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Poésie

Posts Tagged ‘agréable’

La lettre (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2017



La lettre

Je vous dis adieu.
Je dois partir à présent,
il se fait tard, adieu.
Croyez que j’aurais aimé demeurer près de vous plus longtemps :
l’air est si doux.
… Mais je ne puis attendre encore.

Il me restait sans doute bien des choses à faire,
et beaucoup à vous dire.
il aurait été si agréable de voir cette eau couler sans but,
et d’entendre ce vent dans les arbres.
Également, j’aurais beaucoup aimé vous rencontrer plus tôt.
Mais cela était dans l’ordre des choses, sans doute.
Adieu ! Je pense que pour moi
il en sera comme pour tous les autres qui vinrent avant moi,
comme pour ces nuages qui passent.
Qu’est-ce qui les presse, ainsi,
qu’un rien de vent les effiloche et les dissout ?

… il vous reste ce ciel, et ces montagnes.
Après tout, il vous sera facile d’attendre : le temps passe si vite.
Adieu. Il ne m’a pas été donné de durer bien longtemps.
Ainsi de l’herbe qu’on croit éternelle,
en ses multiplications accueillantes et sereines.

Adieu.

(Robert Momeux)

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Monsieur Monsieur aux bains de mer (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2017



Illustration: René Magritte
    
Monsieur Monsieur aux bains de mer

Un jour près de la mer
Monsieur et Monsieur seuls
parlaient tranquillement
et mangeaient une pomme
en regardant les cieux.

— Voyez donc, dit l’un d’eux,
l’agréable néant!
et quel apaisement
quand l’abîme sans bord
mélange sans effort
les choses et les gens!
Pour qui ressemble à Dieu
les jours particuliers
ne sont pas nécessaires.

La question n’est pas là
Monsieur (répond Monsieur)
nous sommes éphémères,
or la totalité
de la grande Unité
nous étant refusée,
c’est par la quantité
que nous nous en tirons.
Et nous additionnons
et nous thésaurisons!
Donc la diversité
pour nous sur cette terre
est la nécessité.
Regardez ce poisson
qui n’est pas un oiseau
qui n’est pas une pomme
qui n’est pas la baleine
qui n’est pas le bateau…

— Ah, pour moi c’est tout comme,
interrompit Monsieur,
la baleine et la pomme
devant l’éternité

A ces mots le vent souffle
emportant leurs chapeaux
et les deux personnages
dans le ciel bleu et beau
s’effacent aussitôt.

(Jean Tardieu)

 

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La Poésie (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017




    
La Poésie est une pensée
– un état psychique – d’agglutination;
c’est-à-dire que des tendances,
des images, des échos de souvenir vague,
des nostalgies, des espérances,
y apparaissent en même temps
et comme collés ensemble,
provenant de hauteurs tout à fait différentes.

Ou encore la Poésie ressemble à certains rêves,
parfaitement absurdes en apparence,
et qui s’éclairent brusquement
si on le déroule à l’envers.

La poésie est tout à fait une chose d’âme.

***

La Poésie est un langage pour ainsi dire magnétisé,
porteur d’une charge, et différent essentiellement du langage parlé,
voire même de la prose écrite;

par ce langage doit se produire l’unité
au plus haut degré entre la pensée et la parole,
entre le sens et le signe,
entre une résultante de toutes les masses psychiques en mouvement
et le déroulement agréable des syllabes.

Tout cela coexiste parce que tout cela naît ensemble.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Apologie du poète
Editions: Fata Morgana

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La vie est du futur un souhait agréable (Jean-Baptiste Chassignet)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017




Illustration: Carrie Vielle
    
La vie est du futur un souhait agréable

La vie est du futur un souhait agréable,
Et regret du passé, un désir indompté
De goûter et tâter ce qu’on n’a pas goûté ;
De ce qu’on a goûté, un dégoût incurable :

Un vain ressouvenir de l’état désirable
Des siècles jà passés, du futur souhaité,
Un espoir incertain, frivolement jeté
Sur le vain fondement d’une attente muable.

Une horreur de soi-même, un souhait de sa mort,
Un mépris de sa vie, un gouffre de remords,
Un magasin de pleurs, une mer de tempête :

Où plus nous approchons du rivage lointain,
Plus nous nous regrettons et lamentons en vain
Que le vent ait si tôt notre course parfaite.

(Jean-Baptiste Chassignet)

 

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Sonnet (François de Malherbe)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



Illustration: Jean Raoux

    

Sonnet

Beaux et grands bâtiments d’éternelle structure,
Superbes de matière, et d’ouvrages divers,
Où le plus digne roi qui soit en l’univers
Aux miracles de l’art fait céder la nature.

Beau parc, et beaux jardins, qui dans votre clôture,
Avez toujours des fleurs, et des ombrages verts,
Non sans quelque démon qui défend aux hivers
D’en effacer jamais l’agréable peinture.

Lieux qui donnez aux coeurs tant d’aimables désirs,
Bois, fontaines, canaux, si parmi vos plaisirs
Mon humeur est chagrine, et mon visage triste :

Ce n’est point qu’en effet vous n’ayez des appas,
Mais quoi que vous ayez, vous n’avez point Caliste :
Et moi je ne vois rien quand je ne la vois pas.

(François de Malherbe)

 

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Pois de senteur (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Pois de senteur

Ne vous attendez pas à trouver dans ma vie
des circonstances extraordinaires, des évènements imprévus.
Une fois sur la terre, voulant rester paysanne,
je m’étais mise au service d’un jardinier.
Une autre servante et moi nous composions toute sa maison.

