Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘agrandir’

FUGUE (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 22 novembre 2018




FUGUE

plus haut
parlez plus haut
les morts
soufflez dans l’infini
plus haut
dans le secret de votre nuit

plus haut
la semence des anges
plus haut
le ciel et les mains pleines
plus haut
l’immensité du noir
plus haut
parlez plus haut
les morts
parlez pour prendre corps
plus haut
parlez pour prendre coeur

plus haut
le cortège des ombres
plus haut
les fables du naufrage
plus haut
la pulpe du désordre
plus haut
parlez plus haut
les morts
dans la sève de votre vertige
plus haut
votre pluie d’espace

plus haut
ce ressac de tendresse
plus haut
cet iris de solitude
plus haut
ce souffle de pierre meurtrie

plus haut
parlez plus haut
les morts
pour renverser notre sommeil
plus haut
pour prêter l’oreille au sans fond

plus haut
les oiseaux du vide
plus haut
les pièges à mélancolie
plus haut
le coeur du couchant

plus haut
parlez plus haut
les morts
pour inciser le monde
plus haut
pour agrandir le temps

plus haut
vos lèvres de baptême
plus haut
vos étoiles de fatigue
plus haut
votre blessure d’horizon

plus haut
parlez plus haut
les morts
inlassablement
plus haut
dans la montagne des signes

(Zéno Bianu)

Illustration: Siegfried Zademack

 

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Je suis neuf (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2018



Illustration

    
Je suis neuf

Je suis neuf tu m’agrandis
passe tes mains dans mes cheveux
passe tes doigts dans ces jours morts
pose tes lèvres sur mes yeux

image double du secret
fermé trois fois dans ma colère
au bord d’un soir tu apparais
mon rêve exact de chair et d’air

depuis ce lit entends la flûte
errant la nuit parmi les rues
sommeil au loin baisers de flûte
et le chant d’ombre en moi s’est tu

J’ai traversé le poids des choses
je te conduis au fil des nuits
tu as fendu la porte close
si je suis neuf accueille-moi.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Le chêne (André Rochedy)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2018



La vie est belle, dit le chêne,
chaque printemps, j’agrandis
ma maison d’oiseaux.

(André Rochedy)


Illustration

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Plateau d’oeufs (Patrick Williamson)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018




    
Plateau d’oeufs

Sur la table un grand plateau d’aras
tachetés de brun, coquilles endormies
qui tanguent comme des yachts
en régate poussés sur la mer.

Fragilité ; nous cassons si facilement,
enlevés au lit de l’amitié,
chaque coquille ronde sans visage
cherchant sa direction, incapable de bouger.

Plénitude et silence ; j’aimerais mettre
leur concentration collective
dans une photo, l’agrandir,
puis les étaler comme des galets
sur une plage et les aligner vers la mer.

***

Tray of eggs

On the table a tray of eggs
with mottled tans, rolling drunk
asleep in their shells, like racing
yachts blown across the sea.

Fragility; we crack so easily,
plucked from the bed of companionship
each rounded shell – faceless,
looking for direction, unable to move.

Full and silent: I would like to take
their massed concentration
in a photograph then, enlarging it,
lay them out like cobblestones
on a beach, and line them up to the sea.

(Patrick Williamson)

 

Recueil: Trois rivières
Traduction: Max Alhau
Editions: L’Harmattan

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LE LAC S’ENDORT (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
LE LAC S’ENDORT

Avec la paix de l’étang s’endormant
Et l’infini s’installant, qu’ils me laissent
L’amour, avec celui qui me l’adresse
Et dont la main fut un apaisement.

Mes petits malheurs oubliés d’avance,
Tombe mon canif, en sabre agrandi.
Avec ta fleur criarde tu pâlis.
T’éveille alors la branche du silence.

J’ignore ta parole : ça frémit.
Ses mots me sont étrangers, mais ça tonne.
Très fort serait donc l’amour qu’il me donne,
Pour dans mon coeur te tolérer ainsi.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Nous voici immobiles (Hélène Dorion)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
Nous voici immobiles
et agrandis par le froid.
Nous avançons encore, portés par l’infini
nous cherchons, nous retrouvons.

Nous voici penchés pour la première fois
sans gravité.

