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Scabieuse et souci (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018



Scabieuse et souci

Assis à l’ombre d’un saule pleureur,
le Souci jetait un regard d’envie sur la prairie.
Toutes les fleurs sont heureuses, se disait-il;
moi seul je souffre, on me délaisse, on m’abandonne,
personne ne veut me prendre en pitié.
[Passe par là] la Scabieuse qui habite au pied du coteau;
elle a perdu son mari hier; la voilà veuve avec deux enfants sur les bras.

C’est vous qui soupirez ainsi, demanda la Scabieuse au Souci d’une voix douce?
Et qui donc serait-ce? répondit le Souci d’un ton bourru;
n’ai-je pas raison de soupirer?
Pourquoi plus qu’un autre? reprit la Scabieuse;
tout le monde n’a-t-il pas sa part de tristesse dans cette vallée de larmes?
Pour diminuer ses chagrins, il faut se créer des devoirs.
Je serais bien malheureuse si mon mari, en mourant,
ne m’avait laissé ces deux faibles créatures à soutenir;
elles m’ont pour ainsi dire rattachée à la terre, c’est pour elles que je vis.
Elles vous mépriseront quand elles n’auront plus besoin de vous.
Les enfants sont des ingrats.
Avez-vous été marié?
Jamais.
Quels sont vos amis?
Je n’en veux point, ils sont tous intéressés.
Aimez-vous vos semblables?
Non, car ils me détestent.
Je vous plains de penser ainsi, continua la Scabieuse,
mais cela ne m’étonne pas, vous voulez vivre dans la solitude.
Cessez d’être misanthrope, croyez-moi;
épanchez votre coeur dans le coeur d’un ami,
si vous voulez être heureux.
L’isolement aigrit le Souci.

(J.J. Grandville)

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CALME (Bernard de Naillac)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2017



Illustration: Ivan Calatayud
    
CALME

Je ne veux rien de toi, rien… sinon ta présence.
Oh ! laisse-moi, petite, espérer ce beau don ?
Celui d’un court moment, ta seule complaisance,
Rien qu’un instant perdu. Te voir ; mais d’amour, non !

Pas d’amour. Oh ! l’amour fait mal, aigrit ou brise ;
C’est un jeu trop cruel ! Et déjà j’ai souffert
De me voir lâchement désirer son emprise,
Cependant qu’insoumis… hors de sa loi de fer.

J’ai trop appréhendé, trop attendu ce rêve,
Trop cherché dans l’amour un idéal vainqueur,
Inatteignable en fait. De la part que cède Eve,
Je ne pouvais avoir qu’amertume et rancœur !

C’est une loi fatale… Oui, j’ai souffert, te dis-je,
Et je ne le veux plus — non, plus d’amour, oh ! non.
Que cette intimité — calme — soit un prodige ?
Peut-être ! mais ce geste, à lui seul, est pardon…

(Bernard de Naillac)

 

Recueil: Etincelles

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