Et son lent tourbillon fit des couronnes doubles
Des lourdes tendres roses — tendresse et pesanteur.

(Ossip Mandelstam)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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EXTINCTION DES FEUX (Jean-Claude Xuereb)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



Clarel Neme   (11)

 

EXTINCTION DES FEUX

Toujours aussi fou que dans tes saisons-soleil
sous un visage serein la passion t’embrase
rebelle à tout nébuleux espoir d’au-delà
pourtant mal résigné à te savoir mortel

Un inconnu par hasard pourrait feuilleter
l’un de tes ouvrages empoussiéré d’oubli
ses yeux effleureront un fragment de poème
soudain distraits par le profil d’une passante

Et ton poème retournera au néant
car les mots de papier en silence agonisent
lorsqu’à jamais s’efface une voix intérieure
dotée du pouvoir de leur insuffler vie

(Jean-Claude Xuereb)

Illustration: Clarel Neme

 

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Quand le jour se lève (Jean Giraudoux)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



La femme Narsès: « Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui,
et que tout est gâché, que tout est saccagé,
et que l’air pourtant se respire et qu’on a tout perdu,
que la ville brûle, que les innocents s’entre-tuent,
mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ? »

Electre : « Demande au mendiant. Il le sait. »

Le mendiant : « Cela a un très beau nom, femme Narsès. Cela s’appelle l’aurore. »

(Jean Giraudoux)

Illustration

 

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Extase (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2017



Illustration: Louis Pierre Verwee
    
Extase

D’un coeur passionné savourons notre rêve
Avant que la vie dure et fausse nous l’enlève,
O mon amour, viens nous asseoir
Sous les saules d’azur pleurant au bord du soir.

Tout fuit intensément, embrassons notre songe;
Que l’heure nous oublie et pour nous se prolonge,
Et que, sans jamais s’épuiser,
Renaissent, floraisons brûlantes, nos baisers.

La cétoine s’endort gitée au coeur des roses;
Comme une hostie au fond d’un ciboire repose,
Qu’entoure un mystique halo,
Dans ton âme et ta chair tout mon être est enclos.

Et nous nous étreignons, expirants, bouche à bouche,
Pendant que les grands lys penchés sur notre couche
Y versent des parfums d’autel.
Anéantis au flux du désir immortel,

Aimons-nous, mes amours! Ayons pour seule envie,
Puisque l’heure agonise et que s’enfuit la vie,
Lèvre à lèvre, d’avoir goûté,
Dans un spasme trop bref, toute une éternité!

(Marie Dauguet)

 

 

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