(Hélène Dorion)

 

Recueil: Sans bord sans bout du monde
Traduction:
Editions: La différence

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Le Désert (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



Illustration: Douanier Rousseau

    

Le Désert

Le désert ! le désert dans son immensité,
Avec sa grande voix, sa sauvage beauté ;
Ses pics touchant les deux, ses savanes, ses ondes,
Cataractes roulant sous des forêts profondes ;
Ses mille bruits, ses cris, ses sourds rugissements,
Gigantesque concert de tous les éléments !

Le désert ! le désert ! quand l’aube orientale
Se lève, et fait briller les trésors qu’il étale :
Quand du magnolia le bouton parfumé
S’ouvre sous les baisers de quelque insecte aimé ;
Quand la liane en fleurs, odorant labyrinthe,
Enlace le palmier d’une amoureuse étreinte ;
Et que, s’éjouissant sous ces légers lambris,
Escarboucles vivants chantent les colibris !

Le désert d’Amérique avec toutes ses grâces,
Lorsque d’aucun mortel il ne gardait les traces,
Et qu’avec ses grands bois, ses eaux, ses mines d’or
Aux regards de Colomb il s’offrit vierge encore.

Ah ! qui ne la rêva cette belle nature ;
Qui n’eût voulu quitter ce monde d’imposture,
Ce monde où tout grand cœur finit par s’avilir,
Pour courir au désert, vivant, s’ensevelir ?
Pour chercher dans l’Éden de Paul et Virginie
L’ineffable bonheur que la terre dénie,
Vœu de paix et d’amour par chaque cœur conçu,
Et qui s’évanouit, hélas! toujours déçu !

Voilà souvent quel est mon rêve
Dans ces instants d’ennui profond.
Où le désespoir comme un glaive
Reste suspendu sur mon front.

Le désert, le désert m’appelle,
Pourquoi ces chaînes à mes pas ?
Oiseaux voyageurs, sur votre aile
Pourquoi ne m’emportez-vous pas ?

Il faut à mon âme engourdie
Un nouveau monde à parcourir ;
Il faut une sphère agrandie
Au poète qui va mourir !…

(Louise Colet)

 

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L’invisible (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017




    
L’invisible

Où fut la truite il reste un éclair blanc,
Où fut l’oiseau le paraphe dans l’air.

Cette fleur morte a laissé son parfum,
Ce tournesol éteint sa graine d’ambre.

Le rossignol a déposé la nuit
Sur le lilas des gouttes de musique.

Pour les roseaux, l’avenir est caresse
Et le passé rit dans chaque platane.

Il reste un goût de soleil sous les ailes
Des guêpes d’or à leur dernier voyage.

Dans ce jardin superbe tout est trace
Et l’on entend ce qui ne parle plus.

L’éternité, c’est un caillou dans l’onde
Agrandissant les cercles d’infini.

Moi le passant je réserve mes gestes
Où mon silence a même son écho.

Où fut mon ombre une autre passera
Qui sera moi le temps de me connaître.

Je lui dédie un reste de mystère
Pour qu’il le cueille ainsi qu’un fruit tardif.

Que le jour s’ouvre à ces coeurs désertés
Pour que la nuit soit l’étreinte furtive.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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Viens dénuder la haute blessure (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



Illustration: Rafal Olbinski
    
viens dénuder la haute blessure
dire la voie non tracée
d’un jour plus long que le nôtre

l’ardent souci
de solitude

l’aimantation

trouée de lumière
qui ne retient plus rien
d’elle-même

ne nous accorde rien

que la nuit coule vers le jour

que sourient les enfants morts
à la tombée des étoiles

que se partage la rosée noire
de l’interminable sentier

entre la plaie et le baume
entre les cendres errantes
et la langue des anges

puissions-nous agrandir
l’abîme endormi en toi

entre les bouches de sable
et la grâce d’un coeur
enfin broyé

ne nous pardonne rien

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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Toujours cet amour du rien (Rabah Belamri)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2017



Illustration
    
toujours cet amour du rien
qui agrandit ta pupille
tu t’éloignes quêteuse de trésor
quel galet
quel coquillage
quel tesson de couleur
mettra un soleil de plus à ta main

je reste sur la roche
les oiseaux se sont tus avec le vent d’ouest
les fougères ne bougent plus

sur la lande au-dessus de la crevasse
un promeneur s’exclame
(parfois le pied ne trouve pas
sa racine d’appui)
plus haut passe une rumeur de poème

un goût de sel voyage aussi sur ma langue

(Rabah Belamri)

 

Recueil: Corps Seul
Editions: Gallimard

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