Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘aigre’

CHANSON (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019



CHANSON

Tes pas se perdent. Le silence
Est doux après ton aigre voix.
O volupté de ton absence!

J’aime bien mieux que tes tristesses
Le souvenir que tu me laisses
Quand je ne suis plus près de toi.

C’est un peu de vent sous la porte…
Sur la route, un pas attardé…
Ah! comme je t’aimerais morte!

Tu fais fuir avec ton sourire
Ce que mon rêve t’a prêté,

Avec ton sourire fardé
Et les mots qu’il ne faut pas dire!

(François Mauriac)

Illustration: Elizaveta Porodina

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Sur le rebord du toit (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 17 décembre 2018




    
Sur le rebord
du toit
une pluie maigre
joue du clavecin

Hésite
s’amenuise

Deux trois notes
encore

Aigrement
espacées

Cernent
le silence

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je suis… (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018



 

Je suis…

mes ailes ?
deux pétales pourris

ma raison?
des petits verres de vin aigre

ma vie ?
un vide bien pensé

mon corps ?
une entaille sur la chaise

mon va-et-vient ?
un gong enfantin

mon visage ?
un zéro dissimulé

mes yeux?
ah! des morceaux d’infini

***

o soy…

mis alas?
dos petalos podridos

Mi razon?
copitas de vino agrio

mi vida?
vacío bien pensado

mi cuerpo?
un tajo en la silla

mi vaivén?
un gong infantil

mi rostro?
un cero disimulado

mis ojos?
ah! trozos de infinito

(Alejandra Pizarnik)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA PORTE VITRÉE (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2018



porte colorée

LA PORTE VITRÉE

L’ombre du corridor obscur est éclairée,
Tout en haut, par le jour d’une porte vitrée
Aux carreaux de couleur, jaunes, rouges et verts.
Je suis l’enfant rêveur qui regarde à travers.

Son esprit maladif longuement se récrée
A voir sur le jardin une lueur dorée,
Une lumière glauque ainsi qu’au fond des mers
Ou bien un soleil pourpre ensanglantant les airs.

II se plaît en ce monde irréel, où la vie
Semble douce à sa nonchalante rêverie,
Mais si la porte cède, il trouve avec effroi

Le jour gris de l’hiver, au lieu de ce qu’il croit,
Le vent aigre et mauvais, non la douceur amie,
Et dans son coeur qui souffre il sent entrer du froid.

(Jean de la Ville de Mirmont)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ce fut un clair après-midi (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018




    
Ce fut un clair après-midi, triste et songeur
après-midi d’été. Le lierre grimpait
sur le mur du parc, noir et poussiéreux…
La fontaine bruissait.

Ma clé grinça dans la vieille grille;
avec un bruit aigre s’ouvrit la porte
de fer moisi et, en se refermant, frappa
lourdement le silence de l’après-midi mort.

Dans le parc solitaire, la sonore
copia bouillonnante de l’eau chantante
me guida vers la fontaine. La fontaine versait
sur le marbre blanc sa monotonie.

La fontaine chantait : Frère, mon chant présent
te rappelle-t-il un songe lointain?
Ce fut un lent après-midi du lent été.
Je répondis à la fontaine :

Je ne me souviens pas, ma soeur.
mais je sais que ta chanson présente est lointaine.

— C’était ce même après-midi : mon cristal versait
comme aujourd’hui sur le marbre sa monotonie.
Te souviens-tu, frère?… Les myrtes traînants
que tu vois, assombrissaient les claires chansons
que tu écoutes. De la blonde couleur de la flamme
le fruit mûr pendait sur la branche,
comme maintenant. Te souviens-tu, frère?
C’était ce même lent après-midi d’été.

— Je ne sais point ce que me dit ton chant riant
des songes lointains, fontaine ma soeur.

Je sais que ton clair cristal d’allégresse
a connu déjà le fruit vermeil de l’arbre;
je sais que lointaine est mon amertume
qui songe en ce vieil après-midi d’été.

Je sais que tes beaux miroirs chantants
ont reflété d’anciens délires d’amour;
mais conte-moi, fontaine à la langue enchantée,
conte-moi ma joyeuse légende oubliée.

