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Poésie

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Aucune raison de changer de trottoir (Agota Kristof)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Aucune raison de changer de trottoir

Dans le crépuscule perdant son équilibre
un oiseau libre s’envole de travers
sur la terre il n’y a que des semailles
silence indicible
et insupportable
attente

Hier tout était plus beau
la musique dans les arbres
le vent dans mes cheveux
et dans tes mains tendues
le soleil

Maintenant il neige sur mes paupières
mon corps
est lourd comme le rocher
mais aucune raison de changer de trottoir
et aucune raison de
s’en aller dans les montagnes

***

Nincs miért jàrdàt cserélni

Az egyensúlyàt vesztett alkonyatban
ferdén felrepül egy szabad madàr
a földön csak vetés van
kimondhatatlan csönd
és elviselhetetlen
vàrakozàs

Tegnap szebb volt minden az ének
a fàk lombjaiban
hajamban a szél
kinyújtott kezedben
a nap

Most szemhéjaimra hull a hó
testem
súlyos akàr a szikla
és nincs miért jàrdàt cserélni
és nincs miért
kimenni a hegyekre

(Agota Kristof)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Une fois plus tard je parlerai de quelque chose de beau (Agota Kristof)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



Illustration: Agota Kristof
    
Une fois plus tard je parlerai
de quelque chose de beau
de douces choses tendres
avec une imperceptible tristesse
un soir quand le ciel se remplira de beauté
quand les maisons se feront grises
et tout sera brouillard

Là sous la pluie
parmi les maisons monochromes
je parlerai de l’empire
des feuilles d’automne
car il sera octobre

Derrière le brouillard
vous vous taisez
le col relevé
les mains frileuses dans les poches
sans lumière comme l’ombre

Et la pluie glisse sur nos têtes nues
sous nos cols
douce tendre pluie
tombe sur les maisons sur les arbres
et le ciel devient toujours plus beau

Et la beauté descendra sur vous
avec une imperceptible tristesse
et vous comprendrez que dorénavant
ce sera toujours l’automne

(Agota Kristof)

Découvert ici: https://desmotsetdesnotes.wordpress.com/

Recueil: Clous : Poèmes hongrois et français
Traduction: Maria Maïlat
Editions: Zoé

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Berceuse (Agota Kristof)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2016



Berceuse

Fais ton lit et couche-toi
et regarde par la fenêtre
comment grandissent au-dehors
le printemps et la tristesse
le ciel n’est qu’un immense
chagrin bleu
et les arbres éclatent de sanglots
à chaque éclosion de fleurs.
Toi, ne pleure pas, enlève tes habits
enlève ta vie,
élance-toi nue, et réjouis-toi
d’être seule
dans le printemps
dans le ciel dans les arbres
dans la lumière
réjouis-toi de ne pas te lever
plus parler, plus répondre
plus marcher.
Ne pense pas au froid ne bouge pas
sur ton corps blanc
le soleil descendra
quand les maisons d’en face
seront démolies
et aussi les cheminées et
les antennes de la télévision.

(Agota Kristof)

 

 

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