Margot, c’était le nom de ma compagne, était une grosse campagnarde joufflue,
haute en couleurs, carrée d’épaules,
l’objet de l’admiration de tous les villageois.
« Elle fait presque autant d’ouvrage qu’un boeuf »
disait souvent notre maître, pour donner une idée de ses précieuses qualités.

Aussi était-elle l’objet de toutes ses préférences.
Quant à moi, je ne savais rien faire;
je n’étais bonne qu’à danser le dimanche,
à rire et à sauter tout le reste de la semaine.
Elle est assez gentille, disait le fermier en parlant de moi;
mais c’est une tête folle, elle est toujours à mettre le nez à la fenêtre,
à se balancer, à chanter; on n’en fera jamais rien.

Le résultat de cette comparaison entre Margot et moi
était qu’à elle allaient les bons repas,
les succulents morceaux de galette de maïs,
les cuisses d’oies grasses et dodues,
les verres pleins de cidre écumeux.
A moi les vieux morceaux de pain dur,
les os et l’eau du puits; encore avait-on l’air de me la reprocher,
et quelquefois j’étais obligée d’aller m’abreuver
à l’aide de l’arrosoir et à l’insu du fermier.

Il me semblait pourtant que j’étais plus jolie que Margot,
et je ne comprenais pas pourquoi on me la préférait.
[Jusqu’au moment où:]
Je compris: sur la terre, l’utile vaut mieux que l’agréable.

(J.J. Grandville)

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Je ne pense à rien (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2017



Je ne pense à rien
Et cette chose centrale, qui n’est aucune chose,
M’est agréable comme l’air de la nuit,
Frais par contraste avec l’Été brûlant du jour.

(Fernando Pessoa)

Illustration

 

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BONHEUR (Hourig Mayssian)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



BONHEUR

Voilà que passe devant toi
une jolie jeune fille,
les cheveux au vent, les yeux brillants.
Un frisson agréable parcourt ton corps

Elle passe très vite à côté de toi;
un clin d’oeil magique
et sa trace est déjà perdue
dans l’épais brouillard.

Elle passe à côté de toi.
Unique souvenir, nostalgie ou douleur,
elle te laisse un fol espoir,
de la rencontrer encore un jour !

(Hourig Mayssian)

Découvert ici Poèmes arméniens

Illustration: Irina Vitalievna Karkabi

 

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JOHN ET JANE (Thomas Hardy)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2016



le couple opus5

 

JOHN ET JANE

I
Pour lui le monde est un bruyant séjour
Où tout nous montre un visage agréable
Et de charmants spectacles en permanence,
John.

II
Pour eux le monde est un lieu de plaisirs
Tout y est grâce et ravissement,
Et jamais n’y décroît la lumière,
John et Jane.

III
Pour eux leur chaumière est un palais
Qui protège le fleuron de la race humaine,
Un héros peut-être et de grand avenir,
John, Jane et leur enfançon.

IV
Pour eux le monde est un horrible lieu
Où le rire devient la grimace d’un crâne,
Tel un pèlerinage dont ils souhaitent la fin.
John, Jane et leur zéro de fils.

***

JOHN AND JANE

I
He sees the world as a boisterous place
Where all things bear a laughing face,
And humorous scenes go hourly on,
Does John.

II
They find the world a pleasant place
Where all is ecstasy and grace,
Where a light has risen that cannot wane,
Do John and Jane.

III
They see as a palace their cottage place,
Containing a pearl of the human race,
A hero, maybe, hereafter styled,
Do John and Jane with a baby-child.

IV
They rate the world as a gruesome place,
Where fair looks fade to a skull’s grimace, —
As a pilgrimage they would fain get done —
DoJohn and Jane with their worthless son.

(Thomas Hardy)

Illustration

 

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Tout s’accomplit (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2016



Tout s’accomplit

Nous nous tûmes soudain, nous attendîmes,
dans un grand calme, plein d’espoir,
un oiseau se détachant des cimes
nous n’eussions pu mieux le voir

Que cette joie qui s’avançait énorme
vers nous, dans la douce rumeur,
elle empruntait les agréables formes
enfouies au fond de nos cœurs,

C’était tout ce qu’à une époque
lointaine on avait aimé : la cour
vaste d’une auberge ; la coque
d’un navire et les sables autour.

Une maison hors des murs du village,
hospitalité, plaisir des enfants,
les amis que retient l’orage,
on parle, on rit, le matin vous surprend,

Et ce désir trop grand pour la poitrine
de tes dix ans, le voici, devant toi
le bateau qui derrière une vitrine
te menait vers le large autrefois,

La mer aussi qui entourait ta tête,
île pleine de merveilleux couchants,
l’air salé, puis les solaires fêtes
où rêvait ton âme d’adolescent,

Les jardins, les terrasses où jeune homme
tu voulais conduire la bien-aimée
la beauté qu’avec peur tu nommes
et qui déchire ses voiles de fumées,

Il y avait des paroles, des gestes
qui faisaient mal. Comment donc étaient-ils ?
Ici rien ne peut blesser et il reste
des mots que l’on a dit les lumineux fils,

Il y avait certainement quelque chose
que nous ignorions jusqu’à maintenant,
peut-être que la porte n’était pas close
mais nous n’avons pas su regarder en entrant

O ! Forêts ! O ! Montagnes ! Rivières !
Vous vous unissez à nous aujourd’hui,
nos lignes se mêlent à vos lumières.
Vous êtes les astres. Nous, la nuit.

Nous apercevons maintenant le face
du monde allumé de toutes parts.
Nous sommes au fond de lui. A la surface
Tremblent nos feuilles de nénuphars,

Nous savons ici comment faire
pour nous perdre vraiment dans tout
ce nuage en train de se défaire
n’est qu’une partie de nous.

(Ilarie Voronca)

Illustration

 

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