— Je ne sais les légendes d’anciennes allégresses,
mais de vieilles histoires de mélancolie.

Ce fut un clair après-midi du lent été…
Tu venais seul avec ta peine, frère;
tes lèvres se posèrent sur mon onde sereine
et dans le clair après-midi dirent ta peine.

Tes lèvres qui brûlaient dirent ta peine,
elles avaient alors la même soif que maintenant.

— Adieu pour toujours, fontaine sonore,
éternelfe chanteuse du parc endormi.
Adieu pour toujours; ta monotonie,
fontaine, est plus amère que ma peine.

Ma clé grinça dans la vieille grille;
avec un bruit aigre s’ouvrit la porte
de fer moisi et, en se refermant, résonna
lourdement dans le silence de l’après-midi mort.

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Poème (Pentti Holappa)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

Heffernan interior3

Poème

Dans l’espace du cerveau, d’imaginaires roses livrent leur parfum,
des vols d’oiseaux, des vols d’étoiles, défient la tempête,
la pensée dessine le retour de l’instant unique.
Soudain, la peau et la toile de chair hurlent,
comme un nouveau-né, terrifié,
goulûment. Les tissus enflent pour devenir
l’humus de la mort, chair d’homme,
une vague opaque balaie les châteaux de sable
bâtis par les pensées.

Jamais le plus ardent des poèmes n’élucidera
l’aigre et furtive jouissance des sens.

(Pentti Holappa)

Découvert ici: Schabrieres

Illustration: Julie Heffernan

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CHORAL (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2018



 

CHORAL

Henni par le silex,
au train de rêve qui te faisait galoper
sur le champ
envahi de trèfle :

le peu de
terre qui remonte péniblement
vers nous brisé
par l’aigre stridence du fifre
qui te fouaille, des millions de fois,
dans ton ultime
parole hérétique.

Lentement,
tu enfonces ton doigt dans la plaie
d’où ma voix
s’échappe.

(Paul Auster)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

RETRAITE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



RETRAITE

Ah qu’il fait bon dans son village
Dormir le nez au ras des blés
En remontant sa montre à clé,
Montre venue du fond des âges.

Ah qu’il fait bon dans sa contrée
Boire le vin rusé du cru
Fraîche et septembrale purée
Âpre, redoutée des recrues.

Ah qu’il fait bon sur son terroir
Caresser les filles farouches
Qui ne s’ouvrent que dans le noir,
Dans l’ombre épaisse de leur bouche !

Ah qu’il fait bon dans la galerne
La bise aigre le vent crachin
— Le caban roussi des lanternes
Sa vieille pipe et son vieux chien —
Fouler du sabot les luzernes.

Tous les chagrins roulés en berne
Boquain, plainier ou maraîchin,
C’est tempérament sauvagin !
Dans la cage á pluies où j’hiberne
Seul, que j’aime mieux mon prochain !

Sur la suie de ma cheminée
Brillent les signes du destin.
J’écoute couler les années,
— Le monde est neuf chaque matin —

(Maurice Fombeure)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

FÊTE (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2018



Illustration: Guy Leroy
    

FÊTE

il est tard la fumée des feux d’herbe
sait mieux que nous le tourbillon des gestes
ce vin nous grise que le vent verse

je dessine avec de feints mystères
l’horoscope des pierres qui sont là
elles se font planètes nous tournons

au son soudain de ses aigres guitares
la pluie si nue que j’ai peine à la voir
saura-t-elle reconduire les lieux

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ce que tu déchires n’est plus mon coeur (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017



    

Ce que tu déchires n’est plus mon coeur
il y a longtemps que mon coeur est mort
et ce qui t’aime en moi
est un fantôme aux mains dures
tirant sur le filet des veines
et n’y trouvant jamais d’autre poisson
que ton image

Je romprais corde à corde le piège
corde à corde
acrobate je gagnerais la mort
dans la gloire du cirque et de la musique aigre
afin de ne plus savoir que j’aime encore
et toi seule

Laisse-moi t’aimer
donne à mon fantôme
ton fantôme en pâture
et qu’ils mêlent loin de nous
longuement leurs sexes
nous laissant au moins en repos
le court moment de leur plaisir.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :